vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205405 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | GUILLOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2022 et un mémoire enregistré le 26 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Guillou, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et l'informe de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet du Morbihan l'assigne à résidence ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des frais irrépétibles outre celle de 518,40 euros au profit de Me Guillou sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, refusant d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et une interdiction de retour, bénéficiait d'une délégation régulière et exécutoire du préfet ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où il n'est pas certain qu'il disposera hors de France des moyens de prévention et de soins y existant au regard de l'épidémie de Covid-19 ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle faute de tenir compte des circonstances qu'il a déjà bénéficié d'une autorisation préfectorale de travail sur le fondement de laquelle il a été employé sous contrat, qu'il a ensuite créé sa propre entreprise de plomberie, électricité et chauffage, activités dans lesquelles il existe une pénurie de personnel, et qu'il vit actuellement avec une personne de nationalité française et envisage de se marier avec elle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale parce qu'elle se fonde sur une mesure d'éloignement elle-même illégale ; elle méconnaît également les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour en France et le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen sont illégaux car fondés sur des décisions elles-mêmes illicites ; elles le sont en tout état de cause à défaut pour le préfet d'avoir tenu compte des circonstances qu'il a déjà bénéficié d'une autorisation préfectorale de travail, qu'il a désormais créé sa propre entreprise et qu'il vit actuellement avec une personne de nationalité française ;
- l'assignation à résidence est illégale par voie de conséquence de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- Mme C, signataire des arrêtés contestés, y est régulièrement habilitée ;
- les arrêtés attaqués sont motivés en droit et en fait ;
- le requérant a indiqué être entré en France depuis trois ans ; il ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire ; il dispose d'attaches familiales au Maroc et ne justifie pas de liens anciens, stables et intenses noués en France et de nature à caractériser une erreur manifeste d'appréciation ; il ne justifie pas avoir tenté de régulariser sa situation administrative en France en déposant une demande de titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vennéguès, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E, à l'issue duquel a été soulevé d'office, en application des dispositions des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative, le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'inscription du requérant dans le système d'information Schengen (SIS) dès lors que cette information ne lui fait pas grief, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né en 1981, a quitté le Maroc pour l'Espagne en mars 2020 pour ensuite entrer en France. Par un arrêté du 24 octobre 2022, le préfet du Morbihan lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il serait légalement admissible, et fixe une interdiction de retour en France pendant un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Morbihan l'assigne à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
En ce qui concerne le moyen d'incompétence soulevé contre l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du Maroc et fixant une interdiction de retour en France :
3. Il ressort des pièces du dossier que la signataire de cet arrêté, Mme D C, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité de la préfecture du Morbihan, y était habilitée par un arrêté du préfet du Morbihan du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département du 31 août 2022. Le moyen tiré de son incompétence n'est donc pas fondé.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, en se bornant à alléguer qu'il n'est pas certain qu'il disposera en cas d'éloignement des moyens existant en France pour prévenir et soigner une infection par le coronavirus Covid 19, M. B ne conteste pas valablement la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet et notamment n'établit pas que cette décision l'expose à une atteinte au droit à la vie, en méconnaissance de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou a pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, caractérisant une erreur manifeste d'appréciation.
5. En deuxième lieu, d'une part, si M. B a effectivement bénéficié, sur sa demande du 9 août 2021, d'une autorisation de travail délivrée le 30 août 2021, en tant qu'étranger " résidant hors de France ", pour un emploi sous contrat à durée indéterminée d'installateur en chauffages à Ploemeur, il est constant qu'il n'occupe plus cet emploi, de sorte qu'il ne peut plus utilement se prévaloir de cette autorisation et qu'il est sans incidence que le préfet du Morbihan n'ait pas mentionné l'existence de cette autorisation dans l'arrêté litigieux. Il ressort des pièces du dossier que M. B travaille désormais pour son propre compte après avoir créé une entreprise dénommée Plombelec Atlantique avec un compatriote. Cette circonstance a toutefois été prise en compte par le préfet du Morbihan puisque le procès-verbal de l'audition de l'intéressé par les policiers mentionne qu'il a déclaré être plombier électricien chauffagiste et avoir créé son entreprise et que l'arrêté litigieux fait état de cette déclaration. Il reste que l'intéressé ne justifie pas avoir sollicité ni a fortiori obtenu, pour ce faire, la moindre autorisation administrative ni déposé une demande de titre de séjour. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet du Morbihan aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation professionnelle faute d'avoir pris en compte l'ensemble des éléments concernant cette situation.
6. D'autre part, M. B a également évoqué sa relation avec une ressortissante française, lors de son audition par les policiers, de même que la circonstance qu'il vivrait le plus souvent avec elle depuis huit mois tout en ayant conservé son propre logement et qu'il aurait l'intention de l'épouser. Pour autant, il s'agit d'une relation très récente, concrétisée par une communauté de vie qui l'est encore davantage, qui ne suffit donc pas à caractériser des liens suffisamment intenses et anciens en France. La circonstance que le préfet du Morbihan n'ait pas précisément fait état de cette relation dans son arrêté alors qu'il en avait nécessairement connaissance puisqu'elle était mentionnée dans le procès-verbal d'audition du requérant, n'est, dans ces conditions, pas de nature à caractériser une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement litigieuse sur sa situation personnelle, sachant par ailleurs que M. B est célibataire, n'a pas d'enfant et que les membres de sa proche famille demeurent au Maroc, où il a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans.
7. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doivent être rejetées.
En ce qui concerne la détermination du pays de destination :
8. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré de ce que la fixation du pays de destination serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée ne peut qu'être écarté.
9. En second lieu, en se bornant à alléguer qu'il n'est pas certain qu'il disposera au Maroc des moyens existant en France pour prévenir et soigner une infection par le coronavirus Covid 19, M. B ne conteste pas valablement la légalité la décision fixant le pays de renvoi.
10. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France :
11. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai étant rejetées et le requérant ne soulevant aucun moyen contre la décision du préfet du Morbihan refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement sans délai sur laquelle elle est fondée ne peut qu'être écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
13. Ainsi qu'il a été dit précédemment aux points 5 et 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Morbihan n'aurait pas tenu compte de sa situation personnelle, familiale et professionnelle, en particulier de la circonstance qu'il travaille à son compte et a noué récemment une relation avec une ressortissante française. En tout état de cause, ces seuls éléments ne suffisent pas à caractériser l'existence de circonstances humanitaires de nature à justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ni à démontrer que la durée d'un an de cette interdiction fixée par cette autorité présenterait un caractère excessif.
14. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à obtenir l'annulation de la décision lui interdisant de retourner en France pendant un an.
En ce qui concerne l'inscription au fichier SIS :
15. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, ne fait pas grief, et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
16. Par suite, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
17. Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai étant rejetées, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté qui l'assigne à résidence pour parvenir à l'exécution de cette mesure d'éloignement serait en conséquence entaché d'illégalité.
18. Il s'ensuit que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence doivent être rejetées.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
P. ELe greffier,
signé
M-A. Vernier
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026