lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205502 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET PIZARRO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, M. B D, représenté par Me Pizzaro, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du préfet des Côtes-d'Armor du 24 octobre 2022 portant suspension de son permis de conduire durant six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui restituer son permis de conduire, à titre provisoire et jusqu'à l'intervention du jugement au fond ;
3°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer et de saisir la Cour de justice de l'Union européenne, selon la procédure d'urgence, de la question préjudicielle suivante : " Les articles 34 et 36 du TFUE doivent-ils s'interpréter comme s'opposant à ce qu'un droit national incrimine pénalement la conduite d'un véhicule après avoir consommé une marchandise dépourvue de propriétés stupéfiantes et psychoactives tels que des produits A contenant, conformément à la propre jurisprudence de la Cour de justice, des résidus de THC dans des proportions inferieures à un taux de 0,3% ' " et de suspendre, dans l'attente, l'exécution de l'arrêté en litige ;
4°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que l'arrêté en litige porte une atteinte grave et immédiate à sa situation familiale, professionnelle et financière ; il est artisan menuisier et a impérativement besoin de son permis de conduire pour se rendre sur ses différents chantiers ; il ne peut utiliser les transports en commun, dès lors qu'il doit nécessairement transporter du matériel lourd et volumineux ; il a également besoin de son permis de conduire pour des motifs personnels ; il est père de quatre enfants, de 3 à 15 ans, et son épouse est enceinte ; il doit assurer des trajets réguliers, pour les besoins de son foyer ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, dès lors que :
* l'arrêté en litige, l'arrêté du 13 décembre 2016 et les articles R. 235-4, R. 235-5 et L. 235-1 du code de la route, sont inconventionnels en tant qu'ils caractérisent, ensemble ou séparément, une mesure d'effet équivalent à une restriction quantitative prohibée par le droit de l'Union européenne : ces dispositions et actes ont pour objet et effet de pénaliser de manière significative la commercialisation des produits contenant du chanvre ou dérivés du chanvre ne répondant pas à la définition des stupéfiants, en excluant les consommateurs de ces produits de la possibilité de conduire un véhicule motorisé et ce en dehors de toute justification sérieuse tenant à la santé publique ou à la sécurité publique ;
* l'article R. 235-4 du code de la route prévoit que les modalités de dépistage doivent être définies par arrêté ministériel devant être précédé d'un avis du directeur général de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé ; l'arrêté du 13 décembre 2016 est irrégulier, en tant qu'il n'a pas été pris sur cet avis, pourtant requis ; ce vice de procédure a eu une incidence sur la décision prise et l'a privé de garanties substantielles ; en particulier, les seuils de détection des équipements de dépistage prévus par l'article 4 de l'arrêté ont été abaissés et les annexes supprimées, alors qu'elles contenaient les éléments sur lesquels les compétences scientifiques et techniques de l'ANSM auraient pu être particulièrement pertinentes ;
* l'arrêté méconnaît les dispositions légales applicables et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation : une analyse sanguine confirme qu'il ne consomme pas d'herbe de cannabis ni toute autre substance stupéfiante ; le prélèvement salivaire peut avoir donné un résultat faux positif ; la suspension prononcée est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : M. D n'établit pas que la détention de son permis de conduite est indispensable à l'exercice de sa profession, outre qu'il n'établit pas davantage qu'il n'existerait pas d'alternatives à la conduite de son véhicule personnel, durant la période de suspension de la validité de son permis ; sa situation familiale n'est pas utilement invocable ; l'intérêt public commande et justifie le maintien de l'exécution de l'arrêté en litige, eu égard à la dangerosité du comportement de M. D, qui conduit son véhicule sous l'emprise de stupéfiants, en outre en situation de récidive : la validité de son permis a déjà été suspendue durant trois mois, en mars 2019, confirmée par le tribunal judiciaire de Saint-Brieuc le 6 mai 2019 ;
- M. D ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en particulier :
* la réglementation qui fonde l'arrêté en litige n'a pas pour objet ni effet de suspendre la validité du permis de conduire d'un conducteur ayant consommé du cannabidiol (A), qui ne figure précisément pas sur la liste des produits stupéfiants fixée par l'arrêté interministériel du 13 décembre 2016, dès lors qu'il présente une teneur en tétrahydrocannabinol (THC) inférieure à 0,3% ; le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige, l'arrêté du 13 décembre 2016 et les articles R. 235-4, R. 235-5 et L. 235-1 du code de la route, sont inconventionnels en tant qu'ils caractérisent, ensemble ou séparément, une mesure d'effet équivalent à une restriction quantitative prohibée par le droit de l'Union européenne ne peut qu'être écarté, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer et de saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle ;
* l'arrêté du 13 décembre 2016 a été édicté après avis du directeur général de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), ainsi que cela ressort de ses visas ; le moyen tiré du vice de procédure n'est ainsi pas fondé, outre qu'un tel moyen est en tout état de cause irrecevable, un vice de procédure dont serait entaché un acte réglementaire ne pouvant plus être invoqué par la voie de l'exception, une fois cet acte devenu définitif ;
* la substance détectée dans la salive de M. D est le delta-9-tétrahydrocannabinol, classé dans les stupéfiants aux termes de l'arrêté ministériel du 22 février 1990 ; la seule allégation d'un possible " faux positif " ne suffit pas à démontrer l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la mesure en litige ;
* l'arrêté n'est entaché d'aucune disproportion manifeste, eu égard à la gravité de l'infraction constituée.
