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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205136

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205136

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS HAUSSMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 octobre et le 26 octobre 2022, Mme B D et Mme A E, représentées par le cabinet Paul-Avocats, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le maire de la commune de Bénodet a accordé un permis de construire modificatif à la SCCV Bénodet Corniche de la Plage pour la modification de maisons individuelles, des places de stationnement des collectifs, la création d'un local pour les poubelles, le calage des altimétries et la modification du plan d'abattage, pour la construction d'un complexe immobilier sis lieudit Kermoor ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bénodet le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- elles ont intérêt à agir en raison de la création de nouvelles places de stationnement au droit du collectif " Résidence Sénior Service ", de la création d'un nouvel accès et de l'abattage d'arbres qui leur donneront une vue plongeante sur les aires de stationnement ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que les travaux entrepris présentent un caractère difficilement réversible et leur préjudice est immédiat ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux :

- la délivrance d'un nouveau permis de construire plutôt qu'un permis de construire modificatif s'imposait compte tenu de l'étendue des modifications apportées au projet ;

- le dossier de demande de permis de construire modificatif est incomplet : en l'absence de plan de situation, l'absence de notice descriptive, l'insuffisance du plan de masse, l'absence de documents graphiques ;

- l'arrêté méconnaît l'article Uh6 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît l'article Uh11 du règlement du plan local d'urbanisme et le règlement de l'Aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) ;

- l'arrêté méconnaît l'article Uh12 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît l'article Uh13 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, la commune de Bénodet, représentée par la Selarl ARES, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérantes le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, que la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir : la résidence qu'occupent les requérantes, située à l'Ouest du projet donne seulement partiellement sur la partie du projet concernant la " Résidence Services Séniors " et sur une partie des stationnements. Les requérantes auront seulement une visibilité très réduite sur le projet, voire inexistante pour Mme D. Le permis de construire est le 5ème permis de construire modificatif pour ce projet, il est le seul attaqué et porte uniquement sur quelques modifications architecturales des maisons individuelles, la réorganisation des places de stationnement des collectifs, la création d'un local pour les poubelles, situé à l'opposé de la résidence des requérantes, le calage des altimétries et la modification du plan d'abattage du complexe immobilier ;

- à titre subsidiaire, il n'existe aucune urgence à suspendre l'arrêté alors que le permis de construire initial et les 4 permis de construire modificatifs précédents n'ont pas été contestés par les requérantes et que le projet dont les travaux ont débuté est désormais très avancé ;

Sur le doute sérieux :

- la délivrance d'un nouveau permis de construire ne se justifie pas au regard des modifications mineures apportées au projet ;

- le dossier de permis de construire initial étant complet, toutes les rubriques du formulaire CERFA de demande du permis modificatif n'avaient pas à être à nouveau renseignées mais seulement celles concernées par la demande de modification ;

- le projet situé en zone Uha4 a été autorisé par une décision devenue définitive ;

- l'implantation des constructions par rapport aux voies ouvertes à la circulation prévue par l'article Uh6 n'est pas concernée par le contenu du permis de construire modificatif attaqué et s'agissant d'un projet d'ensemble les dispositions du point F) permettaient un recul différent de ce qu'imposent les dispositions du point B) ;

- les dispositions de l'article Uh11 du règlement du plan local d'urbanisme et du règlement de l'AVAP ne sont pas méconnues par le projet qui concerne simplement le déplacement de panneaux photovoltaïques déjà autorisés par une décision définitive ;

- le nombre de places de stationnement respecte l'article Uh12 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'abattage de trois arbres respecte l'article Uh12 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'il n'a pas été demandé par la commune la conservation ou le remplacement de ces arbres ;

- les risques invoqués au titre de l'écoulement des eaux pluviales et des nuisances sonores ne sont pas fondés au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire, enregistré le 25 octobre 2022, la SCCV Bénodet Corniche de la Plage, représentée par la Selarl Haussmann, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérantes le versement de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérantes ne justifient d'aucun intérêt à agir en leur qualité de voisins, s'agissant des modifications apportées par le permis modificatif n°5 au projet de construction initialement autorisé, qui concerne la modification de l'altimétrie des maisons individuelles, la création d'un local poubelle éloigné, ne crée aucune place de stationnement supplémentaire et il n'existe pas de création de nouvelle voie au droit de la résidence des requérantes, il existait déjà une voie ouverte à la circulation des véhicules et le projet prévoit sa fermeture à la circulation du public pour créer une voie d'accès réservée aux pompiers ;

- les requérantes ne justifient pas être des voisins immédiats du projet et n'apportent aucun élément concret permettant de démontrer que les modifications affecteraient les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance et de leurs biens ;

- aucun des moyens n'est fondé et il n'existe aucune urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2205135.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Radureau, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 octobre 2022 :

- le rapport de M. C ;

- Me Le Franc, représentant Mme D et Mme E, qui reprend dans les mêmes termes les écritures et soutient en particulier que les requérantes seront affectées par la création de places de stationnement et la circulation sous leur fenêtre induite par le projet ainsi que par la coupe d'arbres et indique que la notice descriptive du projet est insuffisante au regard de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme et soutient que les panneaux voltaïques méconnaissent l'article Uh11 du règlement du plan local d'urbanisme et l'AVAP et que le nombre de places de stationnement ne respecte pas l'article Uh12 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- Me Lefeuvre, représentant la commune de Bénodet, qui reprend dans les mêmes termes ses écritures et insiste sur l'absence d'intérêt à agir des requérantes dès lors que les modifications concernant les places de stationnement qu'elles invoquent avaient déjà été décidées par le permis de construire modificatif n°4, que la voie de circulation existait avant les travaux contestés enfin et que sur trois arbres devant être abattus l'un l'est à la demande de la résidence appartenant aux requérantes et les autres modifications n'affectent aucunement les conditions de jouissance de leur bien par les requérantes et écarte les moyens invoqués par les requérantes en se rapportant au mémoire ;

