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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204980

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204980

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204980
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2022, la SAS Bouygues Télécom et la société Phoenix France Infrastructures, représentées par Me Hamri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2022 par lequel le maire de la commune d'Argol s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Phoenix France Infrastructures en vue de la construction d'une antenne relais ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Argol de réexaminer la déclaration préalable de travaux dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Argol la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, la commune d'Argol, représenté par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS Bouygues Télécom et la société Phoenix France Infrastructures la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance n° 2205709 du 30 novembre 2022 du juge des référés du tribunal.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villebesseix,

- les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public,

- et les observations de Me Tremouilles, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune d'Argol.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 juin 2022, la société Phoenix France Infrastructures a déposé une déclaration préalable de travaux en vue de la construction d'une antenne relais sur la parcelle cadastrée section ZE n° 9 située au lieudit Le Marros à Argol. Par un arrêté du 2 août 2022, le maire de cette commune s'est opposé à cette déclaration préalable de travaux en se fondant sur les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. La SAS Bouygues Télécom et la société Phoenix France Infrastructures demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. La motivation n'est pas nécessaire lorsque la dérogation est accordée en application des 1° à 6° de l'article L. 152-6. ".

3. En l'espèce, l'arrêté du 2 août 2022 mentionne les dispositions dont il fait application, notamment l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Il précise également les considérations de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme : " Le schéma de cohérence territoriale précise, en tenant compte des paysages, de l'environnement, des particularités locales et de la capacité d'accueil du territoire, les modalités d'application des dispositions du présent chapitre. Il détermine les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés prévus à l'article L. 121-8, et en définit la localisation ". Aux termes de l'article L. 121-8 du même code : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ". Il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, que l'extension de l'urbanisation doit se réaliser, dans les communes littorales, soit en continuité avec les agglomérations et les villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions.

5. Il résulte également des articles L. 121-8, L. 121-10, L. 121-11 et du premier alinéa de l'article L. 121-12 du code de l'urbanisme que le législateur a entendu ne permettre l'extension de l'urbanisation dans les communes littorales qu'en continuité avec les agglomérations et villages existants et a limitativement énuméré les constructions, travaux, installations ou ouvrages pouvant néanmoins y être implantés sans respecter cette règle de continuité. L'implantation d'une infrastructure de téléphonie mobile comprenant une antenne-relais et ses systèmes d'accroche ainsi que, le cas échéant, les locaux ou installations techniques nécessaires à son fonctionnement n'est pas mentionnée au nombre de ces constructions. Par suite, elle doit être regardée comme constituant une extension de l'urbanisation soumise au principe de continuité avec les agglomérations et villages existants au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Il en va de même dans la rédaction qu'a donnée la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 au premier alinéa de cet article, qui dispose depuis lors que : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants ".

6. Il est constant que le lieudit Le Marros, situé à environ 3 km du bourg d'Argol n'est pas identifié comme un village par le schéma de cohérence territoriale du Pays de Brest. Ce secteur comporte une vingtaine de constructions implantées de manière éparse sur des terrains de superficies importantes et est entouré de tous côtés par de larges parcelles agricoles. Dans ces conditions, dès lors que le lieudit Le Marros ne présente pas un nombre et une densité significatifs de constructions justifiant qu'il reçoive la qualification village au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, le maire de la commune d'Argol n'a pas méconnu les dispositions de cet article en s'opposant au projet d'implantation d'une antenne relais dans ce secteur. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par la SAS Bouygues Télécom et la société Phoenix France Infrastructures.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Argol, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS Bouygues Télécom et la société Phoenix France Infrastructures demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge solidaire de la SAS Bouygues Télécom et la société Phoenix France Infrastructures une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Argol et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Bouygues Télécom et la société Phoenix France Infrastructures est rejetée.

Article 2 : La SAS Bouygues Télécom et la société Phoenix France Infrastructures verseront solidairement la somme de 1 500 euros à la commune d'Argol en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Bouygues Télécom, à la société Phoenix France Infrastructures et à la commune d'Argol.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

J. Villebesseix

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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