vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205264 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BERTHET-LE FLOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Berthet-Le Floch, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'assigne à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Berthet-Le Floch au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. C soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;
- cette décision n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;
- cette décision méconnaît le 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a toujours résidé en France depuis son arrivée à Mayotte en 1999 ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est identifiable et localisable et ne présente donc pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;
- cette décision n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation notamment familiale ;
- cette décision est manifestement disproportionnée dans son principe et sa durée au regard de sa situation personnelle et familiale ; elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :
- il devra être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;
- l'assignation à résidence est manifestement disproportionnée en ce qu'elle est notamment assortie d'une interdiction de sortie de la commune de Rennes et d'une obligation de demeurer à son domicile entre 18 heures et 21 heures chaque jour de la semaine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Berthet-Le Floch, représentant M. C,
- les explications de M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C justifiant du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre, en raison de l'urgence à statuer sur sa requête, au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
2. M. C, qui est de nationalité comorienne, est entré à Mayotte en 1999, à l'âge de 11 ans, accompagné de ses parents. Il soutient être entré en France métropolitaine le 18 juin 2014, muni d'un passeport comorien et d'un titre de séjour temporaire portant la mention " liens personnels et familiaux " délivré à Mayotte et valable jusqu'au 13 février 2015. Le 13 octobre 2022, M. C a fait l'objet d'un contrôle d'identité et a été placé en retenue afin de procéder à la vérification de son droit au séjour. Par le premier arrêté attaqué, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'obliger à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui a interdit le retour sur ce territoire pour une durée de deux ans et a fixé les Comores comme pays de destination. Par le second arrêté attaqué, du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions en annulation :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui est âgé de 34 ans, a quitté les Comores en 1999, avec ses parents, à l'âge de 11 ans. Il a vécu alors à Mayotte, où il a été scolarisé jusqu'en 2008, année où il a obtenu un CAP en ébénisterie. Il justifie être présent en France métropolitaine depuis 2014, par la production d'une attestation de droits à l'assurance maladie et à la couverture maladie universelle complémentaire couvrant la période du 29 août 2014 au 31 juillet 2015, qui lui a été délivrée par la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire. Le requérant n'est pas retourné aux Comores depuis 1999. Il est célibataire et sans enfant à charge. Il a un demi-frère et trois demi-sœurs de nationalité française. Il établit que son demi-frère, Nabil, et l'une de ses demi-sœurs, Yousra, vivent en France, respectivement à Saint-Etienne et en Corse où celle-ci est étudiante. L'attestation d'hébergement de sa demi-sœur Nasra Halifa, à la Rochelle n'est pas probante en l'absence de justificatif de l'identité de son signataire. M. C a également une autre demi-sœur, Faouzia, vivant à Saint-Etienne, de nationalité comorienne et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2032. Il soutient avoir, par ailleurs, trois demi-frères du côté de son père qui vivraient tous à Mayotte. Le père et le beau-père du requérant sont de nationalité française et sa mère est de nationalité comorienne, mais titulaire d'une carte de résident, délivrée à Mayotte et valable jusqu'en 2026. Il est constant que le père de M. C vit à Mayotte. Le requérant n'établit pas que sa mère, son beau-père et sa plus jeune demi-sœur, Naïra, vivent en métropole, dès lors que les seuls documents produits les concernant ont été délivrés à Mayotte et font référence à des adresses situées dans ce département d'outre-mer. M. C a sollicité à plusieurs reprises, et notamment en 2014 à son arrivée en métropole, la délivrance d'un titre de séjour auprès des services de la préfecture de la Loire et a déjà fait l'objet de plusieurs arrêtés portant obligation de quitter le territoire dont, en dernier lieu, un arrêté du 5 février 2020. Étant sans ressources, vivant grâce à l'aide apportée par des associations et étant hébergé par un ami, après avoir été d'abord hébergé par l'une de ses demi-sœurs à Saint-Etienne, M. C ne peut se prévaloir d'une intégration professionnelle dans la société française. Il n'est toutefois pas connu des services de police et par la justice et ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Au regard de l'ensemble de ses éléments, et principalement de l'âge auquel le requérant a quitté les Comores, de la durée de sa présence France et de la présence en métropole ou à Mayotte des membres de sa famille, ses liens personnels et familiaux en France apparaissent, par leur intensité, leur ancienneté et leur stabilité, plus forts et plus étroits que les liens qu'il a pu conserver aux Comores qui, au regard des pièces du dossier, sont purement éventuels. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à obtenir l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, de l'arrêté comprenant cette décision dans toutes ses composantes, ainsi que de l'arrêté du même jour l'assignant à résidence, qui a été pris sur le fondement de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions tendant au prononcé d'une injonction :
6. Le présent jugement qui annule un arrêté portant, à titre principal, obligation de quitter le territoire, mais ne se prononçant pas sur le droit au séjour de M. C, n'implique aucune mesure d'exécution et notamment n'implique pas que le préfet d'Ille-et-Vilaine réexamine sa situation administrative et lui délivre une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions de la requête de M. C tendant au prononcé d'une injonction doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
7. M. C étant admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Berthet-Le Floch, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Berthet-Le Floch.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a obligé M. C à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination, est annulé.
Article 2 : L'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a assigné à résidence M. C pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Berthet-Le Floch renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Flora Berthet-Le Floch la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet d'Ille-et-Vilaine et à Me Flora Berthet-Le Floch.
Rendu publique par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
E. BLe greffier,
signé
M-A. Vernier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026