vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205472 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés du Tribunal |
| Avocat requérant | HERVE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre à 15 h 54, M. D B, Mme N A, Mme K B née J, M. G B, M. F B, M. L C, M. H C, M. I B et M. E B, représentés par Me Hervé, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a mis en demeure les familles B et C, dont les caravanes sont stationnées sur la parcelle cadastrée section BC n° 103, située route de la Chapelle-Janson à Fougères, de quitter les lieux avant le 24 octobre 2022 à 12 h, à défaut il sera procédé à l'évacuation des résidences mobiles par les forces de l'ordre ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de la préfecture les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
l'arrêté n'est pas fondé ;
la ville de Fougères ne respecte pas le schéma départemental d'accueil des gens du voyage (SDAGV) et la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage car si Fougères Agglomération dispose d'aires permanentes d'accueil pour les itinérants, elle ne dispose pas de terrains d'accueil familiaux locatifs prévus par le schéma départemental ; la loi n'étant pas respectée leur expulsion ne peut être demandée ;
les 44 places de 80 m² proposées par Fougères Agglomération correspondent en réalité à 22 emplacements pour des familles au regard de la norme de sécurité qui prévoit 150 m² par place et ces emplacements sont dégradés et ne disposent pas d'électricité ;
les requérants sont attachés au territoire de Fougères, leurs enfants y sont scolarisés et leurs demandes d'attribution de terrains familiaux connues des autorités ;
il n'est pas établi que le stationnement porte atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques : ils ont contacté la police municipale pour faire constater leur stationnement et se sont engagés à quitter le terrain au 1er mars 2023 lorsqu'il sera à nouveau utilisé et sollicitent à compter de cette date un terrain permettant d'assurer la poursuite des soins dont M. E B a besoin et la scolarisation des enfants ;
compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine les mettant en demeure de quitter les lieux est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'arrêté du 15 juillet 2020, régulièrement publié a approuvé le SDAGV 2020-2025 qui prévoit à l'horizon 2023 la création de 10 terrains familiaux locatifs ou logements sociaux adaptés et retient que les obligations du précédent schéma départemental ont été remplies ; il ne peut donc être soutenu qu'un terrain familial aurait dû être d'ores et déjà proposé puisqu'il s'agit d'un objectif fixé à l'horizon 2023 qui est pour l'heure en cours de phasage ;
- la zone occupée ne possède aucun équipement minimal de confort permettant d'assurer la salubrité publique en général, et la prise en charge de la situation médicale de M. E B dans des conditions décentes ;
- depuis le 18 septembre, les clubs de roller et de tir à l'arc affectataires de l'équipement ne peuvent l'utiliser et les groupes scolaires sont impactés ;
- deux évènements sportifs prévus le samedi 29 octobre 2022 (match de coupe de France de footfball et rencontre de natation) vont augmenter la pression sur les espaces qui servent habituellement au stationnement occasionnel des spectateurs et des sportifs et pourraient être la source de troubles nuisibles au bon déroulement des activités comme à la sécurité des gens du voyage eux-mêmes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Radureau, vice-président, pour statuer sur les litiges énumérés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, auquel renvoie l'article R. 779-8 de ce code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 octobre 2022 :
- le rapport de M. M ;
- Me Hervé, représentant les requérants, qui demande à bénéficier de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et reprend, dans les mêmes termes, les éléments exposés dans les écritures en affirmant que le SDAGV 2020-2025 d'Ille-et-Vilaine n'est pas respecté, que l'aire de grand passage n'est pas aux normes et ne respecte pas la surface des terrains, que l'aire de Fougères qui a été incendiée pendant l'été 2022 ne dispose pas de sanitaires ou d'électricité aux normes et qu'il existe une inadéquation entre les besoins et les propositions faites à ces familles alors qu'elle sont connues, attachées à Fougères et demandent seulement à bénéficier d'un terrain familial, écarte l'atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques et soutient qu'il n'y a pas d'atteinte aux activités sportives qui se déroulent en salle jusqu'au mois de mars 2023, indique que les soins assurés, actuellement à proximité, à M. E B, en fin de vie, doivent se poursuivre et qu'ils s'engagent à libérer les lieux dès qu'un terrain leur sera attribué ;
