mercredi 14 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204721 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête, enregistrée sous le n° 2204721 le 18 septembre 2022, M. E D, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été prises par une personne incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen suffisant de sa situation ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet était tenu de saisir le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à sa décision ;
- il n'a pas été informé de l'usage de ce pouvoir discrétionnaire et n'a pas été mis en mesure de formuler des éléments sur ses troubles médicaux ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa situation n'a pas été suffisamment examinée à cet égard.
La requête a été communiquée au préfet des Côtes-d'Armor qui a produit des pièces enregistrées les 10 et 11 octobre 2022.
II - Par une requête, enregistrée sous le n° 2204722 le 18 septembre 2022, Mme B C, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été prises par une personne incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen suffisant de sa situation ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet était tenu de saisir le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à sa décision ;
- elle n'a pas été informée de l'usage de ce pouvoir discrétionnaire et n'a pas été mise en mesure de formuler des éléments sur ses troubles médicaux ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa situation n'a pas été suffisamment examinée à cet égard.
La requête a été communiquée au préfet des Côtes-d'Armor qui a produit des pièces enregistrées les 10 et 11 octobre 2022.
M. D et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 19 mai 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Semino, représentant M. D et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes présentées sous les n°s 2204721 et 2204722 par M. D et Mme C sont relatives à la situation d'un couple et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.
2. M. D et Mme C, ressortissants arméniens respectivement nés en 1981 et en 1984, sont entrés en France le 16 juillet 2018, accompagnés de leurs trois enfants, nés en 2004, 2006 et 2012. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 3 novembre 2020. Leurs recours formés contre ces décisions ont été rejetés par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 juillet 2021. De même, les demandes d'asile présentées par les intéressés au nom de leurs trois enfants mineurs ont été rejetées par l'OFPRA et la CNDA respectivement les 3 novembre 2020 et 26 juillet 2021. Le 1er octobre 2021, M. D et Mme C ont sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ainsi que leur admission exceptionnelle au séjour. Par deux arrêtés du 4 mars 2022, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de leur délivrer les titres demandés, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 27 août 2021, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet des Côtes-d'Armor a donné délégation à Mme Béatrice Obara, secrétaire générale de la préfecture et signataire des arrêtés attaqués, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans les arrêtés en litige. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Lorsque le préfet, statuant sur la demande de titre de séjour, examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement que celui invoqué par celui-ci, tous les motifs de rejet de la demande, y compris donc les motifs se prononçant sur les fondements examinés d'office par le préfet, peuvent être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir.
5. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que M. D et Mme C auraient sollicité d'autres titres de séjour que ceux qu'ils auraient pu obtenir sur les fondements de la " vie privée et familiale " et de l'admission exceptionnelle au séjour. Il ressort des termes mêmes des arrêtés attaqués que le préfet des Côtes-d'Armor n'a pas, de sa propre initiative, envisagé, comme il lui était loisible de le faire sans y être tenu, l'éventualité de leur accorder des titres de séjour sur un autre fondement. Si le préfet relève, dans les arrêtés attaqués, que les intéressés " n'entre[nt] dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", ces mentions ne constituent pas l'un des motifs des décisions refusant à M. D et Mme C un titre de séjour mais caractérisent seulement l'examen devant nécessairement être effectué par le préfet, avant le prononcé de décisions d'éloignement, de leur situation au regard des dispositions prévoyant la délivrance de plein droit d'un titre de séjour.
6. Les arrêtés attaqués visent les textes dont il est fait application, rappellent le parcours en France de M. D et de Mme C, le rejet de leurs demandes d'asile et procèdent à l'instruction des demandes de titres de séjour déposées par les requérants sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, y compris au regard de leur situation professionnelle. Les arrêtés attaqués comportent ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter les demandes de titres de séjour des intéressés. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés litigieux sont insuffisamment motivés par rapport aux différents titres de séjour délivrés de plein droit, notamment pour motifs médicaux et en qualité de parent d'enfant français.
