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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205643

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205643

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées respectivement les 8 novembre et 1er décembre 2022, Mme M A, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet du Morbihan l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la compétence du signataire n'est pas justifiée ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- son droit à être entendue a été méconnu ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence et s'est cru lié par l'appréciation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et celle de la Cour nationale du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a pris sa décision en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle ne peut pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement en raison de son état de santé ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision sera annulée par voie de conséquence ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, représentant Mme A,

- les observations de M. L, représentant le préfet du Morbihan,

- et les explications de Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Mme A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Morbihan a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. I L, directeur de la citoyenneté et de la légalité, et de Mme K J, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité, à Mme E H, attachée d'administration, à l'effet de signer la décision attaquée.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte, de manière suffisamment précise, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée, ressortissante serbo-monténégrine née en 1982. En particulier, le préfet a bien relevé que la requérante avait quatre enfants à charge nés en 2007, 2010 et 2012 et apprécié si ceux-ci pouvaient poursuivre leur scolarité dans le pays d'origine de Mme A.

5. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence s'agissant des risques encourus par Mme A en cas de retour dans son pays d'origine est inopérant.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Mme A est entrée en France le 6 avril 2019 à l'âge de 37 ans. Comme précisé au cours de l'audience, son époux demeure toujours au Monténégro. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressée une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors même que ses quatre enfants sont scolarisés en France, que sa sœur réside en France, qu'elle a fait d'importants efforts d'intégration et dispose d'une promesse d'embauche.

8. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. En se bornant à se prévaloir de la scolarisation de ses enfants, Mme A n'établit pas que le préfet n'a pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de ces derniers.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, Mme A n'est pas fondée, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, à demander l'annulation de la décision attaquée par voie de conséquence.

11. En second lieu, Mme A soutient qu'elle encourt des risques de subir des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Monténégro compte tenu de son appartenance à la communauté rom laquelle est victime de nombreuses discriminations. Elle prétend également qu'à la suite du décès de ses parents, elle a subi des sévices graves de la part de son propriétaire qui a voulu la prostituer et exploiter ses enfants. Elle indique, enfin, que suite à un reportage d'une chaîne de télévision, des personnes l'ont aidée en lui donnant de l'argent mais qu'en contrepartie, leur maison a été incendiée, leurs filles menacées d'être mariées de force.

12. Toutefois, le témoignage de M. B C fait, comme le relève le préfet, état de menaces émanant non de donateurs mais de son beau-frère. L'original du second témoignage de M. D F est quant à lui non versé au dossier. L'article de presse auquel la requête renvoie n'est pas traduit. Il n'appartient pas, enfin, au juge de l'excès de pouvoir, comme l'y invite la requérante, à chercher sur internet le reportage effectué par la chaîne de télévision Vijesti le 3 mai 2016. Dans ces conditions, la requérante, dont la demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, ne justifie pas de la réalité des craintes qu'elle déclare éprouver et n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme M A et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F. GLe greffier

signé

M-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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