mercredi 16 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205565 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LE DANTEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 et le 15 novembre 2022, la société C'est Ici Investissements, représentée par Me Le Dantec, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions des 21 mars 2022, 12 et 20 avril 2022 par lesquelles le maire de la commune de La Feuillée a préempté les biens cadastrés section AB 300, AB 320 et A 1410, ainsi que la décision implicite du 11 août 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de La Feuillée de s'abstenir de procéder à l'acquisition des biens cadastrés section AB n° 300, AB n° 320 et A n° 1410, subsidiairement de lui rétrocéder ces biens et dans l'intervalle de s'abstenir de les revendre ;
3°) de mettre à la charge de la commune de La Feuillée le versement de la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable : le délai de recours n'a pas couru à l'encontre des décisions litigieuses dès lors qu'elles ne lui ont pas été notifiées ; en outre, ces décisions ne mentionnent pas les voies et délais de recours et la circonstance qu'elle ait formé un recours gracieux est sans incidence sur l'application des dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative ; la requête a été présentée avant l'expiration d'un délai raisonnable ; le délai de recours contentieux n'a pas non plus couru à partir de la décision tacite du rejet de son recours gracieux ;
- elle bénéficie d'une présomption d'urgence en sa qualité d'acquéreur évincé et les décisions de préemption litigieuses font échec à ce qu'elle puisse mener son projet de réhabilitation de la maison en logements et commerce ; rien n'empêche la commune d'exécuter les décisions de préemption et de procéder à la signature de l'acte authentique de vente avec les propriétaires ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses :
- elles méconnaissent l'alinéa 3 de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'elles ne précisent pas quel droit de préemption la commune a entendu exercer ;
- il n'est pas justifié que le droit de préemption urbain aurait été régulièrement institué sur le territoire communal et elles sont entachées d'incompétence à défaut pour la commune de justifier que son maire bénéficiait d'une délégation régulière ;
- il n'est pas justifié de la transmission de la copie de la déclaration d'intention d'aliéner au responsable départemental des services fiscaux comme en fait obligation l'alinéa 1 de l'article R. 213-6 du code de l'urbanisme ;
- aucun des courriers ou des formulaires de la déclaration d'intention d'aliéner figurant au dossier ne précise les prix et conditions auxquels la commune exerce le droit de préemption en méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-8 du code de l'urbanisme ;
- elles sont insuffisamment motivées au regard des exigences de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme ;
- il n'est pas justifié que la préemption ait été valablement exercée dans le délai de deux mois à compter de la réception de la déclaration d'intention d'aliéner comme en fait obligation l'alinéa 4 de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;
- l'objet de la préemption ne répond pas aux exigences de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme dès lors que ni la réalité ni l'antériorité du projet ne sont établies et que cet objet, à savoir la réhabilitation de logements autour de la place des marronniers ne répond pas à un intérêt général.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, la commune de La Feuillée, représentée par la Selarl Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société C'est Ici Investissements le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable pour tardiveté : en cas de naissance d'une décision implicite de rejet de son recours gracieux résultant du silence gardé pendant deux mois par l'administration, le nouveau délai ouvert à l'acquéreur évincé pour saisir la juridiction court dès la naissance de cette décision implicite de rejet, qu'il ait ou non été accusé réception de ce recours ; en l'espèce la société requérante a formé un recours gracieux qui a été réceptionné le 11 juin 2022 et elle pouvait saisir la juridiction jusqu'au 12 octobre 2022 alors que sa requête n'a été enregistrée que le 3 novembre 2022 ;
- à titre subsidiaire, la condition d'urgence n'est pas remplie : les décisions de préemption en litige ne font pas échec à l'exécution du compromis de vente dès lors qu'elles ne font pas échec à l'exécution du compromis de vente en l'absence de mention de prix.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2205564.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2022 :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Le Dantec, représentant la société C'est Ici Investissements ;
- les observations de Me Le Baron, représentant la commune de La Feuillée, qui insiste sur le fait que l'exercice du droit de préemption est motivé par l'existence d'un véritable projet de requalification du bourg.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "
2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être regardée comme remplie lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Il peut toutefois en aller autrement dans le cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption. Il appartient au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
3. Aux termes de l'article R. 213-8 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'aliénation est envisagée sous forme de vente de gré à gré ne faisant pas l'objet d'une contrepartie en nature, le titulaire du droit de préemption notifie au propriétaire : / a) Soit sa décision de renoncer à l'exercice du droit de préemption ; b) Soit sa décision d'acquérir aux prix et conditions proposés () ; / c) Soit son offre d'acquérir à un prix proposé par lui et, à défaut d'acceptation de cette offre, son intention de faire fixer le prix du bien par la juridiction compétente en matière d'expropriation () ".
4. Par une déclaration d'intention d'aliéner reçue en mairie le 21 mars 2022, la commune de la Feuillée a été informée de la cession des parcelles cadastrées section AB n° 300, AB n° 320 et A n° 1410. Par une première décision du 12 avril 2022, le maire de la commune de La Feuillée a exercé le droit de préemption sur la seule parcelle cadastrée section AB n° 300 puis par une seconde décision du 20 avril 2022, il a exercé le droit de préemption sur l'ensemble des parcelles AB n° 300, AB n° 320 et A n° 1410. Il ressort des pièces du dossier que les décisions des 12 et 20 avril 2022 ne contiennent, contrairement aux dispositions précitées de l'article R. 213-8 du même code, aucune indication sur le prix auquel la commune envisage d'acquérir les parcelles concernées. Par suite, les décisions dont la suspension est demandée ne peuvent avoir pour effet de s'opposer à ce que le compromis de vente conclu par la société requérante soit mis à exécution. Dans ces conditions, aucune urgence ne justifie la suspension de l'exécution desdites décisions.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par la commune de La Feuillée, que les conclusions à fin de suspension de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête de la société requérante, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société C'est Ici Investissements doivent, dès lors, être rejetées.
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de La Feuillée tendant à l'application de ces mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société C'est Ici Investissements est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de La Feuillée présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société C'est Ici investissements et à la commune de La Feuillée.
Fait à Rennes, le 16 novembre 2022.
Le juge des référés,
signé
F. A La greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026