jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204726 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SALIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 septembre et 21 octobre 2022,
M. A C, représentée par Me Salin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé l'Arménie ou tout autre pays où il est légalement admissible comme pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Salin de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles n'ont pas été précédées d'un examen complet de sa situation et ne sont pas suffisamment motivées, dès lors, d'une part, que le sens de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur lequel se fonde pourtant le préfet est cité de manière inexacte, et, d'autre part, qu'il est fait état de l'information également inexacte qu'il n'a communiqué à l'administration aucun document médical ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas justifié du respect par l'administration de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de fait substantielle en ce qu'il mentionne qu'il n'a transmis aucun document auprès des services préfectoraux, permettant de justifier de son état médical ; il ne peut être considéré que l'administration aurait pris la même décision si elle avait examiné les éléments qu'il lui a transmis ;
- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de la nécessité pour lui d'un traitement médical pour l'affection psychiatrique dont il souffre, traitement sans lequel un risque de passage à l'acte suicidaire n'est pas exclu ; ce traitement n'est pas envisageable en Arménie dès lors que les troubles dont il est atteint ont pour origine des événements traumatiques vécus dans ce pays ;
- l'arrêt litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, son épouse et ses trois enfants étant particulièrement bien intégrés en France et sans lien avec la Géorgie ;
Sur la décision fixant l'Arménie comme pays de renvoi :
- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation et n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Par une décision du 24 août 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Salin, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né en 1987 en Arménie, de nationalité arménienne, est entré en France irrégulièrement le 23 décembre 2018. Sa demande d'asile a été rejetée successivement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 16 septembre 2020, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 25 février 2021. Il a par la suite sollicité, le
21 octobre 2021, auprès du préfet d'Ille-et-Vilaine un titre de séjour pour raisons de santé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui lui a été refusé par un arrêté du 20 juin 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant l'Arménie comme pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à compter de l'expiration de ce délai. Il demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que, le 18 mai 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu un avis par lequel il a estimé que, si l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale, son interruption ne devrait pas entraîner pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité, appréciation qui dispensait le collège de statuer sur la question de savoir si les soins appropriés requis étaient effectivement accessibles en Arménie. D'une part, l'arrêté litigieux, expressément fondé sur cet avis dont le préfet d'Ille-et-Vilaine soutient en défense qu'il s'en est approprié le contenu, fait dudit avis une citation erronée, selon laquelle le défaut de prise en charge de
M. C exposerait celui-ci à des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pouvant toutefois bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié. D'autre part, le préfet s'est également fondé dans son arrêté sur le fait que le requérant n'avait transmis à ses services aucun document permettant de justifier de sa situation médicale, et, en réponse au moyen tiré de ce que ces éléments, également produits dans le cadre de l'instance, lui ont été communiqués par un courriel du conseil de M. C du 12 mars 2021, il se borne à soutenir, sans contester que ces éléments lui ont bien été communiqués pour qu'il en tienne compte avant de prendre sa décision, que ces documents ne démontrent pas que le requérant ne pourrait pas bénéficier en Arménie d'une prise en charge médicale. Il doit être considéré, dans ces conditions, que le préfet d'Ille-et-Vilaine a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et complet des éléments qui lui étaient transmis pour qu'il apprécie la situation de santé de M. C et statue en connaissance de cause sur le droit de celui-ci à la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un tel titre. Par voie de conséquence, les décisions, fondées sur ce refus, portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
3. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus au point 2, implique seulement que le préfet d'Ille-et-Vilaine procède au réexamen de la situation administrative et de la demande de titre de séjour de M. C dans un délai qu'il y a lieu à fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement, et qu'il délivre au requérant, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
4. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, sur le fondement de ces dispositions, une somme de 1 200 euros à verser à l'avocat de
M. C sous réserve que cet auxiliaire de justice renonce à la contribution de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 juin 2022 du préfet d'Ille-et-Vilaine concernant M. C est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder au réexamen de la situation de
M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me salin la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet d'Ille-et-Vilaine et à Me Salin.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
G.-V. B L'assesseur le plus ancien,
Signé
M. DLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2204726
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026