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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204775

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204775

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS MAIRE TANGUY SVITOUXHKOFF HUVELIN GOURDIN NIVAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 20 et 30 septembre et le 4 octobre 2022, Mme C D demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Vannes du 9 décembre 2021 portant délivrance du permis de construire n° PC 056 260 21 Y0250 à M. et Mme A, pour la démolition partielle et la construction d'une habitation, sur un terrain situé 24 rue Victor Basch ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vannes et de M. et Mme A les entiers dépens.

Elle soutient , dans le dernier état de ses écritures, que :

- sa requête est recevable ; elle a formé un recours en annulation, dans le délai de recours contentieux, qui n'avait pas commencé à courir : le dossier de demande de permis de construire ne pouvait pas être consulté en mairie de Vannes, mais uniquement sur rendez-vous dans les locaux de Golfe du Morbihan - Vannes agglomération ; le panneau d'affichage ne comportait pas les mentions requises, s'agissant des précisions nécessaires à l'appréciation de la consistance du projet, de sorte que les délais de recours n'ont pas été déclenchés ; elle justifie de son intérêt à agir, en qualité de voisine immédiate du terrain d'assiette du projet ; sa maison et celle objet du projet sont mitoyennes ; le projet est de nature à affecter les conditions de jouissance et d'occupation de son bien : il prévoit notamment la réalisation de la construction en adossement sur le mur mitoyen, d'un mur surplombé d'un acrotère, d'une hauteur totale de 3,50 mètres ; le projet va générer une perte d'ensoleillement et une sensation d'enfermement ;

- la condition tenant à l'urgence est présumée et satisfaite ; les travaux ont débuté mais ne sont pas achevés ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, dès lors que :

* n'a pas été recueilli son consentement pour la réalisation des constructions adossées au mur mitoyen, en méconnaissance des dispositions de l'article 662 du code civil ;

* le pétitionnaire a attesté remplir les conditions prévues à l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme de manière frauduleuse et alors qu'il avait connaissance de la mitoyenneté du mur ;

* la terrasse projetée créé une vue droite sur sa propriété, à moins de 1,90 mètre de la limite de propriété, en méconnaissance des dispositions de l'article 678 du code civil ;

* le dossier de demande est entaché d'incomplétude : il ne comporte aucun document graphique ou photographie permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction dans son environnement bâti, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ; les plans produits font une représentation erronée de la façade nord de sa maison et du mur de 3,50 mètres projetés ;

* le pétitionnaire a fait procéder, à l'été 2022, à la démolition d'un bâtiment, utilisé pour le stockage de bois et de matériels divers, sans autorisation ; plus précisément, le permis de construire valant permis de démolir autorise la démolition d'autres constructions existantes, alors même que la réalisation du projet implique la démolition préalable de ce bâtiment de stockage : le permis n'a donc pas été régulièrement délivré, dans la mesure où les travaux liés à la nouvelle construction ne pouvaient être entrepris qu'après la destruction de ce bâtiment.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 septembre et 3 octobre 2022, la commune de Vannes, représentée par la Selarl Cornet-Vincent-Ségurel, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme D de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est tardive : le recours gracieux a été formé après l'expiration du délai de recours contentieux, et ne l'a donc pas conservé ; le panneau d'affichage comportait toutes les mentions requises, notamment la superficie de plancher créée, la surface des bâtiments à démolir et la hauteur de la construction projetée ; Mme D a pu consulter le dossier de demande en mairie ;

- Mme D ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en particulier :

* les moyens tirés de l'existence d'un mur mitoyen, de la création d'une vue sur sa propriété et de son absence de consentement aux travaux sont inopérants ;

