mercredi 16 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205534 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | COHADON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 et le 12 novembre 2022, Mme A C et M. E B, représentés par Me Cohadon, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de les admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions implicites nées le 8 décembre 2020 rejetant leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour ainsi que des décisions du 9 novembre 2022 refusant explicitement leurs demandes d'admission au séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine à titre principal de leur octroyer, provisoirement et jusqu'au prononcé du jugement au fond à intervenir, un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour les autorisant à travailler en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de leur situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent que :
- la notification des décisions expresses de refus d'admission exceptionnelle au séjour, quand bien même elles sont assorties d'obligations de quitter le territoire, ne rend pas sans objet la procédure de référé suspension engagée ;
- l'urgence est caractérisée : ils ne peuvent avoir accès aux aides sociales et notamment à un logement social, ne sont pas autorisés à travailler alors qu'ils ont deux enfants en bas âge ; ils ont dû quitter l'appartement qu'ils occupaient à la fin du mois de septembre 2022 et se retrouvent sans solution d'hébergement ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses :
- elles sont entachées d'un défaut de motivation dès lors que le préfet n'a pas répondu à leur demande de communication des motifs ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : ils respectent les conditions de la circulaire dite Valls du 28 novembre 2012 dès lors qu'ils justifient d'une présence en France depuis plus de cinq ans, d'une scolarisation d'un de leurs deux enfants depuis plus de trois ans, de l'existence de liens personnels et familiaux en France et d'une parfaite capacité d'intégration, de promesses d'embauche ; un éloignement apparaît impossible dès lors qu'ils sont de nationalité différente.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer et au rejet des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les requérants font l'objet d'obligations de quitter le territoire par arrêtés du 9 novembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2205533.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2022 :
- le rapport de Mme D ;
- les observations de Me Cohadon, représentant Mme C et M. B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur le fait que les requérants remplissent les critères de la circulaire Valls même si celle-ci n'est pas applicable, sont parfaitement intégrés sur le territoire français, souligne que Mme C est très investie dans la vie associative, dans la vie politique de son quartier et dans la vie scolaire de leurs enfants, que les requérants sont de nationalité différente et ne sont donc pas éloignables, que les enfants sont scolarisés ;
- les explications de Mme C, qui indique qu'elle a confié ses deux filles aînées à sa sœur aînée qui réside au Maroc, qu'elle s'est mariée en Libye avec M. B, qu'elle a quitté le Maroc à l'âge de 25 ans pour rejoindre la Libye et y est retournée uniquement pour y accoucher de sa première fille, qu'elle a accouché de sa seconde fille en Libye ;
- les explications de M. B, qui indique qu'il a quitté l'Egypte à l'âge de 27 ans et n'a que très peu vécu au Maroc.
Le préfet d'Ille-et-Viliane n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée pour Mme C et M. B, a été enregistrée le 16 novembre 2022 à 10h52.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant égyptien né le 1er décembre 1983, et Mme C, ressortissante marocaine née le 23 mars 1981, son épouse, sont entrés en France le 8 juillet 2016. Ils ont été déboutés de l'asile par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 2 décembre 2016, confirmées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 24 octobre 2017. Par deux arrêtés du 20 décembre 2017, ils ont fait l'objet d'arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal du 22 février 2018. Le préfet d'Ille-et-Vilaine, par deux nouveaux arrêtés du 24 juillet 2019, les a obligés à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par jugement du 6 août 2019, le tribunal a annulé les décisions portant fixation du pays de renvoi. M. B et Mme C ont déposé, le 7 août 2020, des demandes d'admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont été implicitement rejetées le 8 décembre 2020. Par arrêtés du 9 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté les demandes de délivrance d'un titre de séjour présentées par les intéressés et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du Maroc ou de l'Egypte ou de tout autre pays dans lequel ils sont légalement admissibles. Mme C et M. B demandent la suspension de l'exécution des décisions implicites et explicites de leurs demandes d'admission au séjour.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Mme C et M. B justifient avoir introduit le 1er novembre 2022 chacun une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle. Toutefois, ces deux demandes d'aide juridictionnelle ont été déposées pour l'enregistrement d'une seule requête, tendant à ce que soit examinée par le juge des référés la situation d'un couple. Dans ces circonstances, il y a lieu, en application des dispositions précitées, de ne prononcer l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle que de Mme C et de rejeter la demande présentée par M. B.
Sur l'exception de non-lieu opposée par le préfet d'Ille-et-Vilaine :
4. Postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par arrêtés du 9 novembre 2022, refusé d'admettre Mme C et M. B au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les décisions explicites de refus de titre de séjour doivent ainsi être regardées comme s'étant substituées aux décisions implicites de rejet des demandes de titre de séjour des intéressés. Les conclusions aux fins de suspension de ces décisions implicites de refus de titre de séjour sont dès lors devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
5. Les dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que le recours devant le juge administratif a un effet suspensif sur la seule obligation de quitter le territoire français, n'ont ni pour objet ni pour effet de priver les requérants de la possibilité de présenter une demande de suspension à l'encontre de la décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour dans les conditions énoncées aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative. La fin de non-recevoir opposée par le préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui concerne les décisions du 9 novembre 2022 par lesquelles il a refusé la délivrance de titres de séjour aux requérants doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "
7. En l'espèce, Mme C et M. B se prévalent de la circonstance qu'ils sont présents sur le territoire français depuis le 8 juillet 2016, soit plus de six ans, et qu'ils ont eu deux enfants nés en France le 12 septembre 2016 et le 27 juin 2019, qui sont scolarisés. Les requérants produisent plusieurs attestations établies par des proches et connaissances, de l'adjoint au maire de Rennes ou de plusieurs organismes et associations, selon lesquelles ils auraient effectué de réels efforts d'intégration, notamment par le suivi de cours de langue française, des activités de bénévolat et le suivi de la scolarité de leurs enfants. Ils font également état de plusieurs promesses d'embauche datées de 2019, 2020 et 2021 et une plus récente en qualité de peintre, pour M. B, datée du 22 octobre 2022. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour établir l'intensité des liens personnels et familiaux que les intéressés ont pu nouer en France alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'ils n'ont séjourné en France que le temps de l'instruction de leurs demandes d'asile, puis qu'ils s'y sont maintenus en situation irrégulière après avoir fait l'objet de plusieurs décisions portant obligation de quitter le territoire français, auxquelles ils n'ont pas déféré. Par ailleurs, les requérants ne sont pas dépourvus de toute attache familiale au Maroc où vivent leurs deux filles aînées, âgées de 11 ans et de 7 ans. Si les requérants font valoir que leurs enfants nés en France en 2016 et 2018 y sont scolarisés, en classe de cours préparatoire et en classe de moyenne section, ils ne démontrent pas davantage que ceux-ci ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en-dehors du territoire français. Enfin, les décisions de refus de séjour n'ont pas, par elles-mêmes, pour effet de séparer les époux, de nationalité différente, ou les enfants d'un de leurs parents. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions du 9 novembre 2022 méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ou sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ne sont pas propres, en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux quant à leur légalité.
8. Aucun des autres moyens invoqués susvisés n'étant davantage, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige, les conclusions à fin de suspension de la requête ne peuvent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par les intéressés doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent, dès lors, être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution des décisions implicites du 8 décembre 2020 par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté les demandes d'admission au séjour de Mme C et de M. B
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté, en ce inclus celles tendant à ce que M. B soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et M. E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 16 novembre 2022.
Le juge des référés,
signé
F. D La greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026