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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205490

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205490

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEMINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 octobre 2022 et les 7 mars et 19 juin 2023, M. B A, représenté par Me Semino, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus de séjour du préfet d'Ille-et-Vilaine ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou une carte de séjour pluriannuelle ou temporaire dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnait le principe de sécurité juridique protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme ;

- la décision de retrait de titre de séjour révèle une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour ;

- elle est dépourvue de motivation malgré sa demande ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et en méconnaissance des dispositions de l'article L. 412-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 11 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 selon laquelle il disposait d'un droit au renouvellement de sa carte de résident ;

- elle méconnait les dispositions combinées des articles L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur d'appréciation :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle refuse une carte de résident en qualité de parent d'enfant français ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'il a délivré le 25 novembre 2022 une autorisation provisoire de séjour renouvelée le 25 mai 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2022.

Vu :

- l'ordonnance de référé n° 2205491 du 10 novembre 2022 par laquelle le juge des référés a suspendu la décision attaquée et a enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, première conseillère, pour exercer les fonctions de rapporteure publique, en application des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pottier,

- et les observations de Me Semino, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant togolais né 13 mars 1978 à Lomé est entré en France selon ses déclarations le 5 juillet 2002 sous couvert d'un visa long séjour en sa qualité de conjoint de français. Il a été titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2013, puis d'une carte de séjour " vie privée et familiale " renouvelée jusqu'au 16 avril 2019. Le 16 novembre 2020, il a sollicité la délivrance d'une carte de résident ou, à défaut, le renouvellement de son titre de séjour. Dans le cadre de l'examen de sa demande, l'autorité préfectorale lui a délivré un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour dont le dernier a expiré le 18 juillet 2022. Par lettre du 16 septembre 2022, M. A a demandé la motivation de la décision implicite de rejet née du silence de l'administration sur sa demande de délivrance de titre de séjour et de carte de résident. Le 18 octobre 2022, il lui a été notifié une décision de retrait de carte de séjour temporaire prise par le préfet le 21 juillet 2022. M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour et de carte de résident révélée par la décision du 21 juillet 2022 portant retrait de titre de séjour notifiée le 18 octobre 2022.

Sur le non-lieu à statuer :

2. M. A ayant demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la simple délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, quand bien même elle a été renouvelée, ne peut être regardée comme faisant droit à sa demande, ni comme portant retrait implicite des refus de titre de séjour opposés implicitement à l'intéressé. Dès lors, les conclusions à fins de non-lieu opposées par le préfet d'Ille-et-Vilaine doivent être écartées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, à la date de la décision portant retrait de titre de séjour en date du 21 juillet 2022, n'était plus titulaire d'une carte de séjour depuis l'année 2019. Il avait saisi l'administration d'une demande de titre de séjour et d'une demande de titre de résident par lettre du 16 novembre 2020 et avait reçu des récépissés de demande de titre de séjour dont le dernier avait expiré le 18 juillet 2022. Par suite, la décision du 21 juillet 2022 portant retrait de la carte de séjour de M. A doit être regardée comme révélant une décision implicite de rejet de la demande présentée par ce dernier.

Quant à la décision implicite portant rejet de la demande de carte de séjour temporaire :

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / () ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423 7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1.".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2002 et s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français, puis une carte de résident, puis une carte de séjour " vie privée et familiale " de 2014 jusqu'à la fin 2019, et qu'il est père d'un enfant français né le 3 décembre 2019 à Rodez et résidant à Concarneau avec sa mère, pour lequel le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Saint-Brieuc par un jugement du 30 juin 2016 confirmé par un arrêt de la cour d'appel le 11 décembre 2018, a constaté l'exercice de l'autorité parentale en commun par le père et la mère de l'enfant et a accordé un droit de visite et d'hébergement à M. A. Compte tenu de la durée du séjour en France de l'intéressé, du fait qu'il y a travaillé, qu'il y a séjourné en situation régulière entre 2014 et 2019, et qu'il a un enfant français mineur né en 2009 et dont il contribue à l'éducation, M. A est fondé à soutenir qu'il relevait des dispositions L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet était tenu de saisir pour avis la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant de rejeter sa demande de titre de séjour et M. A est fondé à soutenir que la décision portant refus de carte de séjour temporaire est entachée d'irrégularité dans sa procédure.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'ensemble des moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet a rejeté la demande de carte de séjour temporaire de M. A.

Quant à la décision implicite portant rejet de la demande de carte de résident :

7. Il ressort des pièces du dossier que, saisi d'une demande de carte de résident présentée par M. A notamment en qualité de parent d'enfant français et à titre subsidiaire d'une carte temporaire " vie privée et familiale " le préfet, saisi d'une demande de motivation de sa décision de rejet implicite, s'est borné à produire une décision du 21 juillet 2022 portant retrait d'une carte de séjour et ne mentionnant ni la demande de carte de résident dont il était saisi ni l'existence de l'enfant français de M. A. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen approfondi et doit ainsi être annulée.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'ensemble des moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet a rejeté la demande de carte de résident de M. A.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Compte tenu des motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer ses demandes de carte de résident et de carte de séjour temporaire de M. A, en tenant compte des motifs d'annulation retenu dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette condamnation d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté la demande d'admission au séjour de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer la demande de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Les conclusions de M. A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

F. PottierLe président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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