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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205279

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205279

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022, M. E C, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2022, par lequel le préfet du Finistère lui fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de sa reconduite d'office et lui fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code eu égard à ses problèmes de santé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du même code et les stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 33 de la convention de Genève.

Par décision du 17 octobre 2022, reçue au greffe du tribunal le même jour, le préfet du Finistère a mis fin à la rétention administrative de M. C.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Maral, avocate commise d'office, représentant M. C, absent.

Le préfet du Finistère n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, se disant né en 1997 et de nationalité pakistanaise, déclare être entré en France en 2020. Il a été interpellé en tentant de pénétrer dans la zone portuaire de Roscoff afin d'embarquer irrégulièrement sur un navire en direction du Royaume-Uni et a été placé en garde à vue à la gendarmerie de Saint-Pol-de-Léon le 15 octobre 2022. Il a alors fait l'objet, le même jour, d'un arrêté du préfet du Finistère, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligeant à quitter sans délai le territoire français à destination du Pakistan et lui interdisant tout retour pendant un délai d'un an. C'est l'arrêté attaqué.

2. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 26 juillet 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet du Finistère a donné délégation à M. A B, directeur de cabinet, et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer tous actes et décisions à l'exclusion de certaines décisions parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives à l'éloignement des étrangers. Par suite, cet arrêté n'est pas entaché d'incompétence.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté du 15 octobre 2022 qu'il comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le support et que, par suite, il est suffisamment motivé en toutes ses dispositions.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". M. C ne conteste pas l'irrégularité de son entrée sur le territoire français. Par suite, il entrait bien dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant au préfet du Finistère de prendre à son égard un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'a pas motivé cette décision sur la menace qu'il présenterait pour l'ordre public et par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 5° des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente un caractère inopérant et doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

6. Si M. C soutient présenter des problèmes de santé affectant son cœur et sa vessie, il ne produit aucun élément permettant de l'établir et ne justifie pas, en particulier, avoir fait des démarches depuis son entrée alléguée sur le territoire français, depuis deux ans, pour obtenir un titre de séjour sur ce fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision d'éloignement méconnaîtrait les dispositions citées au point précédent ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Le requérant n'apporte aucun élément ni aucune précision permettant d'établir la réalité des risques personnels qu'il soutient encourir en cas de retour au Pakistan. Le moyen tiré de ce qu'il se trouverait alors en situation de subir des traitements contraires aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut dès lors qu'être écarté.

9. En dernier lieu, M. C n'a présenté aucune demande d'asile sur le territoire français et par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève relatives au principe de non-refoulement des demandeurs d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.

Le président,

signé

E. DLe greffier,

signé

M-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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