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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205068

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205068

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 6 octobre 2022 sous le n° 2205068, Mme H F, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé notamment le pays dont elle a la nationalité comme pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour pendant un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour dans les huit jours de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de la décision préfectorale du 6 septembre 2022 dans l'attente de la décision à intervenir de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu tel que prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et sur ce point est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le 9° de l'article L. 611-3 du même code ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie d'exception du fait que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 1 et 33 de la convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale en ce qu'elle fait application des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec l'article 11 de la directive " retour " du 16 décembre 2008 ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doit être suspendue car la requérante présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 10 octobre 2022 sous le n° 2205138, M. C E, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé notamment le pays dont il a la nationalité comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour pendant deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour dans les huit jours de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de la décision préfectorale du 6 septembre 2022 dans l'attente de la décision à intervenir de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu tel que prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et sur ce point est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le 9° de l'article L. 611-3 du même code ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie d'exception du fait que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 1 et 33 de la convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale en ce qu'elle fait application des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec l'article 11 de la directive " retour " du 16 décembre 2008 ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doit être suspendue car il présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, représentant les époux G et celles des époux G, assistés d'une interpète.

Le préfet du Finistère n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes des époux G sont dirigées contre des arrêtés identiques pris simultanément à l'égard des membres d'un même couple et elles présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

2. Mme F et M. E, ressortissants géorgiens nés respectivement en 1992 et 1993, sont entrés en France en septembre 2021 accompagnés de leur fille mineure B. Ils ont présenté des demandes d'asile qui ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 6 avril 2022. Les intéressés ont formé contre ces décisions un recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le préfet du Finistère a alors, par deux arrêtés du 16 septembre 2022 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de les obliger à quitter le territoire français dans les trente jours, fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office et leur a fait interdiction de retour pendant une durée d'un an. Les époux G demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

3. Les époux G justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle pour les présentes procédures, il y a lieu de les admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 26 juillet 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet du Finistère a donné délégation à M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture et signataire des arrêtés attaqués, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenue dans les arrêtés en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués précisent les considérations de droit et de fait au vu desquelles ils ont été pris et répondent ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et cette motivation révèle, en outre, que contrairement à ce que soutiennent les requérants, le préfet, qui ne pouvait faire état de la situation médicale de leur enfant, faute d'en avoir été informé au préalable, a procédé à un examen particulier de leur situation avant de prendre ces décisions et n'a pas commis d'erreur de droit à cet égard, au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Aucune des pièces des dossiers ne permet d'établir enfin qu'il se serait estimé lié par les refus opposés par l'OFPRA à la demande d'asile des requérants, pour décider, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de prendre des mesures d'éloignement à leur encontre.

6. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, énoncé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont issues de la transposition en droit national de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, le préfet doit être regardé comme mettant en œuvre le droit de l'Union européenne. Par ailleurs, lorsqu'un étranger sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour et en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, il ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utile et il lui est ainsi loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne la constatation du terme du maintien au séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise à la suite de cette constatation.

8. Au cas particulier, ayant sollicité l'asile, les époux G ont nécessairement entendu demander la délivrance d'un titre de séjour. Ils conservaient ainsi la faculté, pendant la durée d'instruction de leur dossier et avant l'intervention des arrêtés les obligeant à quitter le territoire français, de faire valoir devant le préfet tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu de ces mesures. Or il ne ressort pas des pièces des dossiers que les intéressés aient sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ou auraient été empêchés de présenter spontanément des observations sur leur situation avant que ne soient prises, le 16 septembre 2022, les décisions d'éloignement attaquées. Par suite, la garantie consistant dans le droit à être entendu préalablement à la mesure d'éloignement, telle qu'elle est notamment consacrée par le droit de l'Union, n'a pas été méconnue.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision ().Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations ".

10. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'une décision relative au séjour est intervenue concomitamment et a fait l'objet d'une contestation à l'occasion d'un recours dirigé contre une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette contestation suit le régime contentieux applicable à l'obligation de quitter le territoire, alors même qu'elle a pu être prise également sur le fondement du 3° de cet article. Dès lors, les dispositions de l'article L. 614-5 du même code sont applicables à l'ensemble des conclusions présentées devant le juge administratif dans le cadre de ce litige.

