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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205368

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205368

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, M. E A, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022, par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de sa reconduite d'office et lui fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à sa relation avec une ressortissante française sous curatelle qui est enceinte et à ses liens avec un oncle qui l'héberge.

Par ordonnance du 22 octobre 2022, reçue au greffe du tribunal le même jour, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes a mis fin à la rétention administrative de M. A.

Par un mémoire enregistré le 26 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Maral, avocate commise d'office, représentant M. A, absent, qui soutient également que l'interdiction de retour ne peut être fondée sur une menace à l'ordre public qui ne saurait être établie par la seule plainte déposée, alors qu'aucune poursuite n'a été engagée à son encontre.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 6 août 1996 et de nationalité algérienne, déclare être entré en France en 2021. Il a été placé en garde à vue au commissariat de police du Havre, le 19 octobre 2022, à la suite d'une plainte pour violences volontaires sur concubin et il a alors fait l'objet, le 20 octobre 2022, d'un arrêté du préfet de la Seine-Maritime, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligeant à quitter sans délai le territoire français à destination de l'Algérie et lui interdisant tout retour pendant un délai de trois ans. C'est l'arrêté attaqué.

2. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 29 août 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme C D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer tous actes et décisions relatifs notamment à l'éloignement des étrangers. Par suite, cet arrêté n'est pas entaché d'incompétence.

3. En deuxième lieu il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué qu'il comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le support et il est par suite, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". M. A ne conteste pas l'irrégularité de son entrée sur le territoire français et n'établit pas avoir fait des démarches pour régulariser sa situation. Par suite, il entrait bien dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant au préfet de la Seine-Maritime de prendre à son égard un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. A se prévaut de sa relation avec une ressortissante française sous curatelle qui serait enceinte de ses œuvres, ce qui n'est d'ailleurs pas établi en l'absence de certificat médical et de reconnaissance prénatale, il ne conteste pas ne pas résider de manière continue avec cette personne qui a, au demeurant, porté plainte contre lui pour violences, indiquant vouloir se séparer de lui, ce qui ne corrobore pas, en outre, ses allégations relatives à un projet de mariage. Eu égard aux conditions de son séjour et nonobstant la présence alléguée en France de son oncle qui l'hébergerait, alors que ses parents et ses trois frères résident toujours en Algérie, l'arrêté attaqué, y compris en tant qu'il lui interdit tout retour en France pendant trois ans, ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le président,

signé

E. B Le greffier,

signé

M-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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