Vu :
- la requête au fond n° 2205501, enregistrée le 28 octobre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal et le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- l'arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 10 novembre 2022.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 octobre 2022 à 10h35, M. D a fait l'objet d'un contrôle routier sur le territoire de la commune de Plérin, au cours duquel il a été procédé à un dépistage de consommation de produits stupéfiants par prélèvement salivaire, qui s'est révélé positif au delat-9-tetrahydrocannabinol. Son véhicule a été intercepté et son permis de conduire a été retenu par l'autorité administrative, puis restitué à l'expiration du délai légal de 120 h. Le résultat de l'analyse du prélèvement a confirmé, le 18 octobre 2022, la présence de delta-9-tétrahydrocannabinol. Par arrêté du 24 octobre 2022, le préfet des Côtes-d'Armor a suspendu la validité du permis de conduire de M. D pour une durée de six mois à compter de sa notification. M. D a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I. - Le représentant de l'État dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () / 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants (). / () / II. - La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. / () / III. - À défaut de décision de suspension dans le délai prévu au premier alinéa du I du présent article, le permis de conduire est remis à la disposition de l'intéressé, sans préjudice de l'application ultérieure des articles L. 224-7 à L. 224-9 ". Aux termes de son article L. 224-7 : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'État dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire. / () ". Aux termes de son article L. 224-8 : " La durée de la suspension ou de l'interdiction prévue à l'article L. 224-7 ne peut excéder six mois ". Aux termes de son article L. 235-2 : " / () / Les officiers ou agents de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétents à leur initiative et, sur l'ordre et sous la responsabilité des officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire adjoints, peuvent également, même en l'absence d'accident de la circulation, d'infraction ou de raisons plausibles de soupçonner un usage de stupéfiants, procéder ou faire procéder, sur tout conducteur ou tout accompagnateur d'élève conducteur, à des épreuves de dépistage en vue d'établir si cette personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. / Si les épreuves de dépistage se révèlent positives ou lorsque le conducteur refuse ou est dans l'impossibilité de les subir, les officiers ou agents de police judiciaire font procéder à des vérifications consistant en des analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques, en vue d'établir si la personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. / () / Un décret en Conseil d'État détermine les conditions d'application du présent article ". Aux termes de son article R. 235-3 : " Les épreuves de dépistage prévues par l'article L. 235-2 sont effectuées par un médecin, un biologiste, ou un étudiant en médecine autorisé à exercer à titre de remplaçant, dans les conditions fixées à l'article L. 4131-2 du code de la santé publique, requis à cet effet soit par un officier ou agent de police judiciaire soit par un agent de police judiciaire adjoint ou par un garde champêtre, sur l'ordre et sous la responsabilité d'un officier de police judiciaire, qui leur fournit les matériels nécessaires au dépistage lorsqu'il s'agit d'un recueil urinaire. / Ces épreuves sont effectuées par un officier ou agent de police judiciaire, par un agent de police judiciaire adjoint ou par un garde champêtre dans les conditions prévues à l'alinéa précédent, lorsqu'il s'agit d'un recueil salivaire ". Aux termes de son article R. 235-4 : " Les épreuves de dépistage réalisées à la suite d'un recueil de liquide biologique sont effectuées conformément aux méthodes et dans les conditions prescrites par un arrêté des ministres de la justice et de l'intérieur ainsi que du ministre chargé de la santé, après avis du directeur général de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé ". Aux termes de son article R. 235-5 : " Les vérifications mentionnées au cinquième alinéa de l'article L. 235-2 comportent une ou plusieurs des opérations suivantes : / - examen clinique en cas de prélèvement sanguin ; / - analyse biologique du prélèvement salivaire ou sanguin ". Aux termes de son article R. 235-9 : " L'officier ou l'agent de police judiciaire adresse l'échantillon salivaire prélevé, et le cas échéant l'échantillon sanguin prélevé, ou les deux échantillons sanguins prélevés, accompagnés des résultats des épreuves de dépistage, à un laboratoire de biologie médicale ou à un laboratoire de police scientifique, ou à un expert inscrit en toxicologie sur l'une des listes instituées en application de l'article 2 de la loi n° 71-498 du 29 juin 1971 relative aux experts judiciaires et de l'article 157 du code de procédure pénale, dans les conditions prévues par l'article R. 3354-20 du code de la santé publique / () ". Aux termes de son article R. 235-10 : " Les analyses des prélèvements salivaires et sanguins sont conduites en vue d'établir si la personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Elles le sont dans les conditions définies par l'arrêté prévu à l'article R. 235-4 ".