- Me Charrier, représentant la SCCV Bénodet Corniche de la Plage, qui produit en particulier les plans de masse du permis de construire initial et des permis de construire modificatifs n° 4 et n°5 pour justifier la diminution du nombre de places de stationnement devant la résidence des requérantes, l'absence de création d'une voie de circulation, devant leur résidence par le permis de construire modificatif n° 5, laquelle ne sera d'ailleurs que peu fréquentée par les résidents même si elle ne sera pas exclusivement réservée aux secours et démontre l'éloignement des autres modifications prévues par ce permis de construire qui ne sont pas de nature à établir l'existence d'un intérêt à agir.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour la SCCV Bénodet Corniche de la Plage a été enregistrée le 3 novembre 2022.

Un courrier présenté pour Mme D et Mme E, en réponse à cette note en délibéré, a été enregistré le 4 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 juillet 2020, le maire de la commune de Bénodet a délivré à la SCCV Bénodet Corniche de la Plage un permis de construire, sur un terrain situé lieudit Kermoor d'une surface de 31 016 m², comprenant les parcelles classées section AC n° 402, 170, 400, 289, 398, 391, 401, 390 et 291, prévoyant la réalisation d'un hôtel de 79 chambres, de 18 maisons individuelles, d'une résidence de 4 logements collectifs, d'une résidence de 20 logements collectifs, d'une résidence " service sénior " de 92 logements, d'une résidence hôtelière de 56 logements et d'une galerie de liaison. La demande de permis de construire portait également sur la démolition de plusieurs bâtiments et la déconstruction partielle d'un hôtel. Ce permis de construire a fait l'objet de quatre permis de construire modificatifs le 8 janvier 2021, le 8 février 2021, le 12 octobre 2021 et le 15 mars 2022. Par un arrêté du 22 août 2022 le maire de la commune de Bénodet a accordé un cinquième permis de construire modificatif à la SCCV Bénodet Corniche de la Plage pour la modification de maisons individuelles, de places de stationnement des collectifs, la création d'un local pour les poubelles, le calage des altimétries et la modification du plan d'abattage des arbres. Mme D et Mme E demandent la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bénodet et la SCCV Bénodet Corniche de la Plage :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. "

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien.

4. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D et Mme E sont chacune propriétaires d'un logement situé dans une résidence se trouvant placée à l'Est de l'ensemble immobilier autorisé par un arrêté du 30 juillet 2020 du maire de la commune de Bénodet et en particulier, au droit de la voie de circulation et du parking de la " Résidence Sénior Service ". Il résulte cependant de l'instruction que les requérantes n'ont pas contesté le permis de construire initial autorisant la construction d'un ensemble immobilier de grande ampleur composé de nombreuses constructions dont la " Résidence Sénior Service ", pas plus que les quatre précédents permis de construire modificatifs qui ont notamment autorisé des modifications au parking de cette résidence et la voie de circulation associée à ces places de stationnement. Il est constant que le permis de construire modificatif n°5, autorisé le 22 août 2022, n'augmente pas le nombre de places de parking situées à proximité de leurs logements, alors même que le permis de construire modificatif n°4 a diminué d'une place celles se trouvant à proximité de leurs logements, et la voie de circulation, autorisée antérieurement, n'est pas plus affectée par l'arrêté contesté. Les autres modifications autorisées, concernant les maisons individuelles, l'altimétrie et la création d'un local pour les poubelles, portent sur des parties du projet immobilier éloignées et masquées par d'autres constructions et à ce titre, invisibles des logements des requérantes. Si Mme D et Mme E invoquent la coupe de trois arbres elles n'apportent aucun élément particulier pour préciser en quoi cela affecterait la vue dont elles disposent ou les conditions d'occupation de leurs biens alors que le projet immobilier qui a été autorisé le 30 juillet 2020 sans être contesté se trouve déjà pour partie réalisé ou très avancé, et elles ne contestent pas qu'un de ces arbres sera abattu à la demande des habitants de leur propre résidence. Dans ces conditions et en l'état de l'instruction, les requérantes ne justifient pas de leur intérêt à agir contre le permis de construire modificatif accordé le 22 août 2022 par le maire de la commune de Bénodet à la SCCV Bénodet Corniche de la Plage.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

7. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre () un permis de construire () ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite () ".

8. En vertu des dispositions précitées, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite s'agissant d'une requête en référé suspension d'un permis de construire. La condition d'urgence doit ainsi être regardée comme remplie.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

9. Aucun moyen, n'est en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité du permis de construire modificatif délivré le 22 août 2022 par le maire de la commune de Bénodet à la SCCV Bénodet Corniche de la Plage.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme D et Mme E doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme D et Mme E doivent, dès lors, être rejetées.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Bénodet et la SCCV Bénodet Corniche de la Plage tendant à l'application de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D et Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Bénodet et de la SCCV Bénodet Corniche de la Plage présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D, désignée représentante unique, pour l'ensemble des requérantes en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Bénodet et à la SCCV Bénodet Corniche de la Plage.

Fait à Rennes, le 9 novembre 2022.

Le juge des référés,

signé

C. CLe greffier,

signé

M.A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

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