11. S'il suit de là que le préfet du Finistère pouvait envisager de fonder les obligations de quitter le territoire français prises à l'encontre des époux G à la fois sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, eu égard au refus d'asile opposé aux intéressés, et sur le 3° de cet article, au regard d'un éventuel refus de séjour dont ils auraient fait l'objet, la contestation de ces mesure relevant alors des dispositions de l'article L. 614-5 du même code, il ressort des pièces des dossiers qu'après l'expiration de la durée de validité de la carte de séjour dont ils pouvaient se prévaloir, les requérants n'ont sollicité concomitamment à leur demande d'asile aucun titre de séjour et n'ont donc fait l'objet d'aucune décision leur refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

13. Si les requérants allèguent que leur fille est une grande prématurée qui fait l'objet d'un suivi médico-psychologique en France et qu'il n'existe pas de traitement adapté disponible et accessible en Géorgie, ils n'ont pourtant engagé aucune démarche pour obtenir un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade. Par ailleurs eu égard à l'absence de document confirmant leurs allégations sur l'absence de traitement adapté disponible et accessible en Géorgie, ils ne peuvent être regardés comme établissant que l'état de santé de leur fille serait susceptible, par sa gravité ou la nature des traitements requis, de relever des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les décisions attaquées ne peuvent davantage être regardées, pour le même motif, comme entachées d'une erreur manifeste d'appréciation

14. Il résulte de ce qui précède que les époux G ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions les obligeant à quitter le territoire français.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Au cas particulier, toutefois, les décisions litigieuses n'ont pas pour effet de séparer les époux G de leur fille, dès lors qu'il n'est pas établi, comme exposé au point 13 que cette dernière ne pourrait pas bénéficier des soins qui lui sont nécessaires en Géorgie et il ne ressort pas des pièces des dossiers que l'intérêt supérieur de celle-ci aurait dû conduire le préfet du Finistère à délivrer à ses parents un titre de séjour. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet, du Finistère n'aurait pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de leur enfant et qu'il a méconnu les stipulations précitées.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, faute, pour les requérants, d'avoir démontré l'illégalité des décisions les obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité, qu'ils invoquent, par voie d'exception, à l'appui de sa contestation de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes du 1 de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des États Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. ".

17. D'une part, il ne résulte pas des pièces des dossiers qu'en fixant le pays de destination des mesures d'éloignement décidées à l'égard des requérants, le préfet se serait, s'agissant de l'appréciation de la réalité des risques allégués par ces derniers, estimé lié par la décision de l'OFPRA qui a rejeté leur demande d'asile ou aurait insuffisamment apprécié leur situation personnelle au regard des seules dispositions et stipulations citées ci-dessus.

18. D'autre part, si les époux G soutiennent qu'ils risquent d'être exposés à de mauvais traitements en cas de retour dans leur pays d'origine de la part de la mère de M. E, sans pouvoir se prévaloir de la protection des autorités car elle n'aurait jamais accepté l'union de son fils avec A F, ils ne produisent aucun élément probant permettant d'établir la réalité de leurs allégations et ne démontrent donc pas qu'ils se trouvent dans le cas où ils seraient fondés à se prévaloir des dispositions et stipulations citées au point 16.

19. Il résulte de ce qui précède que les époux G ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions fixant le pays de destination.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour :

20. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

21. En premier lieu, aux termes de l'article 11 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 visée ci-dessus : " 1. Les décisions de retour sont assorties d'une interdiction d'entrée : / a) si aucun délai n'a été accordé pour le départ volontaire, ou / b) si l'obligation de retour n'a pas été respectée. / Dans les autres cas, les décisions de retour peuvent être assorties d'une interdiction d'entrée. / 2. La durée de l'interdiction d'entrée est fixée en tenant dûment compte de toutes les circonstances propres à chaque cas et ne dépasse pas cinq ans en principe () ".

22. Contrairement à ce que soutient les époux G, les éléments d'appréciation énoncés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne présentent pas un caractère plus restrictif que ceux prévus par les dispositions précitées de l'article 11 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées ont été prises sur le fondement des dispositions législatives incompatibles avec ses objectifs ne peut qu'être écarté.

23. En second lieu, eu égard à la faible durée de la présence en France des époux G et à leur absence d'attaches sur le territoire, les décisions leur interdisant d'y revenir pendant un an ne peuvent être regardées, nonobstant la circonstance que leur présence ne constitue pas un risque pour l'ordre public, comme procédant d'une inexacte application des dispositions citées au point 20.

24. Il résulte de ce qui précède que les époux G ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions leur interdisant de revenir en France pendant un an.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les époux G doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Le présent jugement de rejet n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions des époux G tendant à ce que soient adressées diverses injonctions au préfet du Finistère doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant aux suspensions de l'exécution des arrêtés attaqués :

27. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

28. Ainsi qu'il a été dit au point 18 ci-dessus, les éléments avancés par les requérants ne sont pas assez étayés pour être regardés comme suffisamment sérieux et de nature, par suite, à justifier la suspension, dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'exécution des arrêtés attaqués du 16 septembre 2022 jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur les recours formés contre les décisions de refus opposées par l'OFPRA.

Sur les frais liés au litige :

29. L'État n'étant pas la partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les époux G sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes des époux G sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H F, à M. C E et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

G. DLa greffière d'audience,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2205068, 2205138

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