4. Aux termes par ailleurs de l'article 12 de l'arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route : " Les analyses ou examens biologiques prévus aux articles R. 235-5 à R. 235-10 du code de la route sont effectuées par : / 1° Un médecin ou un pharmacien exerçant dans un laboratoire de police scientifique ; / 2° Un expert inscrit en toxicologie dans l'une des listes instituées en application de l'article 2 de la loi n° 71-498 du 29 juin 1971 relative aux experts judiciaires et à l'article 157 du code de procédure pénale, dans les conditions prévues par l'article R. 3354-20 du code de la santé publique ; / 3° Un biologiste médical d'un laboratoire de biologie médicale répondant aux conditions fixées par les articles L. 6213-1 et L. 6213-2 du code de la santé publique ; / Ces personnes doivent justifier de travaux et d'expérience dans les activités de toxicologie ou d'une pratique des analyses en toxicologie médico-légale d'au moins trois ans ". Aux termes de son article 13 : " Les laboratoires mentionnés à l'article R. 235-9 du code de la route doivent disposer des installations, de l'appareillage, du matériel, des produits et du personnel nécessaires à la réalisation d'analyses selon les méthodes prévues aux articles 9 et 11 du présent arrêté, permettant la recherche des produits stupéfiants et la recherche et le dosage des médicaments psychoactifs dans les liquides biologiques. / Ils doivent également disposer des installations, de l'appareillage, du matériel, des produits nécessaires à la conservation des échantillons à - 20 °C pendant au moins un an et se soumettre au contrôle de qualité exécuté par un organisme d'évaluation externe de la qualité. / Les laboratoires de police scientifique devront faire l'objet d'une accréditation selon la norme NF-EN-ISO n° 17025 avant le 31 octobre 2022. / Les laboratoires de biologie médicale sont accrédités conformément aux dispositions de l'article L. 6221-1 du code de la santé publique et au I de l'article 7 de l'ordonnance n° 2010-49 du 13 janvier 2010 modifiée ".
5. En premier lieu, M. D soutient qu'il consomme régulièrement de l'herbe de Cannabidiol, dit " A ", présentant une teneur en tétrahydrocannabinol inférieure à 0,30 %, seuil en dessous duquel le produit est dépourvu de propriétés stupéfiantes et qui ne constitue ainsi pas un produit stupéfiant mais un produit en vente libre dans des commerces spécialisés. Il soutient à cet égard que la matérialité de l'infraction n'est pas établie, faisant valoir tant les résultats négatifs de l'analyse sanguine qu'il a réalisée dans un laboratoire privé ainsi que le fait que le résultat positif de son prélèvement salivaire pourrait être un faux positif.
