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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205016

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205016

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantMAZOUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2022 à 16 h 17, M. A C, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance du 5 octobre 2022 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. C pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Radureau, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Mazouin, représentant M. C qui reprend les éléments exposés dans la requête concernant sa situation et indique que ses attaches se trouvent en France auprès de sa compagne et qu'il n'entretient pas de relation avec ses frères et sœurs restés en Algérie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, se disant ressortissant algérien né le 22 février 1998, déclare être entré en France une première fois en 2017 puis y être revenu en 2018. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire il a été interpellé le 27 septembre 2020 par les services de police pour tentative de vol. Par un arrêté du 27 septembre 2020 le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et décidé une interdiction de retour sur le territoire d'un an. Par un arrêté du 31 mai 2021 le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence mais cette assignation n'a pas été respectée. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire sans avoir jamais présenté de demande de titre de séjour, il a été condamné par un jugement du tribunal judiciaire de Nantes du 19 août 2022 à une peine de prison de deux mois. Par un arrêté du 30 septembre 2022 le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales permettant de fonder la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision de ne pas accorder de délai de départ, la décision fixant le pays d'éloignement et l'interdiction de retour sur le territoire français. L'arrêté mentionne les éléments se rapportant à la situation personnelle, familiale et administrative de M. C dont le préfet de la Loire-Atlantique. avait connaissance. Ainsi, l'arrêté attaqué répond suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et révèle, en outre, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort de la chronologie rappelée au point 1 que M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2020 et s'est maintenu sur le territoire sans avoir présenté de demande de titre de séjour. La preuve d'une insertion particulière en France au plan social ou professionnel n'est rapportée par aucune pièce du dossier et il n'est pas plus justifié de l'existence de liens personnels ou familiaux sur le territoire. Le requérant, qui est célibataire et sans enfant, ne justifie pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où résident ses cinq frères et sœurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. Il ne peut être considéré, dans ces conditions, que le préfet de la Loire-Atlantique en décidant d'obliger M. C à quitter le territoire, aurait porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-7 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

7. Il ressort des motifs de l'arrêté contesté que pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire, le préfet a tenu compte de ce que M. C a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas mise à exécution, de l'absence de justification de l'ancienneté de ses liens sur le territoire, de l'absence de justification des liens personnels et familiaux en France, des liens conservés dans son pays d'origine, de sa condamnation à une peine de prison et il a écarté l'existence de circonstances humanitaires pour fixer à deux années la durée d'interdiction de retour sur le territoire.

8. Le préfet a ainsi examiné l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et motivé la décision d'interdiction de retour sur le territoire. M. C n'établit l'existence d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé à son encontre d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire et ayant déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement avec interdiction de retour sur le territoire d'un an, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.

9. En dernier lieu, pour les motifs évoqués au point 4 et en l'absence de toute autre précision du requérant de nature à en apprécier la consistance, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté. En tout état de cause il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est pas établi par le requérant que la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire et celle fixant le pays de destination seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Loire-Atlantique.

Lu en audience publique le 7 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

C. BLe greffier,

signé

M.-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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