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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205580

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205580

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205580
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2022, M. E B A, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a édicté une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il soutient que :

- il encourt des risques pour sa vie en cas de retour en Somalie ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut d'examen ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par mémoires et des pièces, enregistré le 25 novembre 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un nouveau mémoire, enregistré le 28 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Gonultas, demande au tribunal, outre l'annulation de l'arrêté préfectoral du 2 novembre 2022 :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre, à toute autorité administrative compétente, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient également que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté souffre d'un défaut de motivation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'interdiction de retour :

- l'arrêté souffre d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que son comportement représentait une menace pour l'ordre public ;

- la durée de trois années est excessive.

Par un nouveau mémoire et des pièces, enregistrés respectivement les 30 novembre et 5 décembre 2022, le préfet du Morbihan conclut toujours au rejet de la requête.

Par ordonnance du 8 novembre 2022, reçue au greffe du tribunal le 5 décembre 2022, le juge des libertés et de la détention a mis fin à la rétention administrative de M. B A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Gonultas, représentant M. B A,

- les observations de M. D, représentant le préfet du Morbihan,

- et les explications de M. B A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. M. B A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les autres conclusions de la requête :

En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte, de manière suffisamment précise, l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Il indique, en particulier, que M. B A déclare travailler auprès de la communauté Emmaüs de Saint-Nolff dans le département du Morbihan où il est hébergé gratuitement. Il satisfait dès lors aux exigences de motivation.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé, ressortissant somalien né en 1984.

4. En troisième lieu, M. B A fait valoir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que depuis sa libération conditionnelle, le 16 mars 2015, il a tout mis en œuvre pour s'intégrer dans la société française, qu'il a ainsi intégré, le 19 juin 2020, la communauté Emmaüs dont des membres sont devenus des amis proches, qu'il est intégré dans son travail, qu'il touche chaque mois une allocation communautaire et parle parfaitement la langue française et qu'il n'a commis aucune infraction depuis les événements survenus en 2009 en Somalie pour lesquels il a été condamné.

5. Toutefois, M. B A ne se prévaut d'aucune attache familiale en France. Son enfant vit au contraire en Somalie avec sa mère. Dans ces conditions, et nonobstant les différents éléments mentionnés au point précédent, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

6. M. B A, dont la demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 avril 2016 que par la Cour nationale du droit d'asile le 18 décembre 2018, ne justifie aucunement de la réalité des craintes qu'il déclare éprouver en cas de retour en Somalie de la part des groupes de piraterie dont il était membre. S'il invoque, par ailleurs, le conflit existant dans son pays, il ne justifie cependant pas de ce qu'il encourt personnellement des risques pour sa vie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

S'agissant de l'interdiction de retour :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

8. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte, de manière suffisamment précise, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et satisfait ainsi aux exigences de motivation.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

10. En troisième et dernier lieu, en estimant que le comportement de M. B A, lequel a été condamné pour des faits d'arrestation, d'enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de plusieurs personnes dont un mineur de quinze ans, détournement de navire par violence ou menace de mort, intervenus au marge des côtes de Somalie en avril 2019 alors qu'il capturait avec son groupe un navire de plaisance français, représentait une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation et n'a pas édicté une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée excessive.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de M. B A aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : M. B A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B A et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F. CLe greffier,

signé

M-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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