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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205208

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205208

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantMARAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, alors qu'il était placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine) M. A E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022, par lequel le préfet du Calvados lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur ce territoire pour une durée d'un an.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 721-4 du même code, et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 33 de la convention de Genève.

Par ordonnance du 14 octobre 2022, reçue au greffe du tribunal le même jour, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes a mis fin à la rétention administrative de M. E.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête de M. E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Maral, avocate commise d'office, représentant M. E, absent, qui se prévaut également d'un défaut d'examen suffisant de sa situation, en particulier au regard de l'absence de précision sur les éléments médicaux figurant dans la procédure pénale.

Le préfet du Calvados n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 30 août 1989 et de nationalité géorgienne, déclare être entré en France le 13 janvier 2022 et il y a demandé le bénéfice du statut de réfugié le 8 février 2022. Par décision du 30 août 2022 notifiée à l'intéressé le 6 septembre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande. Alors qu'il avait engagé des démarches pour contester cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile, il a fait l'objet, par un arrêté du préfet du Calvados du 11 octobre 2022 pris sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'une décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant la Géorgie comme pays de destination et lui interdisant de revenir en France pendant un an. C'est l'arrêté attaqué.

2. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 27 avril 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet du Calvados a donné délégation à M. D C, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer notamment les décisions relatives à l'éloignement des étrangers. Par suite, cet arrêté n'est pas entaché d'incompétence.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté du 11 octobre 2022 qu'il comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, y compris s'agissant de son état de santé et que, par suite, il est suffisamment motivé en toutes ses dispositions. Il ressort en outre de cette motivation que les questions de santé, abordées par le requérant au cours de son audition, ont bien été prises en compte par le préfet avant de prendre sa décision qui n'est donc entachée, s'agissant de l'examen préalable de la situation, d'aucune erreur de droit.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. E a, conformément aux dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été dûment informé, lors du dépôt de sa demande d'asile, par un document traduit en géorgien et portant sa signature le 19 janvier 2022, de ce qu'il disposait d'un délai de deux mois pour déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement, délai porté à trois mois dans l'hypothèse d'une demande motivée par son état de santé. Il n'a pourtant, depuis lors, sollicité aucun rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour sur ce fondement S'il se borne à produire deux certificats des 17 mars et 26 août 2022 du médecin psychiatre qui le suit, la teneur de ces derniers ne suffit pas à justifier de ce que son état de santé actuel répondrait aux conditions énoncées par les dispositions citées au point 4 et en particulier qu'il ne pourrait faire l'objet d'aucun traitement dans son pays d'origine, le requérant n'établissant pas, comme son conseil le soutient à l'audience, que le traitement qu'il suit comporterait des médicaments frappés d'interdiction par la loi géorgienne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

6. En quatrième lieu, , aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Le requérant n'apporte aucun élément ni aucune précision permettant d'établir la réalité des risques personnels qu'il soutient encourir en cas de retour en Géorgie. Le moyen tiré de ce qu'il se trouverait alors en situation de subir des traitements contraires aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut dès lors qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Si, en vertu des dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile un demandeur d'asile a le droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la date de lecture, le cas échéant, de la décision de la CNDA statuant sur cette demande, l'article L. 542-2 du même code précise toutefois que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ". L'article L. 531-24 du même code dispose que : " I. L'office statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ".

9. Il est constant que M. E est ressortissant de Géorgie qui constitue un pays d'origine sûr au sens des dispositions de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il pouvait ainsi légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français dès la notification de la décision de l'OFPRA lui refusant le bénéfice du statut de réfugié, date à laquelle il a perdu son droit à se maintenir sur le territoire français. Alors qu'il n'a pas usé de la faculté de demander, en application des dispositions des articles L. 752-5 à L. 752-11 du même code, la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué jusqu'à ce que la CNDA statue sur le recours qu'il a formé contre la décision de l'OFPRA, le moyen tiré de ce que cet arrêté méconnaîtrait les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève relatives au principe de non refoulement des demandeurs d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2022 du préfet du Calvados.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.

Le président,

signé

E. B Le greffier,

signé

M-A.Vernier

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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