7. En troisième lieu, la motivation des arrêtés attaqués révèle que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le préfet des Côtes-d'Armor a procédé à un examen particulier de leur situation, en l'état des informations dont il est établi qu'il disposait à la date de ses décisions, étant entendu que M. D et Mme C n'établissent ni avoir présenté une demande de titre de séjour en tant qu'étrangers malades ou parents d'enfant français ni avoir porté à la connaissance de l'administration des éléments portant sur leur état de santé. Le préfet a, en particulier, examiné l'attestation d'emploi en qualité d'agent serriste présentée par M. D pour la période du 1er mars au 30 juin 2021 et les justificatifs de travaux saisonniers de ramassage présentés par Mme C pour la période du 27 juillet au 31 août 2021 et relevé que les intéressés ne justifiaient pas d'une ancienneté significative dans le cadre d'une activité professionnelle en France. Les requérants ne sont, dès lors, pas fondés à soutenir que les arrêtés litigieux sont entachés d'un défaut d'examen de leur situation.
8. En quatrième lieu, dès lors que, d'une part, M. D et Mme C n'ont pas formulé de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'établissent, ni même n'allèguent, avoir porté à la connaissance de la préfecture des éléments relatifs à leur état de santé, et que, d'autre part, le préfet des Côtes-d'Armor n'a pas, de sa propre initiative, envisagé, comme il lui était loisible de le faire sans y être tenu, l'éventualité de leur accorder des titres de séjour sur ce fondement, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et du vice de procédure relatif à l'absence de saisine du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration présentent un caractère inopérant.
9. En cinquième lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré ce titre et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est ainsi loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Il suit de là que M. D et Mme C ne peuvent utilement soutenir qu'ils n'ont pas été informés de l'usage du pouvoir discrétionnaire du préfet qui, selon eux, aurait examiné d'office leur droit au séjour pour motifs de santé, ni qu'ils n'ont pas été mis en mesure de formuler des éléments sur leurs troubles médicaux.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. M. D et Mme C se prévalent de leur volonté d'intégration, de leur présence sur le territoire français depuis juillet 2018, de la scolarisation de leurs enfants en France depuis plusieurs années et de la circonstance que leur fils aîné, embauché en qualité de commis de cuisine, a sollicité à sa majorité en mars 2022 un titre de séjour. Il ressort toutefois des pièces des dossiers que la durée de présence en France des requérants s'explique, d'une part, par l'examen de leurs demandes d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, et, d'autre part, par le délai d'instruction de leurs dossiers par le préfet des Côtes-d'Armor. Si M. D produit une attestation d'emploi en qualité d'agent serriste du 1er mars au 30 juin 2021 et si Mme C produit des justificatifs de travaux saisonniers pour la période du 27 juillet au 31 août 2021, il n'est fait état d'aucune autre insertion des requérants que ce soit au plan social ou professionnel. En outre, les intéressés ne démontrent pas avoir noué des liens personnels et familiaux en France et ne produisent aucun élément de nature à établir qu'ils sont dépourvus de toute attache familiale ou personnelle en Arménie, pays dans lequel ils ont vécu jusqu'à l'âge de 34 et 37 ans. Enfin, faisant l'un et l'autre l'objet d'une mesure d'éloignement, ils n'établissent pas être dans l'impossibilité de poursuivre leur vie privée et familiale avec leurs enfants en dehors du territoire français ni que ces derniers ne pourraient poursuivre une scolarité normale en Arménie. Il résulte de l'ensemble de ces considérations que M. D et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions leur refusant la délivrance de titres de séjour méconnaîtraient les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elles porteraient une atteinte disproportionnée à leur droit à la vie privée et familiale au regard des motifs au vu desquels elles ont été prises, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés pour les mêmes motifs.
12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1 () ".
13. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
14. D'une part, M. D et Mme C se prévalent de leur implication dans la réussite scolaire de leurs enfants et de la vocation de leur fils aîné, qui est entré sur le territoire avant l'âge de 16 ans et y a été scolarisé, à séjourner en situation régulière. Compte tenu des circonstances précédemment exposées, ces éléments ne sauraient être regardés, à eux seuls, comme des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant leur admission exceptionnelle au séjour alors que leur fils aîné était mineur à la date des décisions attaquées. D'autre part, la seule production des attestations d'emplois mentionnées précédemment ne suffit à caractériser ni des circonstances humanitaires, ni des motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, de cartes de séjour temporaires portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dès lors, le préfet des Côtes-d'Armor a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaître l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer, au regard de l'ensemble de ces éléments, que les intéressés ne pouvaient se prévaloir de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels à la date à laquelle il a statué, justifiant que des titres de séjour leur soient délivrés sur le fondement des dispositions de cet article.
15. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
16. Il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'en refusant de délivrer des titres de séjour à M. D et Mme C, le préfet des Côtes-d'Armor n'a pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de leurs enfants, âgés à la date des arrêtés attaqués de 10, 16 et 17 ans. En outre, les décisions contestées n'ont pas, en elles-mêmes, pour effet de séparer les enfants mineurs de leurs parents. Par ailleurs, si les enfants des requérants sont scolarisés en France, il n'est pas établi que toute scolarité serait impossible en cas de retour en Arménie. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
17. Il résulte de ce qui précède que M. D et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions portant refus de délivrance de titres de séjour.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
18. En premier lieu, il résulte de l'arrêté du 27 août 2021 évoqué au point 3 du présent jugement, que le préfet des Côtes-d'Armor a donné délégation à Mme Béatrice Obara, secrétaire générale de la préfecture et signataire des arrêtés attaqués, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans les arrêtés en litige. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.
19. En deuxième lieu, il ressort des pièces des dossiers et, en particulier, des motifs des décisions attaquées, que le préfet des Côtes-d'Armor a porté une appréciation sur la situation de M. D et de Mme C au regard notamment des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en tenant compte des éléments portés à sa connaissance par les intéressés et qu'il a décidé de les obliger à quitter le territoire français après avoir estimé que rien ne s'opposait à de telles mesures. Les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen particulier de la situation personnelle des requérants doivent donc être écartés.
20. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 11 du présent jugement, M. D et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées ont porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, dès lors, être écartés.
21. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16 du présent jugement, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
22. Il suit de là que M. D et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dont ils ont fait l'objet.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
23. En premier lieu, faute, pour les requérants, d'avoir démontré l'illégalité des décisions les obligeant à quitter le territoire français, les moyens tirés de cette illégalité, invoquée, par voie d'exception, à l'appui de leur contestation des décisions fixant le pays de renvoi, doivent être écartés.
24. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
25. Ces dispositions combinées font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer un tel risque par une protection appropriée.
26. D'une part, il ne résulte pas des pièces des dossiers qu'en fixant l'Arménie comme pays de destination des mesures d'éloignement décidées à l'égard des requérants, le préfet se serait, s'agissant de l'appréciation de la réalité des risques allégués par ces derniers, estimé lié par les décisions de l'OFPRA et de la CNDA qui ont rejeté leurs demandes d'asile ou aurait insuffisamment apprécié leur situation personnelle au regard des seules dispositions et stipulations citées ci-dessus.
27. D'autre part, les requérants soutiennent qu'ils risquent, ainsi que leurs enfants, d'être exposés à de mauvais traitements en cas de retour en Arménie, dès lors que M. D aurait fait l'objet de menaces de la part d'un officier de l'armée et homme politique arménien pour qu'il soutienne des financements pour les anciens combattants du Haut-Karabakh, qu'il aurait été violenté et qu'il n'aurait pu se prévaloir de la protection des autorités de son pays, que ses enfants auraient été victimes de tentatives d'enlèvement et qu'il aurait été retrouvé par son persécuteur en Russie où il était parti se réfugier avec sa famille. M. D et Mme C ne produisent toutefois aucun élément permettant d'établir la réalité de ces allégations. Ils ne démontrent donc pas se trouver dans le cas où ils seraient fondés à se prévaloir des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
28. Il résulte de ce qui précède que M. D et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions fixant l'Arménie comme pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
29. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
30. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
31. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que M. D et Mme C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. D et Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, Mme B C et au préfet des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Kolbert, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
L. ALe président,
signé
E. Kolbert
La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous huissiers commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2204721, 2204722
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026