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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205533

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205533

vendredi 3 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOHADON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et deux mémoires enregistrés le 2 novembre, le 12 novembre et le 22 décembre 2022 sous le n° 2205533, Mme A D représentée par Me Cohadon, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal ;

1°) d'annuler la décision implicite née le 8 décembre 2020 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine à titre principal de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour l'autorisant à travailler en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Cohadon en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation à percevoir la part contributive de l'État.

Elle soutient que :

' la décision implicite née le 8 décembre 2020 :

- n'est pas motivée, le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication de ses motifs en application de l'article L 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ode de l'urbanisme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

' l'arrêté du 9 novembre 2022 :

- est insuffisamment motivé ;

' le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

' l'obligation de quitter le territoire français se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision de refus de séjour illégale ;

' la décision fixant le pays d'éloignement se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision de refus de séjour illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une décision du 21 décembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Rennes, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 novembre et le 23 décembre 2022 sous le n° 2205757, M. E B représenté par Me Cohadon, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 8 décembre 2020 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine à titre principal de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour l'autorisant à travailler en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros à verser à Me Cohadon en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation à percevoir la part contributive de l'État.

Il soutient que :

' la décision implicite née le 8 décembre 2020 :

- n'est pas motivée, le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication de ses motifs en application de l'article L 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales code de l'urbanisme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

' l'arrêté du 9 novembre 2022 :

- il est insuffisamment motivé ;

' le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

' l'obligation de quitter le territoire français se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision de refus de séjour illégale ;

' la décision fixant le pays d'éloignement se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision de refus de séjour illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une décision du 21 décembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Rennes, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les autres pièces du dossier

Vu :

- l'ordonnance n° 2205534 du 16 novembre 2022 ;

.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Cohadon, représentant de. M. B et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien né le 1er décembre 1983, et Mme D, ressortissante marocaine née le 23 mars 1981, son épouse, sont entrés en France le 8 juillet 2016. Ils ont été déboutés de l'asile par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 2 décembre 2016, confirmées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 24 octobre 2017. Par deux arrêtés du 20 décembre 2017, ils ont fait l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 22 février 2018. Le préfet d'Ille-et-Vilaine, par deux nouveaux arrêtés du 24 juillet 2019, les a obligés à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un jugement du 6 août 2019, le magistrat désigné a annulé les décisions en tant seulement qu'elle concernait la fixation du pays de renvoi. M. B et Mme D ont déposé, le 7 août 2020, des demandes d'admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont été implicitement rejetées le 8 décembre 2020. Par des arrêtés du 9 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté les demandes de délivrance d'un titre de séjour présentées par les intéressés et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du Maroc ou de l'Egypte ou de tout autre pays dans lequel ils sont légalement admissibles. Mme D et M. B demandent l'annulation de ces décisions implicites, nées le 8 décembre 2020, rejetant leurs demandes d'admission au séjour et les arrêtés du 9 novembre 2022.

2. Les requêtes présentées sous les nos 2205533 et 2205757 par Mme D et M. B sont relatives à la situation d'un couple et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions implicites de rejet des demandes de titre de séjour :

3. Postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par arrêtés du 9 novembre 2022, refusé d'admettre Mme D et M. B au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les décisions explicites de refus de titre de séjour doivent ainsi être regardées comme s'étant substituées aux décisions implicites de rejet des demandes de titre de séjour des intéressés. Les conclusions aux fins d'annulation de ces décisions implicites de refus de titre de séjour sont dès lors devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions dirigées contre les arrêtés du 9 novembre 2022 du préfet d'Ille-et-Vilaine :

