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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205192

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205192

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCALONNE DU TEILLEUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 12 et 17 octobre 2022, Mme B D représentée par Me Calonne du Teilleul, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de la remettre aux autorités italiennes ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa demande d'asile dans un délai de trois jours et de lui délivrer une attestation de demande d'asile sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Calonne du Teilleul en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Mme D soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- sa situation n'a pas été suffisamment examinée lors de l'évaluation de sa vulnérabilité prévue à l'article L. 571-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ses besoins particuliers en matière d'accueil n'ont donc pas été correctement déterminés ;

- elle n'a pas été destinataire des informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'entretien individuel n'a pas été réalisé en présence d'un interprète compétent, alors qu'elle ne maîtrise pas bien la langue française, qui n'est pas sa langue maternelle et qu'elle n'a jamais été scolarisée ;

- le préfet n'établit pas que les autorités italiennes ont été destinataires d'une demande de prise en charge régulière et y ont répondu ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté méconnaît l'article 6 du règlement (UE) n° 604/2013, ainsi que l'article 8 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'arrêté n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les observations de Me Calonne du Teilleul, représentant Mme D,

- les explications de Mme D, assistée de M. C, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D justifie avoir saisi d'une demande le bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

2. Mme D, qui est une ressortissante de la Côte d'Ivoire, née en 1998, est entrée irrégulièrement en France, le 26 avril 2022, dépourvue de document d'identité ou de voyage, et a sollicité son admission au titre de l'asile, le 6 mai 2022, auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. La consultation du fichier Eurodac a toutefois fait ressortir qu'elle a été enregistrée par les autorités italiennes, le 22 janvier 2022, comme ayant franchi irrégulièrement la frontière italienne. Les autorités françaises ont alors saisi leurs homologues italiennes d'une demande de prise en charge de Mme D sur le fondement du 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013. En l'absence de réponse de ces dernières dans le délai de deux mois, prévu au 7 de l'article 22 du même règlement, les autorités françaises ont estimé que les autorités italiennes devaient être regardées comme ayant implicitement accepté la prise en charge de Mme D et leur ont adressé, le 5 septembre 2022, un constat les en informant. Par l'arrêté attaqué, du 5 octobre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé le transfert de Mme D, accompagnée de ses deux enfants, H et A, à destination des autorités italiennes.

Sur les conclusions en annulation :

3. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

4. En premier lieu, par un arrêté du 27 septembre 2022, régulièrement publié au registre des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation de signature à M. E G, chef de l'unité régionale Dublin, pour signer les décisions relevant de la procédure Dublin III et notamment les arrêtés de transfert. Par suite, le moyen tiré de ce que M. G n'aurait pas été compétent pour signer l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'État responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet État. / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État. ". Aux termes de l'article L. 571-2 du même code : " Il est procédé à une évaluation de la vulnérabilité des demandeurs mentionnés à l'article L. 571-1, selon les modalités prévues au chapitre II du titre II, afin de déterminer leurs besoins particuliers en matière d'accueil. ".

6. Mme D ne peut utilement invoquer, à l'encontre de l'arrêté de transfert en litige, une méconnaissance des dispositions, citées ci-dessus, de l'article L. 571-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'appréciation erronée de ses besoins d'accueil qui en découlerait, dès lors que ces dispositions ont pour seul objet de déterminer les besoins d'accueil des personnes dont la demande d'asile relève de la compétence d'un autre État, que l'autorité administrative entend requérir en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dans l'attente d'une éventuelle décision de transfert et que leur méconnaissance demeure ainsi sans incidence sur la légalité de la décision de transfert.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable () ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune () / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / () / Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement. ". Aux termes de l'article 20 de ce règlement : " () 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur () est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. La remise de ces éléments doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Eu égard à leur nature, la remise par l'autorité administrative de ces informations prévues par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est vu remettre, le 6 mai 2022, jour du dépôt de sa demande d'asile et au plus tard lors de l'entretien individuel, les deux brochures intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui contiennent l'ensemble des informations prescrites par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Ces documents, lui ont été remis en langue française qu'elle a déclaré comprendre et lui ont été lus, puisqu'elle a également indiqué ne pas savoir lire. Mme D fait valoir qu'elle ne comprend pas toujours tous les mots lorsqu'on lui parle en français et que parfois elle a du mal à s'exprimer, ainsi qu'elle en a fait état auprès des forces de police, le 23 septembre 2022, lors du dépôt d'une plainte. Toutefois, elle n'établit, ni même d'ailleurs ne soutient, que lors de la lecture qui lui a été faite de ces deux brochures, elle aurait rencontré des difficultés de compréhension, qu'elle en aurait fait part à l'agent chargé de cette lecture et que celui-ci aurait refusé de lui expliquer le ou les passages concernés ou n'y serait pas parvenu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information du demandeur d'asile, énoncé à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, à l'appui duquel est développée la même argumentation que celle rappelée au point précédent, doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux qui y sont énoncés.

10. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités italiennes ont été saisies d'une demande de prise en charge de Mme D dont elles ont accusé réception le 27 juin 2022 et d'un " constat d'accord implicite et confirmation de reconnaissance de la responsabilité ", dont elles ont accusé réception le 6 septembre 2022. Contrairement à ce que soutient la requérante, cette demande ne comporte pas d'erreur ou de contradiction relative à sa situation familiale, dès lors qu'elle indique clairement que la requérante est accompagnée de ses deux enfants mineurs, que la demande de prise en charge les concerne également et que la phrase relative à l'absence en France ou dans d'autres États membres, ou en Islande, Norvège, Suisse ou au Liechtenstein, d'enfants mineurs ou d'autres membres de la famille de l'intéressée a pour objet de permettre à l'État destinataire d'apprécier les liens familiaux devant être pris en compte pour déterminer l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et non d'identifier les personnes concernées par la demande de prise en charge. Si la demande de prise en charge identifie à sa dernière page, de façon erronée, l'Espagne comme étant l'État responsable de la demande d'asile de Mme D, cette erreur matérielle est sans influence sur la régularité de la procédure ayant abouti à l'édiction de l'arrêté attaqué, dès lors que la teneur de cette demande a permis, sans ambigüité, aux autorités italiennes de comprendre qu'elles en étaient les destinataires, et que, par ailleurs, elles n'ont pas décliné leur responsabilité aussi bien après la réception de cette demande qu'après celle du constat d'accord implicite. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les autorités italiennes n'ont pas été informées de ce que les autorités françaises les regardent comme responsables de sa demande d'asile.

11. En sixième lieu, aucune disposition, notamment du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, ne prévoyant la conservation au fichier Eurodac d'une photographie d'identité de l'étranger dont les empreintes digitales sont enregistrées, le moyen tiré de ce que la Fiche décadactylaire Eurodac produite par le préfet ne comporte pas de photographie et ne permet pas ainsi à la requérante de vérifier que cette fiche la concerne, est inopérant.

12. En septième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers, ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ". Il résulte de ces dispositions que si le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 prévoit au paragraphe 1 de son article 3 qu'en principe une demande d'asile est examinée par un seul État membre et que cet État est déterminé par application des critères fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application des critères de détermination de l'État responsable de l'examen des demandes d'asile est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par l'État membre. Cette faculté laissée à chaque État membre par l'article 17 de ce règlement est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