- M. O, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui indique que la requête, pas plus que les développements à l'audience, ne comporte d'éléments précis et argumentés de nature à établir que le SDAGV 2020-2025 ne serait pas respecté ou que la réglementation applicable ou les normes de sécurité seraient méconnues, que d'autres terrains autour de Fougères et dans le département permettraient l'accueil de ces familles, que les terrains familiaux pour ce qui concerne Fougères Agglomération sont bien prévus par le SDAGV et font l'objet d'un phasage sur l'année 2023 et souligne qu'il existe bien une utilisation et une occupation irrégulières du domaine public méconnaissant son affectation et empêchant les sportifs de pratiquer leur activité à l'extérieur lorsque le temps le permet.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 11 octobre 2022, pris en application des dispositions du II de l'article 9 de la loi n° 2000-614 susvisée, le préfet d'Ille-et-Vilaine a mis en demeure les familles B et C, appartenant à la communauté des gens du voyage, installés sur un terrain situé sur le territoire de la commune de Fougères, route de la Chapelle-Janson, parcelle cadastrée section BC n°103, de quitter les lieux avant le 24 octobre 2022 à 12h, en précisant qu'à défaut il serait procédé à l'évacuation des résidences mobiles par les forces de l'ordre. Les consorts B et C demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu, en application des dispositions précitées, de prononcer l'admission provisoire des requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 : " I. - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; () / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () / II. - En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain ".
5. Pour faire droit à la demande de mise en œuvre de la procédure d'évacuation forcée présentée, par courrier du 21 septembre 2022, par le maire de la commune de Fougères, le préfet d'Ille-et-Vilaine a indiqué dans l'arrêté du 11 octobre 2022 que l'occupation illégale de la parcelle cadastrée section BC n° 103 route de la Chapelle-Janson, était de nature à présenter un risque pour la salubrité, la sécurité et la tranquillité publiques notamment en raison du nombre de caravanes et de l'inadaptation du terrain destiné à la pratique sportive du roller.
6. Le préfet d'Ille-et-Vilaine indique dans son mémoire en défense que 13 caravanes et 13 véhicules tracteurs se sont installés sur ce terrain après avoir démonté le portail d'entrée du site, que ce terrain n'est pas adapté et que deux évènements sportifs, prévus le samedi 29 octobre 2022, pourraient être la source de troubles nuisibles au bon déroulement des activités comme à la sécurité des gens du voyage eux-mêmes.
7. Ces seuls éléments n'ont cependant pas été précisés ou complétés à l'audience et aucune pièce du dossier n'établit en quoi cette occupation serait effectivement de nature à caractériser l'existence d'une atteinte à la salubrité et à la sécurité publiques.
8. Par suite, dès lors que l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 subordonne la mise en demeure de quitter les lieux à la démonstration d'une atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, les requérants sont fondés à soutenir, en l'état du dossier, que le préfet a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation en estimant que ces conditions étaient réunies.
9. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 11 octobre 2022 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige et les dépens :
10. Les requérants ayant été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ils peuvent se prévaloir de la loi sur l'aide juridique. Il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 de mettre à la charge de l'État une somme unique de 1 000 euros à verser à Me Hervé sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.
11. Aucun dépens n'ayant été engagé dans le cadre de la présente instance, les conclusions des requérants présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Les requérants sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 11 octobre 2022 est annulé.
Article 3 : Sous réserve que Me Hervé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Hervé, avocate des requérants, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, désigné représentant unique, pour l'ensemble des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à Me Hervé et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Copie en sera adressée à la commune de Fougères et à Fougères agglomération.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
C. M La greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026