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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205625

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205625

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantFLECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2022, M. B D, représenté par Me Fleck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant comorien, est entré irrégulièrement en France en fin 2012 selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant d'un pacte civil de solidarité conclu avec une ressortissante française. Par arrêté du 11 octobre 2022, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Par un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Morbihan a donné délégation à M. F directeur de la citoyenneté et de la légalité, et en son absence à Mme E C, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité et signataire de l'arrêté attaqué pour signer notamment les décisions d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire dont serait entaché l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

3. La décision portant refus de titre de séjour vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, l'absence de preuve de l'ancienneté et de la stabilité de la vie commune avec sa concubine. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a pris en compte la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la demande de M. D au vu des éléments que celui-ci avait présentés, même si le préfet n'a pas fait mention de la présence aux Comores ou à Mayotte de ses enfants.

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

5. Si M. D fait état de l'ancienneté de sa présence en France, il n'apporte aucun élément susceptible de l'établir en se bornant à produire une ordonnance médicale de 2012, le compte rendu d'un examen médical de 2016 et une attestation de suivi de cours de français de 2018. Il fait état de la signature d'un pacte civil de solidarité le 26 décembre 2017 mais ne produit pour établir la réalité de la vie commune qu'une attestation d'hébergement d'octobre 2022, une attestation d'assurance ne comportant pas de date, un avis d'imposition de 2022 et un relevé de prestations de la caisse d'allocations familiales pour les mois d'avril à septembre 2022. L'intéressé n'établit ainsi pas l'existence d'une vie commune, stable et ancienne, alors que le préfet fait état d'une enquête de police mentionnant l'absence de sa concubine qui a confié son enfant à une amie, et que M. D n'apporte aucun élément susceptible de contredire ces éléments. M. D ne dispose pas de ressources propres et dépend des aides sociales. Il ne travaille pas et se borne à faire état d'une promesse d'embauche du 19 août 2022 et de quelques cours de français suivis en 2018. Il n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales dans son pays d'origine ou à Mayotte où résident ses deux premiers enfants. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard de motifs du refus de titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Pour les mêmes motifs, M. D n'établit pas que le préfet aurait porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs, M. D n'établit pas que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé.

9. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé la délivrance d'un de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. D doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

signé

O. A

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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