13. Mme D est mère isolée de deux jeunes enfants âgés de trois ans et un an, nés en Lybie. Elle soutient ne plus avoir de contact avec leur père qui est également de nationalité ivoirienne et qui serait resté en Lybie. Si elle présente, ainsi qu'en attestent deux certificats médicaux établis les 22 septembre et 10 octobre 2022, des séquelles cicatricielles des mauvais traitements dont elle a été victime de la part de membres de sa famille en Côte d'Ivoire. Elle n'établit pas que son état de santé nécessite une prise en charge médicale alors qu'elle a consulté récemment les deux médecins ayant établi les certificats produits. Elle ne fait pas davantage état de problèmes de santé dont souffriraient ses deux enfants. Mme D soutient, par ailleurs, avoir été agressée en Italie, le 10 avril 2020, au sein de la structure où elle était hébergée dans la ville de Cecilia, par deux ressortissants sénégalais qui se seraient introduits de nuit dans sa chambre, l'auraient menacée et blessée au bras avec un couteau. Elle indique que l'un de ses deux agresseurs l'a violée, mais qu'ils ont pris la fuite, lorsque l'un de ses enfants a commencé à pleurer, et qu'ils l'ont menacée de mort si elle parlait d'eux. Toutefois, si l'un des deux certificats médicaux produits fait état de cicatrices sur l'avant-bras gauche qui résulteraient, selon Mme D, de cette agression, l'origine de ces cicatrices et, par suite, la matérialité et la nature de l'agression qu'aurait subie la requérante en Italie ne sont pas établies par ce certificat ni par la plainte déposée en France le 23 septembre 2022 par la requérante, sur les conseils de son avocat. Par ailleurs et, en tout état de cause, rien ne permet de présumer que ses agresseurs, qu'elle a déclaré à la police française ne pas pouvoir identifier, sont toujours en Italie et qu'un retour dans ce pays l'expose à un risque sérieux de les rencontrer. L'arrêté attaqué n'ayant ni pour objet ni pour effet de contraindre Mme D de retourner en Côte d'Ivoire ou en Lybie, mais seulement de la remettre aux autorités du pays responsable de l'examen de sa demande d'asile, elle ne peut utilement se prévaloir des mauvais traitements subis, dans son pays d'origine, de la part de membres de sa famille, ou en Lybie, où elle soutient avoir séjourné cinq ans, de la part des autorités de ce pays. Par suite, il ressort des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en décidant de ne pas mettre en œuvre la faculté laissée aux États membres par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

14. En huitième lieu, aux termes de l'article 6 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. L'intérêt supérieur de l'enfant est une considération primordiale pour les États membres dans toutes les procédures prévues par le présent règlement. / () 3. Lorsqu'ils évaluent l'intérêt supérieur de l'enfant, les États membres coopèrent étroitement entre eux et tiennent dûment compte, en particulier, des facteurs suivants : / () b) le bien-être et le développement social du mineur () ". Aux termes de l'article 8 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Les États parties s'engagent à respecter le droit de l'enfant de préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses relations familiales, tels qu'ils sont reconnus par loi, sans ingérence illégale. / 2. Si un enfant est illégalement privé des éléments constitutifs de son identité ou de certains d'entre eux, les États parties doivent lui accorder une assistance et une protection appropriées, pour que son identité soit rétablie aussi rapidement que possible. "

15. Mme D soutient que son fils H est scolarisé en petite section de maternelle depuis le 1er septembre 2022, que ses deux enfants n'ont pas été déclarés à l'état civil en Lybie et qu'elle désire les déclarer à l'état civil dans un pays francophone. Toutefois, alors même qu'elle ne parle pas l'italien, la requérante n'établit pas qu'effectuer une telle démarche lui serait impossible en Italie auprès des services de l'état civil italien ou bien auprès de l'ambassade de la Côte d'Ivoire. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par ailleurs, il ne ressort pas des circonstances invoquées qu'en décidant de transférer Mme D et ses deux enfants à destination de l'Italie, le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait omis d'attacher une considération primordiale à l'intérêt supérieur du fils et de la fille mineurs de l'intéressée ou évalué cet intérêt de façon erronée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

16. En neuvième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. À la date de l'arrêté attaqué, Mme D n'était présente en France que depuis moins de six mois, aucun membre de sa famille, autre que ses deux enfants mineurs, ne réside sur le territoire national. Elle a été prise en charge en tant que demandeur d'asile et ne peut donc valablement invoquer une quelconque intégration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En dixième lieu, Mme D fait état de menaces de mort qui aurait été proférées par ses deux agresseurs afin qu'elle ne les dénonce pas. À supposer établis les faits allégués, il est constant que la requérante n'a pas porté plainte en Italie et soutient ne pas être à même de les identifier. Au demeurant, aucune pièce du dossier ne démontre qu'un retour en Italie expose Mme D à rencontrer de nouveau ces deux personnes. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que son transfert à destination de l'Italie l'expose à un risque sérieux de subir des peines ou traitements prohibés par les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

19. En onzième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'un examen complet de la situation de Mme D.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par Mme D aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être écartées.

Sur les frais liés à l'instance :

21. Les dispositions des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, la demande présentée par Mme D sur le fondement de ces dispositions doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

E. FLe greffier,

signé

M-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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