lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205595 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SEMINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2022, Mme C B, représentée par Me Semino, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 19 octobre 2022 portant refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour simple et, à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocat contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision portant refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour, révélée par la délivrance d'une simple attestation de dépôt, la maintient dans une situation de précarité administrative ; elle ne peut par ailleurs réaliser le stage que ses études impliquent ; le délai d'instruction des demandes d'admission exceptionnelle au séjour est très long, de plusieurs années ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* elle est entachée d'un défaut de motivation, alors même qu'elle constitue une mesure de police et refuse un avantage qui constitue un droit ;
* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles R. 431-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa demande ne constitue pas une première demande de titre de séjour ; elle n'a pu déposer de demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant du seul fait des carences et dysfonctionnements réitérés de l'administration préfectorale ;
* elle remplit les conditions pour se voir délivrer un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail ; sa demande a été enregistrée, ce qui établit la preuve de ce que son dossier a été considéré comme complet ;
* le refus opposé procède d'un détournement de pouvoir ;
* elle a informé l'autorité préfectorale de ce qu'elle devait réaliser un stage pour valider son année d'études, dès le dépôt de sa demande de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que l'attestation de dépôt manifeste la mise à l'instruction de la demande de titre de séjour de la requérante, sans caractériser une décision faisant grief ; la mise à l'instruction ne prouve pas que le dossier a été considéré comme complet ; lui a été transmise une demande de pièces complémentaires, permettant l'instruction de son dossier.
Vu :
- la requête au fond n° 2205594, enregistrée le 5 novembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 novembre 2022 :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Semino, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens qu'il développe ;
- les explications de Mme B.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante béninoise née le 22 mai 1995, est entrée en France en 2015 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention étudiant, valable du 18 septembre 2015 au 18 septembre 2016, renouvelé en titre de séjour mention " étudiant ", valable en dernier lieu, jusqu'au 31 décembre 2018 et l'autorisant à travailler à titre accessoire. Elle a sollicité, le 13 juillet 2022, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au titre respectivement de la vie privée et familiale et de l'admission exceptionnelle au séjour. Lui a été remise, le 19 octobre 2022, une attestation de dépôt de demande de titre de séjour, précisant qu'elle ne vaut pas droit au séjour. Par la présente requête, Mme B, qui a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution dans l'attente du jugement au fond.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Mme B justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu, en application des dispositions précitées, de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet d'Ille-et-Vilaine :
4. Si le préfet d'Ille-et-Vilaine fait valoir que la décision en litige ne fait pas intrinsèquement grief, en tant qu'elle manifeste seulement son intention de mettre le dossier de Mme B à l'instruction, il est constant que le document en cause précise explicitement qu'il ne vaut pas droit au séjour durant cet examen, de sorte qu'il doit être regardé comme révélant un refus implicite de délivrer à l'intéressée un récépissé de demande de titre de séjour, ayant pour objet et effet de la maintenir dans une situation administrative irrégulière. Dans ces circonstances, cette décision du 19 octobre 2022 doit être regardée comme faisant suffisamment grief à Mme B pour être susceptible de recours contentieux. La fin de non-recevoir opposée par le préfet d'Ille-et-Vilaine doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
7. Il résulte de l'instruction que le refus opposé par le préfet d'Ille-et-Vilaine a pour objet et effet de maintenir Mme B dans une situation de précarité administrative, le temps de l'examen de sa demande de titre de séjour, alors même que son dossier a été enregistré et mis à l'instruction, faisant notamment obstacle à ce qu'elle puisse réaliser le stage obligatoire que ses études impliquent. Dans ces circonstances, et alors même que l'intéressée était précédemment en situation irrégulière, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme satisfaite, ce que ne conteste au demeurant pas véritablement le préfet d'Ille-et-Vilaine dans ses écritures en défense, en se bornant à faire valoir les précédentes ordonnances rendues par le tribunal sur la situation de la requérante, dans des circonstances de droit non transposables et, par suite, non utilement invocables.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
S'agissant de la décision, en tant qu'elle porte refus de récépissé :
8. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ".
9. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir, dès cet instant, un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour, ainsi qu'autorisation de travail dans les cas listés aux termes de l'article R. 431-14 du même code.
10. Il est en l'espèce constant que le dossier de demande de titre de séjour déposé par Mme B le 13 juillet 2022, sollicitant son admission au séjour au titre des dispositions des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est encore en cours d'instruction. Il n'est par ailleurs pas établi par le préfet d'Ille-et-Vilaine que le dossier ainsi déposé par Mme B était incomplet, les pièces dont la transmission lui a été demandée aux termes du courrier du 19 octobre 2022 ne relevant pas de celles listées par les dispositions de l'arrêté du 30 avril 2021 comme devant impérativement être transmises à l'appui des deux titres de séjour sollicités, à peine d'incomplétude, outre que l'intéressée expose, sans être contredite, qu'elle a dûment transmis les documents en cause le délai imparti. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, portant refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour.
S'agissant de la décision, en tant qu'elle porte refus d'autorisation de travail :
11. Il résulte de l'instruction que les deux titres de séjour dont Mme B a sollicité la délivrance ne sont pas mentionnés parmi ceux pour lesquels le récépissé est assorti d'une autorisation de travail, en application des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. S'il résulte par ailleurs de l'instruction que Mme B a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant avant la date de son échéance, le 31 décembre 2018, et si l'intéressée expose que le non-enregistrement de cette demande résulte d'un dysfonctionnement interne à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, notamment entre la préfecture de Bobigny et la sous-préfecture du Raincy, en janvier et mars 2019, elle ne donne en tout état de cause aucune explication sur les raisons pour lesquelles sa demande de renouvellement de titre de séjour n'a pas été enregistrée à l'issue du rendez-vous qu'elle a obtenu le 4 novembre 2021 à la sous-préfecture de Boulogne-Billancourt. Dans ces circonstances, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas considéré que Mme B était en situation de renouvellement de titre de séjour mention " étudiant ".
13. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que l'obtention d'un stage par Mme B soit subordonnée à la détention d'une autorisation de travail, sa présence régulière sur le territoire, le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour, pouvant suffire. Aucun des moyens visés et analysés ci-dessus n'apparaît ainsi propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, en tant qu'elle porte refus d'autorisation de travail.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander que l'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 19 octobre 2022 soit suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal, en tant seulement qu'elle porte refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour et non en tant qu'elle porte refus d'autorisation de travail.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
15. La présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à Mme B un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de huit jours à compter de sa notification.
Sur les frais liés au litige :
16. Mme B ayant été admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Semino, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Semino de la somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 19 octobre 2022 est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal, en tant seulement qu'elle porte refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à Mme B un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Semino renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Semino, avocat de Mme B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à Me Semino et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 21 novembre 2022.
Le juge des référés,
signé
O. ALa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026