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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205293

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205293

vendredi 13 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une personne incompétente, à défaut pour le préfet de justifier d'un arrêté de délégation de signature régulier et dûment publié ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian né le 20 février 1986, est entré en France le 20 août 2008. Il a bénéficié de cartes de séjour temporaires en tant que parent d'enfant français valables du 6 janvier 2011 au 5 janvier 2013. Le renouvellement de son titre de séjour a été refusé compte tenu de la reconnaissance frauduleuse de paternité de l'enfant français dont M. C avait déclaré être le père. Il a fait l'objet d'un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours le 19 mai 2014. Son recours contre cet arrêté a été rejeté par le tribunal administratif de Rennes le 12 septembre 2014. S'étant maintenu sur le territoire français, il a par la suite bénéficié de plusieurs titres de séjour en raison de son état de santé, sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valables du 18 août 2015 au 27 avril 2022, le tribunal administratif de Rennes ayant par un jugement du 25 mai 2021 annulé une décision implicite de refus de renouvellement intervenue sur une demande déposée le 12 avril 2018. M. C a demandé le renouvellement de son titre de séjour le 25 avril 2022. Par un arrêté du 10 octobre 2022 dont il demande l'annulation, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2022. Il n'y a dès lors pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () ".

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / () ".

5. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il est toutefois loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition du code. Il lui est aussi possible, exerçant le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant un titre de séjour, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle. Cependant lorsque le préfet, statuant sur la demande de titre de séjour, examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement que celui dont il a été saisi, tous les motifs de rejet de la demande, y compris donc les motifs se prononçant sur les fondements examinés d'office par le préfet, peuvent être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir. Il en va, par exemple, ainsi lorsque la décision de refus de titre de séjour a pour motif que le demandeur n'entre dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit ou que le refus ne porte pas d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé.

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que si le préfet du Finistère a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a également motivé cette décision et celle obligeant l'intéressé à quitter le territoire français au regard de l'atteinte portée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, défini à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a, à cet égard, indiqué que M. C ne faisait état d'aucune attache en France. Or il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont la situation depuis son arrivée en France en 2008 était connue du préfet compte tenu notamment de ses multiples demandes de titres de séjour et de ses recours contentieux présentés en 2014 et 2019, s'est marié le 14 juin 2014 avec une ressortissante congolaise, dont il n'est pas contesté qu'elle dispose d'une carte de résident, et qu'il a eu quatre enfants nés de cette union en 2014, 2016, 2017 et 2019. Si le couple est en instance de divorce, l'ordonnance de non conciliation rendue le 3 novembre 2020 prévoit que M. C verse chaque mois à la mère des enfants la somme de 110 euros par enfant au titre de la contribution à leur entretien et à leur éducation et qu'il bénéficie d'un droit de visite et d'hébergement s'exerçant une fin de semaine sur deux en période scolaire et pendant la moitié des vacances scolaires. Le préfet ne conteste par ailleurs pas que le requérant a produit lors de la précédente instance jugée le 25 mai 2021 par le tribunal administratif de Rennes des pièces permettant d'établir sa situation personnelle et familiale. Dans ces circonstances très particulières, M. C est fondé à soutenir que le préfet du Finistère a entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen sérieux au regard de sa vie privée et familiale.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".

9. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'arrêté attaqué implique seulement que le préfet du Finistère procède au réexamen de la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivre dans cette attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme sollicitée par M. C au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet du Finistère a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Finistère de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivre dans cette attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet du Finistère et à Me Franck Buors.

Délibéré après l'audience du 23 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

C. A

Le président,

signé

C. Radureau

La greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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