4. En premier lieu, les arrêtés attaqués visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dont le préfet a fait application. Chaque arrêté rappelle les éléments se rapportant aux conditions de séjour des requérants et précise les éléments se rapportant à leur situation, administrative, personnelle et familiale. Les arrêtés exposent les raisons pour lesquelles la demande de titre de séjour est rejetée, retiennent qu'une décision d'éloignement du territoire peut être prise et motivent le choix du pays de renvoi. Les arrêtés attaqués comportent ainsi les motifs de droit et de fait qui les justifient. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des arrêtés doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. En l'espèce, Mme D et M. B se prévalent de la circonstance qu'ils sont présents sur le territoire français depuis le 8 juillet 2016, qu'ils ont eu deux enfants nés en France le 12 septembre 2016 et le 27 juin 2019, qui sont scolarisés et de leurs efforts d'insertion et d'apprentissage du français. Les requérants produisent plusieurs attestations ou documents établis avant les arrêtés contestés ou pour certains après ces décisions, en particulier une pétition initiée en décembre 2021, par des proches et connaissances, un adjoint au maire de Rennes ou par plusieurs organismes et associations, selon lesquelles ils auraient accompli de réels efforts d'intégration, notamment par l'apprentissage de la langue française, des activités de bénévolat et le suivi de la scolarité de leurs enfants. Ils font également état de plusieurs promesses d'embauche datées de 2019, 2020 et 2021 et pour les plus récentes une concernant Mme D, émanant de l'agence " Fer et Chiffons " du 10 novembre 2022 pour un emploi d'une trentaine d'heures hebdomadaires en qualité d'agent de maison et pour M. B, une émanant de la société " Delta Peinture " datée du 22 octobre 2022 pour un emploi de chef de chantier. Toutefois, les requérants se sont maintenus en situation irrégulière sur le territoire depuis le rejet de leurs demandes d'asile le 24 octobre 2017, après avoir fait l'objet de plusieurs décisions portant obligation de quitter le territoire français, auxquelles ils n'ont pas déféré. Ils ne séjournaient en France que depuis quatre années lorsque leurs demandes de titre de séjour ont été implicitement rejetées et s'ils invoquent désormais une durée de séjour de six années elle résulte du temps pris par le préfet pour statuer explicitement sur leurs demandes. Les quelques bulletins de salaire établis au nom de Mme D pour les années 2021 et 2022 s'ils démontrent des efforts d'intégration concernent cependant une activité à temps très partielle générant de très faibles ressources. Ces différents éléments apparaissent insuffisants pour établir l'intensité des liens personnels et familiaux que les intéressés ont pu nouer en France alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'ils ne sont pas dépourvus de toute attache familiale au Maroc où vivent leurs deux filles aînées, âgées de 11 ans et de 7 ans. Si les requérants font valoir que leurs enfants nés en France en 2016 et 2018 y sont scolarisés, en classe de cours préparatoire et en classe de moyenne section, ils ne démontrent pas davantage que ceux-ci ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en-dehors du territoire français. Par suite, les décisions contestées de refus de délivrance de titre de séjour n'ont pas porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et n'ont ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur leur situation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte des stipulations précitées que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. D'une part, les décisions contestées ne peuvent être regardées comme ayant, par elles-mêmes, pour effet de séparer les époux, de nationalité différente, ou les enfants d'un de leurs parents. D'autre part, il ne ressort d'aucune pièce des dossiers que ces enfants ne pourraient pas poursuivre une scolarité normale en cas d'éloignement dans le pays d'éloignement de cette famille. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Si cet article permet à l'autorité préfectorale de délivrer, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " à des ressortissants étrangers qui ne satisfont pas aux conditions requises pour prétendre à ces titres, cette faculté est toutefois subordonnée à la condition que l'admission au séjour du demandeur réponde à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi, l'autorité administrative devant notamment examiner, sous le contrôle du juge, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

10. En l'espèce, les éléments invoqués par les requérants et mentionnés au point 6 du présent jugement ne peuvent être regardés comme constituant des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier une admission au séjour. Dès lors, en refusant de délivrer un titre de séjour aux requérants sur ce fondement, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de la situation des requérants. Par ailleurs, un étranger ne détenant aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit dans l'application de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur, dite " circulaire Valls " doit être écarté.

11. En cinquième lieu, faute d'établir l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

12. En sixième lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants les décisions fixant le pays d'éloignement, qui n'ont pas pour objet de séparer les membres de cette famille, ont tenu compte de la nationalité de chacun des parents en prévoyant une possibilité d'éloignement de ce couple et leurs enfants soit au Maroc, soit en Egypte ou encore dans tout autre pays dans lequel ils sont légalement admissibles. Dans ces conditions et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8 les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme D et M. B ne sont pas fondés à demander au tribunal d'annuler des décisions du préfet d'Ille-et-Vilaine portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois à destination du pays où ils seront légalement admissibles.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que Mme D et M. B demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes de Mme D et M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. E B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.

Le président-rapporteur,

signé

C. C

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Bozzi

La greffière d'audience,

signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 220533,2205757

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