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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205715

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205715

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2022 à 15 h 20, M. C B, représenté par Me Moulin, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet des Côtes-d'Armor a produit des pièces les 16 et 18 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dayon, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dayon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Moulin, représentant M. B : il rappelle que l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation sur l'appréciation de la situation familiale du requérant qui doit accompagner sa femme enceinte ; il ajoute que l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs ;

- les observations de M. A, représentant le préfet des Côtes-d'Armor : il fait valoir que l'arrêté est suffisamment motivé ; il indique que rien ne s'oppose à ce que la compagne du requérant, également en situation irrégulière, l'accompagne dans son pays d'origine ; il ajoute enfin que rien n'établit que l'état de santé de sa compagne l'empêcherait de voyager en avion.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la légalité externe :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

3. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français le 28 août 2022 où il réside avec son épouse enceinte avec laquelle il s'est marié le 16 juillet 2022. En outre, il fait valoir que son frère vit en France à Saint-Brieuc. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il est dépourvu de liens dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à l'âge de 33 ans. Ces éléments ne sont pas de nature, dans les circonstances de l'espèce, à démontrer que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de M. B. Par suite, le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si M. B fait état de risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, il ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 novembre 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Côtes-d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

C. DayonLe greffier,

signé

M.-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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