jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205670 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BERTHET-LE FLOCH |
Vu la procédure suivante :
F une requête et des pièces, enregistrées les 9, 13 et 14 novembre 2022, Mme C E, représentée F Me Berthet-Le Floch, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 8 novembre 2022 F lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays à destination duquel elle sera, le cas échéant, renvoyée et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, détermination du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français a été signé F une personne incompétente, à défaut pour le préfet de justifier d'un arrêté de délégation de signature :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de base légale et doit être annulée F voie de conséquence de l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de base légale et doit être annulée F voie de conséquence de l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- la décision l'assignant à résidence est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'interdiction de sortie de la commune de Rennes et l'obligation de demeurer au lieu d'assignation à résidence entre 18 et 21 heures chaque jour sont disproportionnées.
F un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés F Mme E ne sont pas fondés.
Une note en délibéré consistant en l'envoi d'une pièce complémentaire, présentée pour Mme E, a été enregistrée le 16 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Berthet-Le Floch, représentant Mme E, qui maintient les conclusions de la requête F les mêmes moyens qu'elle développe et produit des pièces complémentaires ; elle ajoute, d'une part, que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'un défaut d'examen de la situation de la famille de Mme E et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, que la décision l'assignant à résidence au 24 rue Antoine Joly à Rennes méconnaît les mêmes stipulations et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les explications de Mme E, assistée d'une interprète.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante géorgienne née le 14 juillet 1984, est, selon ses déclarations, entrée en France le 21 juin 2017 avec son époux et leur fils né le 30 septembre 2009, un deuxième enfant étant né sur le territoire français le 27 septembre 2019. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée, sur demande de réexamen, F la Cour nationale du droit d'asile le 17 décembre 2020. F un arrêté du 5 août 2020, la préfète d'Ille-et-Vilaine l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. F un jugement n° 2003515 du 18 septembre 2020, le magistrat désigné a rejeté son recours contre cet arrêté, ainsi que celle de son époux. Le 8 novembre 2022, Mme E a été auditionnée F la police aux frontières à Rennes, pour vérification de son droit de circulation et de séjour. F deux arrêtés du 8 novembre 2022 dont la requérante demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligée de quitter le territoire français, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Mme E justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, détermination du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :
3. F un arrêté du 19 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à M. D B, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de renvoi et les interdictions de retour. F suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué portant à Mme E obligation de quitter le territoire français sans délai, détermination du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue F la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. Mme E fait valoir qu'elle réside sur le territoire français depuis plus de cinq ans avec son époux et ses deux enfants, qu'elle est bénévole dans plusieurs associations, qu'elle suit des cours de langue française et que ses enfants sont scolarisés et obtiennent de bons résultats scolaires. Toutefois, la durée de la présence en France de la requérante résulte de la procédure relative à sa demande d'asile jusqu'en 2020, puis de son maintien irrégulier sur le territoire français en dépit de la décision l'obligeant à quitter le territoire du 5 août 2020, confirmée F le magistrat du tribunal dans son jugement du 18 septembre suivant, l'intéressée n'ayant pas déposé de demande de titre de séjour depuis le rejet de sa demande d'asile. De même, l'époux de la requérante, qui a également fait l'objet le 5 août 2020 d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français, réside en France de manière irrégulière, de sorte qu'il n'a pas vocation à s'y maintenir. Leur cellule familiale pourra, dans ces conditions, se reconstituer en Géorgie où la requérante a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans et où il n'est pas allégué et il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants du couple ne pourraient pas être scolarisés. De plus, en dépit des efforts d'insertion réalisés F Mme E, notamment F son investissement dans une association en tant que professeure de danse, et de sa stabilité dans son logement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait noué en France des liens d'une intensité telle que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas, en obligeant Mme E à quitter le territoire français, porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit dès lors être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 novembre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " F dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise F l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
10. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme E, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée relève, en particulier, que Mme E ne justifie pas, à la date de cette décision, de l'ancienneté de ses liens en France ni être régulièrement entrée en France, qu'elle se maintient en tout état de cause sur le territoire français sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour après le rejet de son recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile, qu'elle se trouve en situation irrégulière au regard du droit au séjour, qu'elle n'a pas remis l'original de son passeport ou de tout document d'identité aux services de police, qu'elle ne justifie pas avoir entamé à ce jour de démarches en vue de régulariser sa situation administrative et qu'elle a fait l'objet le 5 août 2020 d'une obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours qu'elle n'a pas exécutée. Le préfet en a déduit que le risque que Mme E se soustraie à la nouvelle obligation de quitter le territoire français devait ainsi être regardé comme établi au regard des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En premier lieu, il ressort de cette motivation que la décision attaquée, qui mentionne F ailleurs les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante pour estimer que la mesure qui lui est opposée n'est pas de nature à compromettre l'intérêt supérieur de ses deux enfants et ne porte pas une atteinte grave et disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a été prise après un examen suffisant de sa situation, y compris au regard de sa situation familiale. Le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit, F suite, être écarté.
12. En deuxième lieu, les circonstances relevées F le préfet dans la décision attaquée, notamment l'absence d'exécution F Mme E de la décision l'obligeant à quitter le territoire français du 5 août 2020, son maintien sur ce territoire de manière irrégulière en dépit du rejet de sa demande de réexamen de sa demande d'asile confirmé le 17 décembre 2020 F la Cour nationale du droit d'asile et son absence de démarches en vue de solliciter la délivrance d'un titre de séjour sont de nature à établir qu'il existe un risque, au sens des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'intéressée se soustraie à la décision du 8 novembre 2022 lui portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, et alors même que la requérante fait F ailleurs valoir être entrée régulièrement en France et qu'elle présente des garanties de représentation, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 12 du présent jugement, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée F rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, F suite, être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 novembre 2022 refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
15. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".