6. Il résulte toutefois du rapport d'expertise d'analyse biologique du 18 octobre 2022 réalisé par le service national de la police scientifique que du delta-9-tétrahydrocannabinol a été détecté dans le prélèvement salivaire de M. D, dans une quantité donc supérieure au seuil de détection fixé par l'arrêté du 13 décembre 2016 en son article 10 à 1 ng/ml de salive (ou équivalent), confirmant les résultats du dépistage salivaire réalisé le 15 octobre 2022 à 10h35 qui avait révélé la présence d'une substance stupéfiante appartenant à la famille des cannabinoïdes, interdite tant à la vente qu'à la consommation. Si, pour contester ces résultats et la matérialité de l'infraction reprochée, M. D fait valoir les résultats négatifs d'une analyse sanguine effectuée par un laboratoire privé, il résulte de l'instruction que ces résultats sont basés sur un prélèvement sanguin effectué le 18 octobre 2022 à 7h37, soit presque 70 heures après le prélèvement salivaire effectué par les services de la gendarmerie nationale, outre qu'ils procèdent d'une analyse réalisée par un laboratoire dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il serait habilité pour réaliser de tels tests toxicologiques, au sens et conformément aux dispositions précitées des articles 12 et 13 de l'arrêté du 13 décembre 2016. Ce seul élément est ainsi insuffisant pour remettre en cause l'analyse faite sur la base de prélèvements effectués par un agent de police judiciaire, par le service national de la police scientifique. Si, par ailleurs, M. D soutient que le résultat d'analyse de son prélèvement salivaire pourrait être un faux positif, il n'assortit son affirmation d'aucun élément circonstancié susceptible de la rendre plausible. Dans ces circonstances, le moyen tiré du défaut de matérialité de l'infraction n'apparaît pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
7. En deuxième lieu, eu égard à la gravité de l'infraction constatée dont la matérialité est établie, tenant à la conduite sous l'emprise d'une substance stupéfiante appartenant à la famille des cannabinoïdes, ainsi qu'à la gravité de celle dont la matérialité n'est pas contestée, tenant à la conduite avec un téléphone tenu en main, outre la circonstance que M. D a déjà vu son permis de conduire suspendu durant trois mois, pour des faits de même nature que la première des infractions, par jugement du tribunal correctionnel de Saint-Brieuc du 6 mai 2019, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet des Côtes-d'Armor en fixant la durée de la suspension de son titre de conduite à six mois n'est pas davantage propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
8. En troisième lieu, M. D soutient que l'arrêté du 13 décembre 2016 est irrégulier, en tant qu'il a été édicté sans que ne soit recueilli l'avis du directeur général de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, requis en application des dispositions de l'article R. 235-4 du code de la route, et que ce vice de procédure a eu une incidence sur les termes de l'arrêté en cause, notamment sur l'abaissement des seuils de détection des équipements de dépistage, ce qui le prive d'une garantie. Un tel moyen, qui tend à contester la procédure d'édiction de l'arrêté du 13 décembre 2016, ne pouvait toutefois être utilement soulevé que dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre cet acte réglementaire, dans le délai de deux mois de sa publication, mais ne peut plus être utilement soulevé, par la voie de l'exception, après l'expiration du délai de recours contentieux. Dans ces circonstances, le moyen tiré du vice de procédure dont serait éventuellement entaché l'arrêté du 13 décembre 2016 ne saurait, en tout état de cause, être de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
9. En quatrième et dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. D ne conteste pas utilement la matérialité de l'infraction au code de la route qui lui est reprochée et n'établit pas, contrairement à ce qu'il soutient, n'avoir fait usage que de A. Il résulte ainsi de l'instruction que l'arrêté en litige n'a pas pour objet ni effet de sanctionner sa conduite automobile en ayant consommé du A, mais bien sa conduite automobile sous l'emprise d'une substance stupéfiante appartenant à la famille des cannabinoïdes, interdite tant à la vente qu'à la consommation. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige, l'arrêté du 13 décembre 2016 et les articles R. 235-4, 235-5 et L. 235-1 du code de la route, pris ensemble ou séparément, caractériseraient une mesure d'effet équivalent à une restriction quantitative prohibée par le droit de l'Union européenne, dès lors que ces dispositions et actes auraient pour objet et effet de pénaliser de manière significative la commercialisation des produits contenant du chanvre ou dérivés du chanvre ne répondant pas à la définition des stupéfiants, en excluant les consommateurs de ces produits de la possibilité de conduire un véhicule motorisé et ce en dehors de toute justification sérieuse tenant à la santé publique ou à la sécurité publique, n'apparaît manifestement pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.
10. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de M. D tendant à la suspension de l'exécution de l'exécution de l'arrêté du préfet des Côtes-d'Armor du 24 octobre 2022 portant suspension de son permis de conduire durant six mois ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence et sans qu'il soit davantage besoin de surseoir à statuer pour saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. M. D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet des Côtes-d'Armor.
Fait à Rennes, le 14 novembre 2022.
Le juge des référés,
signé
O. CLe greffier,
signé
M.-A. Vernier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026