jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205367 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | THEBAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 24 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Thébault, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) à titre subsidiaire, de suspendre, sur le fondement de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'exécution de cet arrêté, dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'assigne à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire et de défaut d'examen suffisamment approfondi ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et, enfin, contrevient aux dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'interdiction de retour en France est illégale par voie de conséquence dès lors qu'elle ne peut être prise qu'en cas de refus de délai de départ volontaire ;
- la décision d'assignation à résidence est entachée d'incompétence et d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de l'obligation de se présenter régulièrement à la police de l'air et des frontières.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vennéguès, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Thébault, représentant Mme A, qui déclare renoncer aux moyens tirés de l'incompétence du signataire des arrêtés litigieux compte tenu des pièces produites en défense, et reprend pour le reste les autres moyens de la requête, en insistant sur l'absence de prise en compte par l'autorité préfectorale des documents concernant son état de santé et sa convocation devant la Cour nationale du droit d'asile,
- les explications de Mme A, assistée d'une interprète.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née en 1959, ressortissante géorgienne, déclare être entrée en France le 29 septembre 2020 et elle y a sollicité, dès le 5 octobre suivant, le bénéfice du statut de réfugié. Par décision du 7 janvier 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a clôturé cette demande pour absence d'introduction du dossier auprès de l'office. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a alors, par un arrêté du 4 février 2021 pris sur le fondement du 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination d'une mesure d'éloignement forcé. Par jugement n° 2101038 du 22 avril 2021, le président de ce tribunal a rejeté la requête de l'intéressée tendant à l'annulation de cet arrêté. Par décision du 21 octobre 2021 notifiée le 25, l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de Mme A, laquelle a interjeté appel de cette décision le 2 décembre suivant. Par un premier arrêté du 19 octobre 2022, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, à destination de la Géorgie ou de tout autre pays où elle serait légalement admissible, avec une interdiction de retour en France pendant un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Mme A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Selon l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent. ".
4. Lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, l'autorité préfectorale n'est tenue, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.
5. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition le 19 octobre 2022 par la police de l'air et des frontières, Mme A n'a fait que des déclarations succinctes et imprécises concernant son état de santé, évoquant une opération des deux pieds en Géorgie il y a huit ans, une autre intervention en mai 2022, la perspective d'une nouvelle prochainement, ainsi que des " problèmes de sang ", des maux de dos, une difficulté à rester assise et une thrombose.
6. Pour estimer que Mme A ne pouvait pas bénéficier des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet d'Ille-et-Vilaine, non sans avoir relevé que l'intéressée avait aussi mentionné une amélioration de son état de santé depuis son entrée en France, s'est borné à reprendre les déclarations qu'elle avait faites devant les policiers et à prendre en compte deux certificats fournis par elle, datant des 21 octobre 2021 et 24 juin 2022, ainsi que de la circonstance qu'elle n'avait jusqu'alors pas demandé de titre de séjour pour raisons de santé.
7. Pourtant, il ressort des pièces du dossier qu'avant l'édiction de l'arrêté litigieux, alors que Mme A était en retenue administrative, son conseil a transmis par courriel à la préfecture d'Ille-et-Vilaine un document qu'il qualifie de demande de titre de séjour pour raisons de santé mais qui est en réalité un dossier signé par la requérante le 13 août 2021 et la veille par son médecin traitant, portant un numéro d'identifiant du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avec la mention manuscrite " mesure contre éloignement ", ainsi qu'un certificat établi le 10 octobre 2022 par le médecin traitant de Mme A indiquant que cette dernière présente " une cardiopathie ischémique, d'une insuffisance veineuse compliquée d'ulcère ainsi que d'une lombosciatique droite invalidante en cours de prise en charge ", de nature à l'empêcher de se rendre à l'audience de la CNDA prévue le 25 octobre suivant, une ordonnance du 5 octobre 2022 d'un chirurgien vasculaire pour un écho doppler veineux des membres inférieurs prévu le 16 novembre suivant, en raison d'une récidive d'ulcère variqueux malléolaire interne gauche après phlébectomie, ainsi que le justificatif d'un rendez-vous le 5 décembre 2022 pour une IRM.
8. En s'abstenant de tenir compte de ces éléments alors qu'ils avaient été portés à la connaissance de ses services en temps utile, le cas échéant pour recueillir l'avis d'un médecin de l'OFII, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas fait précéder sa décision d'obliger Mme A à quitter le territoire français d'un examen suffisamment complet et approfondi de la situation personnelle de l'intéressée.
9. Dans ces conditions, Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de la Géorgie ou de tout autre pays où elle serait légalement admissible, avec une interdiction de retour en France, ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'arrêté l'assignant à résidence, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre ces deux arrêtés ni de statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision d'obligation de quitter le territoire français présentées à titre subsidiaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les frais d'instance :
10. Mme A étant admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Thébault, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Thébault.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a obligé Mme A à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a fixé le pays de destination, est annulé.
Article 3 : L'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a assigné à résidence Mme A pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thébault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Thébault la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Thébault et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
P. C La greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026