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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205258

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205258

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantGOURLAOUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2022, M. B C, actuellement placé en rétention administrative au centre de Saint-Jacques-de-La-Lande, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'oblige à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de 3 ans et a fixé le pays de destination.

M. C soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet ne s'est pas prononcé sur l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas procédé, à cette occasion, à un examen approfondi de sa situation ; l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée au regard de sa situation et est, par suite, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance du 15 octobre 2022, par laquelle le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes a prolongé le maintien en rétention administrative de M. C pour une durée maximum de vingt-huit jours à compter du 15 octobre 2022 à 17 h 45 :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Gourlaouen, avocate de permanence, représentant M. C, qui a abandonné à l'audience le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué et qui a fait valoir à l'appui des autres moyens que M. C vit en couple depuis 8 mois et que si l'interdiction de retour sur le territoire français est fondée notamment sur l'existence d'une menace à l'ordre public, le requérant n'a toutefois pas fait l'objet de condamnations pénales ;

- les explications de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né en 1994, qui est également connu des services de police sous d'autres identités, dont celles d'Amine Abidi et Amine Chali, et qui a précédemment indiqué être de nationalité libyenne et être né en 2002 ou 2003, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations successives, en 2019 ou 2020. Il n'a pas cherché à régulariser sa situation administrative. M. C a été interpelé, le 12 octobre 2020 à Nantes, par les services de la police nationale et placé en garde à vue pour tentative de vol à la roulotte. Par l'arrêté attaqué, du 13 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de l'obliger à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, de lui interdire le retour sur le territoire pour une durée de trois ans, et a fixé la Tunisie comme pays de destination. Le même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de le placer en rétention administrative, mesure qui a été prolongée par l'ordonnance du 15 octobre 2022, visée ci-dessus, du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".

3. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

4. En premier lieu, M. C soutient que l'arrêté dans toutes ses composantes méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Il fait valoir à l'appui de ces moyens qu'il est arrivé en France il y a " presque cinq ans ", qu'il vit en couple depuis " presque un an " et que lui et sa compagne désirent se marier.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne justifie pas de la date de son entrée sur le territoire français. À supposer qu'il n'ait pas quitté le territoire national entretemps, l'indice le plus ancien de sa présence en France est un vol aggravé par deux circonstances avec violences et recel de bien provenant d'un vol, commis le 6 août 2019 au titre duquel il a fait l'objet d'un signalement le jour des faits. Le requérant a fait l'objet depuis lors de cinq autres signalements essentiellement pour des faits de vols et de recel de biens provenant de vols. Il a également fait l'objet de deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, les 8 janvier et 12 décembre 2021, qu'il n'a pas exécutés et qui étaient assortis d'interdictions de retour sur le territoire français de respectivement une et deux années. Il se déclare sans domicile fixe ni profession et a cherché à égarer l'administration en déclinant jusqu'à récemment des identités et une nationalité fictives. M. C ne peut, dès lors, se prévaloir d'une quelconque intégration dans la société française. Le requérant soutient, certes, vivre en couple et désirer se marier avec une personne qu'il a identifiée, le 13 octobre 2022 lors de son audition par un officier de police judiciaire, comme étant Mme D. Toutefois, il n'établit pas la réalité de cette relation, qui au demeurant serait très récente, à défaut d'avoir accepté de communiquer l'adresse et/ou le numéro de téléphone de cette personne et dès lors qu'il a déjà tenu des propos identiques lors de son audition du 27 février 2022, en identifiant sa compagne uniquement par le prénom de Jennifer, et lors de son audition du 12 décembre 2021, en désignant sa compagne sous le prénom de Lianne tout en indiquant ne pas se souvenir de son nom, mais la connaître depuis 9 mois, et alors que, par ailleurs, il a indiqué être célibataire et sans enfant à charge et n'a pas fait état d'une quelconque liaison amoureuse lors de son audition du 28 juillet 2022. Enfin, M. C n'établit ni même ne soutient que des membres de sa famille séjourneraient en France. Il ressort de l'ensemble de ces éléments, qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Il en est de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation, à l'appui duquel le requérant ne présente aucune autre argumentation.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a fixé la durée de la interdiction de retour sur le territoire français au terme d'une analyse tenant compte de la durée de la présence en France de M. C, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de l'existence de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire du 8 janvier 2021 auquel il n'a pas déféré, et des différents signalements dont il a fait l'objet depuis son arrivée en France. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'a pas tenu compte de l'ensemble des critères devant, en application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettre à l'autorité administrative de fixer la durée d'une interdiction de retour. Il ressort de la motivation de la décision fixant la durée de l'interdiction de retour qu'elle a été précédée d'un examen complet de la situation de M. C au regard des critères prévus par la loi.

9. Au regard des pièces du dossier et notamment des faits rappelés au point 6, entrant dans les prévisions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, dont il a assorti la décision portant obligation de quitter le territoire.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Loire-Atlantique.

Lu, en audience publique, le 18 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

E. ALa greffière d'audience,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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