* le dossier de demande est complet ; aucune règle n'exige que soit précisée la nature d'un mur ; le dossier de demande permet de visualiser le projet et les maisons voisines et le service instructeur n'a pu se méprendre sur les caractéristiques essentielles du projet ; en tout état de cause, l'insuffisance alléguée relative à la nature mitoyenne du mur n'est corrélée à aucune illégalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, M. et Mme B et F A, représentés par Me Gourdin, concluent au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme D de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est tardive : le panneau d'affichage, comportant toutes les mentions requises, a été affiché dès le 10 décembre 2021 et en tout état de cause avant le 5 mai 2022 ; le recours gracieux a ainsi été formé après l'expiration du délai de recours contentieux, et ne l'a donc pas conservé ; le dossier de demande pouvait être consulté en mairie de Vannes, ainsi que la commune l'atteste et ainsi que cela était indiqué sur le panneau d'affichage ; le panneau d'affichage précise que le projet porte sur une démolition partielle du bâtiment existant de 20 mètres carrés et sur la construction d'une habitation développant une surface de plancher de 151 mètres carrés et d'une hauteur de 8,64 mètres : ces indications sont suffisantes pour avoir mis en mesure les tiers d'apprécier l'importance et la consistance du projet ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en particulier :

* ils ont qualité pour déposer la demande de permis de construire, nonobstant la circonstance éventuelle que les travaux portent sur un mur séparatif mitoyen ; au demeurant, le mur séparatif en cause n'est pas mitoyen, ainsi que cela résulte du plan de bornage signé par Mme D le 18 mai 2021 ; aucune fraude ni manœuvre frauduleuse ne sont établies ;

* la construction projetée ne s'adosse pas sur le mur de Mme D ;

* le dossier de demande est complet et ne comporte aucune insuffisance ou omission qui aurait été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur ;

* la circonstance éventuelle que la démolition du garage n'ait pas été autorisée par le permis de construire en litige reste sans incidence.

Vu :

- la requête au fond n° 2204762, enregistrée le 19 septembre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 octobre 2022 :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Mme D, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- les observations de Me Léon, représentant la commune de Vannes, qui persiste dans écritures, par les mêmes moyens et arguments qu'elle développe ;

- les observations de Me Gourdin, représentant M. et Mme A, qui persiste dans ses écritures, par les mêmes moyens et arguments qu'il développe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 9 décembre 2021, le maire de la commune de Vannes a délivré le permis de construire n° PC 056 260 21 Y0250 à M. et Mme A, pour la démolition partielle et la construction d'une habitation, sur un terrain situé 24 rue Victor Basch. Mme D a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Pour contester la légalité de l'arrêté du maire de la commune de Vannes du 9 décembre 2021 portant délivrance du permis de construire n° PC 056 260 21 Y0250 à M. et Mme A, pour la démolition partielle et la construction d'une habitation, sur un terrain situé 24 rue Victor Basch, Mme D soutient que son consentement n'a pas été recueilli pour la réalisation des constructions adossées au mur mitoyen, en méconnaissance des dispositions de l'article 662 du code civil, que le pétitionnaire a attesté remplir les conditions prévues à l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme de manière frauduleuse, que la terrasse projetée crée une vue droite sur sa propriété à moins de 1,90 mètre de la limite de propriété en méconnaissance des dispositions de l'article 678 du code civil, que le dossier de demande est entaché d'incomplétude, dès lors qu'il ne comporte aucun document graphique ou photographie permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction dans son environnement bâti, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme et que les plans produits font une représentation erronée de la façade nord de sa maison et du mur de 3,50 mètres projetés et, enfin, que la réalisation du projet implique la démolition préalable d'un bâtiment de stockage, laquelle n'a pas été autorisée aux termes du permis de construire en litige.

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire () sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés: / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; () ". Aux termes de son article R. 431-5, dans sa version applicable au litige : " () / La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ". Aux termes de son article R. 431-4, le dossier de demande de permis de construire est réputé complet lorsqu'il comprend les informations limitativement énumérées en ses articles R. 431-5 à R. 431-33. Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées en son article R. 423-1 pour déposer une demande de permis de construire doit être regardé, dans tous les cas, comme ayant qualité pour présenter cette demande.