16. Aucun des moyens présentés à l'appui des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision obligeant Mme E à quitter le territoire français n'est de nature à justifier l'annulation de cette décision. Ainsi, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de renvoi, prise F le préfet en application de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, serait entachée d'un défaut de base légale et devrait être annulée F voie de conséquence d'une telle annulation ne peuvent qu'être écartés.
17. Il en résulte que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 novembre 2022 fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée F l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
19. En premier lieu, aucun des moyens présentés à l'appui des conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions obligeant Mme E à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire n'est de nature à justifier l'annulation de ces décisions. Ainsi, les moyens tirés de ce que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, fondée sur l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, serait entachée d'un défaut de base légale et devrait être annulée F voie de conséquence d'une telle annulation ne peuvent qu'être écartés.
20. En second lieu, en l'espèce, d'une part, l'arrêté litigieux, qui n'assortit l'obligation de quitter le territoire français d'aucun délai de départ volontaire, écarte les circonstances humanitaires permettant de ne pas prononcer d'interdiction de retour dans une telle hypothèse et fixe à un an la durée de cette interdiction après avoir constaté que la requérante est entrée récemment sur le territoire français, qu'elle ne justifie pas de liens familiaux et personnels en France autres que ceux déjà invoqués, à savoir son époux et ses deux enfants dont la situation a été présentée F le préfet dans son arrêté, que ces liens ne sont pas exclusifs de ceux qu'elle conserve dans son pays d'origine, que sa présence ne constitue pas une menace d'ordre public et qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'elle n'a pas mise à exécution sans invoquer de motif légitime de carence. Ces éléments démontrent que le préfet a procédé à un examen suffisamment complet de la situation de la requérante avant de prendre la décision attaquée lui portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, les éléments relatifs à sa vie familiale figurant en outre dans l'arrêté.
21. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 novembre 2022 lui interdisant de de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne les décisions portant assignation à résidence et fixant les modalités de contrôle de cette mesure :
22. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Selon l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".
23. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ". Aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives F période de vingt-quatre heures. / Lorsque l'étranger assigné à résidence fait l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une décision d'interdiction administrative du territoire français, ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, la durée de cette plage horaire peut être portée à dix heures consécutives F période de vingt-quatre heures. ". Selon l'article L. 733-5 de ce code : " Les modalités d'application des articles L. 733-1 à L. 733-4 sont fixées F décret en Conseil d'Etat. ". L'article R. 733-1 de ce code précise que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation F jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
24. Si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
25. L'arrêté attaqué prévoit l'assignation à résidence de Mme E au 24 rue Antoine Joly à Rennes pour une durée de quarante-cinq jours, avec interdiction de sortir de la commune de Rennes sans autorisation, sauf pour satisfaire à ses obligations de pointage à Saint-Janques-de-la-Lande, pour consulter son avocat et pour se rendre à toute convocation de justice ou des services de police et de gendarmerie, et obligation de remettre l'original de son passeport ou de tout document d'identité contre remise de récépissé, de se présenter les mardis et jeudis non fériés et non chômés à 17 heures à la direction zonale de la police aux frontières, zone ouest, " Le Reynel ", rue Jules Vallès à Saint-Jacques-de-la-Lande et de demeurer à l'adresse à laquelle elle est assignée entre 18 et 21 heures chaque jour y compris les samedis, dimanches et jours fériés et chômés sauf à justifier d'une difficulté particulière y faisant obstacle.
26. Mme E soutient que l'assignation à résidence à une adresse autre que son domicile familial où elle réside avec son époux et ses deux enfants est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation. Il ressort des pièces du dossier que l'adresse à laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a assigné la requérante correspond à un centre d'hébergement temporaire dédié au dispositif de préparation au retour pour les étrangers en situation irrégulière. Le préfet n'apporte pas d'élément de nature à justifier l'assignation à résidence de Mme E dans ce centre d'hébergement alors que l'intéressée occupe F ailleurs de manière stable un logement avec son époux et ses enfants âgés de cinq et treize ans. La requérante fait au surplus valoir que lorsqu'elle s'est rendue au centre d'hébergement, aucune personne n'y était présente pour l'accueillir et l'orienter vers un logement. Dans ces conditions particulières, la requérante est fondée à soutenir que la décision l'assignant à résidence au 24 rue Antoine Joly à Rennes est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.
27. Si Mme E fait F ailleurs valoir que les modalités de contrôle de l'assignation à résidence sont disproportionnées, elle n'assortit au demeurant pas son moyen des précisions suffisantes pour permettre au magistrat désigné du tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
28. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme E est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2022 l'assignant à résidence au 24 rue Antoine Joly à Rennes.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
29. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2022 portant à Mme E obligation de quitter le territoire français sans délai, détermination du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées F la requérante doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
30. Mme E a été admise de façon provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. F suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Berthet-Le Floch, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à cette dernière de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme E F le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros lui sera directement versée.
D É C I D E :
Article 1er : Mme E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 8 novembre 2022 assignant à résidence Mme E au 24 rue Antoine Joly à Rennes est annulé.
Article 3 : L'État versera à Me Berthet-Le Floch la somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de cette avocate à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, et sous réserve de l'admission définitive de Mme E à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme E F le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros lui sera versée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Me Flora Berthet-Le Floch et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public F mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
C. A Le greffier,
signé
M.-A. Vernier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026