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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204747

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204747

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204747
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, Mme D C B, représentée par la Selarl Valadou-Josselin et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui accorder une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification dudit jugement, l'ensemble dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, et méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C B ne sont pas fondés.

Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Allaire, représentant Mme C B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante comorienne née le 4 janvier 1991 aux Comores, est entrée irrégulièrement en France en mai 2016. Elle a eu un premier enfant avec un ressortissant tanzanien né le 14 juillet 2017. Le 3 octobre 2019, elle a eu un second enfant, reconnu 26 juin 2019 par son père de nationalité française. Le 15 juin 2020, elle a présenté une première demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français au titre de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été rejetée par un arrêté préfectoral faisant obligation de quitter le territoire français. Le recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté comme irrecevable par un jugement n° 2102403 du tribunal le 16 juillet 2021. Mme C B a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 19 octobre 2021. Par décision du 13 juillet 2022, le préfet du Finistère a refusé d'accorder le titre sollicité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Le préfet du Finistère a donné, par arrêté du 13 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Finistère du même jour, délégation à M. F H, sous-préfet à la relance, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture du Finistère, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas la décision attaquée. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas établi ni même allégué que M. A n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C B est mère de deux enfants dont l'un est né le 3 octobre 2019 de père français. Toutefois, le père de cet enfant qui ne vit pas avec son fils, n'établit pas contribuer dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil à l'éducation de celui-ci en se bornant à attester qu'il lui rend visite quelques heures par week-end depuis sa naissance. Par ailleurs, pour établir la contribution du père à l'éducation de son fils, Mme C B se borne à produire deux factures anonymes d'un centre commercial en février 2022, une attestation du père de l'enfant en date du 28 avril 2021 affirmant, sans l'établir, qu'il achète les fournitures pour son fils depuis sa naissance, un document attestant de l'ouverture d'un compte d'épargne par son père pour son enfant et crédité de 2 000 euros, et une attestation établissant que l'enfant est bénéficiaire de l'assurance sociale de son père. Ces éléments ne suffisent toutefois pas à établir que le père de l'enfant contribue régulièrement à l'entretien de son fils alors que, par ailleurs il a été dispensé de verser une pension à la mère de ses trois autres enfants par un jugement tribunal d'instance de Brest du 14 janvier 2021 en raison de son impécuniosité. Par suite, en estimant que Mme C B n'établissait pas que le père de son enfant contribuait à l'éduction et à l'entretien de son fils, le préfet n'a commis ni erreur de fait ni erreur manifeste d'appréciation ni n'a méconnu les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C B qui est entrée irrégulièrement en France en 2016, à l'âge de 25 ans, séjourne dans un hébergement mis à sa disposition par un service d'aide sociale et ne fait état d'aucun lien sur le territoire national hormis ceux qu'elle a avec ses enfants. Ni ces éléments ni la circonstance, au demeurant non établie, que sa première demande de titre de séjour aurait été rejetée à tort, ne sont de nature à constituer un motif d'admission exceptionnelle ou humanitaire au séjour. Par suite, Mme C B n'établit pas que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C B est entrée récemment en France métropolitaine, en 2017, et qu'elle est célibataire et mère de deux enfants présents sur le territoire métropolitain. Ainsi, à l'exception de ses 2 enfants vivant en France métropolitaine avec elle, la requérante n'apporte aucune preuve de liens d'une particulière intensité sur le territoire et n'établit pas être dépourvue de liens dans son pays d'origine. Par ailleurs, si Mme C B soutient que la décision priverait ses enfants de leur relation avec leurs pères, elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir que sa fille aînée aurait encore des relations avec son père, et il ressort des pièces du dossier que son second enfant, eu égard à l'attestation versée par ce dernier au préfet, ne vit pas avec son père et ne le voit que quelques heures par week-end. Si les enfants de la requérante ont débuté leur scolarité en France, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que la décision de refus de titre de séjour méconnaitrait l'intérêt supérieur des enfants de G B. Enfin, la décision litigieuse n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme C B de ses enfants. Il s'ensuit qu'en rejetant la demande de titre de séjour de l'intéressée, le préfet du Finistère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation, ni méconnu les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme C B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme C B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C B doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

signé

F. E

Le président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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