5. Par ailleurs, les dispositions de l'article 653 du code civil établissent une présomption légale de copropriété des murs séparatifs de propriété, les dispositions de son article 662 précisant : " L'un des voisins ne peut pratiquer dans le corps d'un mur mitoyen aucun enfoncement, ni y appliquer ou appuyer aucun ouvrage sans le consentement de l'autre, ou sans avoir, à son refus, fait régler par experts les moyens nécessaires pour que le nouvel ouvrage ne soit pas nuisible aux droits de l'autre ".

6. Il résulte des dispositions citées au point 4 qu'une demande de permis de construire concernant un mur séparatif de propriété peut, alors même que les travaux en cause pourraient être contestés par les autres propriétaires devant le juge judiciaire sur le fondement des articles 653 et suivants du code civil, être présentée par un seul co-indivisaire. Par suite, et à supposer le mur séparatif des propriétés de Mme D et de M. et Mme A effectivement mitoyen et en propriété indivise, la seule circonstance que M. et Mme A n'auraient pas indiqué au service instructeur en être propriétaire en co-indivision ne suffit pas à établir que le permis de construire en litige, délivré sous réserve du droit des tiers, aurait été obtenu par fraude. Par ailleurs, il n'appartenait pas davantage au service instructeur d'exiger du pétitionnaire la production d'un document établissant sa propriété exclusive sur ce mur ou l'accord de l'autre copropriétaire de ce mur.

7. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme n'est pas propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

8. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 662 du code civil est inopérant et n'est par suite pas propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article A 424-8 du code de l'urbanisme : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ". Il résulte de ces dispositions que toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si l'autorisation contestée respecte les règles d'urbanisme.

10. Si Mme D soutient que le permis de construire en litige méconnaît les dispositions de l'article 678 du code civil en tant qu'il crée une servitude de vue sur sa propriété prohibée par ces dispositions, un tel moyen n'est pas de ceux qui peuvent être utilement invoqués à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme et n'est par suite pas propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

11. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que le dossier de permis de construire déposé en mairie le 12 octobre 2021 indique qu'est projetée la démolition des deux extensions agrégatives existantes, garage à l'est et cuisine au nord, dans le formulaire Cerfa en sa rubrique n° 5, sur le plan de masse existant PCMI 2/5, sur les photographies PCMI A2 ainsi que dans la notice architecturale. Il s'ensuit que le permis de construire délivré, valant permis de démolir en application des dispositions de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme, autorise la démolition de tous les ouvrages et éléments de construction indiqués, en ce compris le garage, dont la surface n'avait pas à être renseignée dans le formulaire cerfa, dès lors qu'il ne développe pas de surface de plancher au sens des dispositions de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que le permis de construire en litige a été irrégulièrement délivré, en tant que son exécution implique nécessairement la démolition d'ouvrage qui n'a pas été autorisée, n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 421-3 du code de l'urbanisme n'est pas davantage propre, à créer un tel doute.

12. En cinquième et dernier lieu, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire, motifs pris de l'insuffisance des documents graphiques et photographiques, s'agissant de l'insertion du projet par rapport aux constructions voisines, et de l'insuffisante précision des plans et perspectives pour représenter le mur surmonté d'un acrotère, n'est pas non plus propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

13. Aucun des moyens invoqués par Mme D n'étant propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du maire de la commune de Vannes portant délivrance du permis de construire n° PC 056 260 21 Y0250 au bénéfice de M. et Mme A, les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution cet arrêté ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête ni sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D la somme que la commune de Vannes et M. et Mme A demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. La présente instance n'ayant par ailleurs donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par Mme D au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Vannes et de M. et Mme A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, à la commune de Vannes et à M. B et Mme F A.

Fait à Rennes, le 10 octobre 2022.

Le juge des référés,

signé

O. ELa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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