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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205752

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205752

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBLANCHOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 15 novembre 2022 sous le n° 2205752, Mme B F, épouse A D, représentée par Me Blanchot, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 juin 2022 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente du jugement au fond, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : l'impossibilité pour la famille d'obtenir un titre de séjour prive ses membres de toute possibilité de s'établir définitivement en France et de mener des projets à long terme ; ils ne peuvent par exemple obtenir un logement social ; son époux a travaillé sous récépissé du mois de juin à août 2022 et son propre contrat de travail est arrivé à son terme à la fin du mois d'août 2022 ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

- elle est insuffisamment motivée en droit dès lors qu'elle ne cite pas le 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et en fait dans la mesure où elle ne prend pas en considération l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle et professionnelle ;

- elle viole l'autorité de la chose ordonnée : le préfet n'a pas procédé au réexamen tel qu'ordonné par la précédente ordonnance du juge des référés en n'examinant pas la durée, la stabilité et la réitération des contrats de travail saisonnier, ni les périodes pendant lesquelles elle a été privée d'emploi involontairement ;

- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation : le préfet ne peut pas lui opposer la condition de ressources insuffisantes pour examiner si elle avait la qualité de travailleur et elle justifie de longues périodes d'emploi depuis 2019 ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : ses revenus ont permis à sa famille de vivre dignement, elle justifie bénéficier d'une assurance maladie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles des articles 3-1 et 7-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : sa famille est installée et bien intégrée en France et ils y vivent de façon habituelle depuis plusieurs années et leur intérêt supérieur est de se maintenir sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision est motivée en fait et en droit et n'avait pas à mentionner ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il n'a commis aucune violation de la chose ordonnée par le juge des référés dans son ordonnance du 13 mai 2022 ;

- la décision ne méconnaît pas les articles L. 233-1 et R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : en qualité de mère d'un enfant mineur de nationalité espagnole qui, à la date de la décision en litige, était citoyen de l'Union européenne, Mme A D peut prétendre au droit de séjourner en France, mais à la double condition de disposer de ressources suffisantes et d'une couverture maladie appropriée ; or, en l'espèce, depuis qu'elle est en France, la requérante ne travaille que quelques mois chaque année, sur des emplois précaires et ne peut être considérée comme un travailleur régulier au sens du droit européen ; les revenus du ménage sont en outre de 2017 à 2022 inférieurs en moyenne mensuelle sur une année au revenu de solidarité active (RSA) perçu par un couple sans enfant et, à compter d'octobre 2020, au montant du RSA perçu par un couple avec un enfant, de telle sorte que la requérante présente un risque d'être une charge déraisonnable pour le système d'assistance social français ;

- la décision ne viole ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : la famille peut poursuivre une vie privée, familiale et professionnelle normale en Espagne et la décision ne vise pas à séparer l'enfant de ses parents.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 et 29 novembre 2022 sous le n° 2205753, M. G A D, représenté par Me Blanchot, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 juin 2022 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente du jugement au fond, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : l'impossibilité pour la famille d'obtenir un titre de séjour prive ses membres de toute possibilité de s'établir définitivement en France et de mener des projets à long terme ; ils ne peuvent par exemple obtenir un logement social ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

- elle est insuffisamment motivée en droit dès lors qu'elle ne cite pas le 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et en fait dans la mesure où elle ne prend pas en considération l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle et professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, l'article L. 233-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visé ne lui étant pas applicable dès lors qu'il est un ressortissant marocain ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation : il est membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne, son épouse étant espagnole et sa femme remplit la condition prévue au 1° et en tout état de cause au 2° : elle a la qualité de travailleur et justifie de longues périodes d'emploi depuis 2019, ses revenus ont permis à sa famille de vivre dignement et elle justifie être affiliée à la sécurité sociale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles des articles 3-1 et 7-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : sa famille est installée et bien intégrée en France et ils y vivent de façon habituelle depuis plusieurs années et leur intérêt supérieur est de se maintenir sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision est motivée en fait et en droit et n'avait pas à mentionner ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il n'a commis aucune erreur de droit quant à l'application de l'article L. 233-1-4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la mention dans la décision de refus de cet article constituant une simple erreur de plume sans incidence sur les motifs de refus du titre sollicité ;

- la décision ne méconnaît pas les articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation : l'épouse de M. A D ne remplit pas les conditions pour se voir octroyer une carte de séjour " citoyen de l'Union européenne " et par conséquent le requérant ne peut prétendre à une carte de séjour " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne " ; de plus, M. A D n'a aucune assurance maladie et ne peut pas se prévaloir de celle de son épouse ;

- la décision ne viole ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : la famille peut poursuivre une vie privée, familiale et professionnelle normale en Espagne et la décision ne vise pas à séparer l'enfant de ses parents.

Vu :

- les requêtes au fond n° 2205743 et n° 2205744;

- les pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 novembre 2022 :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Blanchot, représentant M. et Mme A D, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur l'urgence dès lors que M. A D ne peut plus travailler, que les requérants sont susceptibles de faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français, que leur demande de logement social est bloquée et au regard de l'illégalité des décisions en litige, indique demander à titre principal la suspension de l'exécution de la décision refusant la délivrance d'un tire de séjour à Mme A D, et par voie de conséquence à son époux, à titre subsidiaire la suspension de l'exécution de la seule décision concernant M. A D, insiste sur la qualité de travailleur de Mme A D, les périodes de chômage devant être prises en compte.

Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, épouse A D, ressortissante espagnole née le 12 juin 1984, est entrée sur le territoire français en 2017. Elle a épousé M. A D, ressortissant marocain né le 10 novembre 1987, le 13 mars 2020, en Espagne et de leur union est né leur fils C, le 6 octobre 2020 à Brest. Ils ont sollicité, le 2 septembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement, respectivement, des dispositions des articles L. 233-1 1° et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refusée par deux décisions du préfet du Finistère du 28 février 2022. Mme F et M. A D ont demandé au juge des référés d'en suspendre l'exécution. Par ordonnance du 13 mai 2022, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de ces décisions et a enjoint au préfet du Finistère de réexaminer la situation des requérants et de leur délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de travail. A la suite de ce réexamen, le préfet du Finistère a de nouveau, par deux décisions du 13 juin 2022, refusé de délivrer les titres de séjour sollicités. Mme F et M. A D demandent la suspension de l'exécution de ces décisions.

2. Les requêtes nos 2205752 et 2205753, présentées pour Mme F et M. A D sont relatives à la situation d'un couple, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par une seule ordonnance.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Mme F et M. A D justifient avoir déposé le 15 novembre 2022 chacun une demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu, en application des dispositions précitées, de prononcer leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions :

6. Aux termes du 1 de l'article 7 de la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union européenne et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres : " Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre Etat membre pour une durée de plus de trois mois : / a) s'il est un travailleur salarié ou non salarié dans l'Etat membre d'accueil ; ou / b) s'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'Etat membre d'accueil au cours de son séjour, et d'une assurance maladie complète dans l'Etat membre d'accueil; () ". Aux termes du 2 du même article : " Le droit de séjour prévu au paragraphe 1er s'étend aux membres de la famille n'ayant pas la nationalité d'un Etat membre lorsqu'ils accompagnent ou rejoignent dans l'Etat membre d'accueil le citoyen de l'Union, pour autant que ce dernier satisfasse aux conditions énoncées au paragraphe 1, points a), b) ou c). ".

7. Aux termes de son article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ". Aux termes de son article L. 233-2 : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / () ". Aux termes de son article L. 200-4 : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ; / () ". Aux termes de l'article R. 234-5 du même code : " Les périodes de chômage involontaire dûment constatées par le service de l'emploi compétent, les périodes d'arrêt d'activité indépendantes de la volonté de l'intéressé ainsi que l'absence de travail ou l'arrêt pour cause de maladie ou d'accident sont considérées comme des périodes d'emploi ".

8. Les conditions fixées par le 1° et le 2° de l'article L. 121-1 précité sont alternatives et non pas cumulatives. En outre, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que doit être considéré comme " travailleur " au sens des dispositions précitées tout citoyen de l'Union qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.

9. Pour refuser la délivrance des titres de séjour sollicités sur le fondement des dispositions précitées, le préfet du Finistère a considéré d'une part que Mme F ne justifiait ni d'une garantie ni d'une stabilité ni d'une durée d'emploi suffisantes, d'autre part que les revenus de la famille étaient insuffisants pour garantir que la situation familiale ne constitue pas une charge pour le système d'assistance sociale.

10. Il ressort des pièces des dossiers que depuis son arrivée en France en septembre 2017 Mme F a été titulaire de plusieurs contrats de travail à durée déterminée à temps complet, pour exercer des emplois principalement en qualité d'agent de conditionnement. Elle a ainsi travaillé près de cinq mois en 2018, six mois du 4 mars 2019 au 31 août 2019 puis a perçu l'allocation d'aide au retour à l'emploi du 5 septembre 2019 au 31 décembre 2019. En 2020, elle a perçu l'allocation d'aide au retour à l'emploi entre le 1er janvier 2020 et le 2 juillet 2020 puis a bénéficié d'indemnités journalières pour cause de maladie jusqu'au 22 décembre 2020. En 2021, elle a de nouveau exercé une activité professionnelle complète pendant cinq mois entre le 6 avril et le 5 novembre, a perçu des indemnités journalières entre le 4 juillet et le 15 août et l'allocation d'aide au retour à l'emploi du 25 novembre au 3 décembre. Pour l'année 2022, elle a perçu l'allocation d'aide au retour à l'emploi du 8 au 31 janvier puis a travaillé à temps complet à compter du 14 mars jusqu'à la fin du mois de juin 2022. Pendant ses périodes d'activité, elle a perçu un salaire net mensuel d'environ 1 200 euros. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 233-2 sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité respectivement de la décision refusant de délivrer un titre de séjour à Mme F et de celle refusant de délivrer un titre de séjour à son conjoint.

En ce qui concerne l'urgence :

11. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

12. Il résulte de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, ni Mme F ni M. A D ne justifient exercer une activité professionnelle à laquelle les décisions litigieuses auraient pour effet de mettre un terme. En outre, ces décisions ne font pas obstacle à ce que Mme F puisse continuer à travailler dès lors qu'elle n'a besoin, en sa qualité de ressortissante européenne, d'aucune autorisation de travail. En outre, les requérants ne font l'objet d'aucune mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors que les décisions ne modifient pas la situation dans laquelle sont placés les requérants, la seule circonstance qu'ils invoquent tenant à l'incertitude de leur situation administrative sur la possibilité de s'établir définitivement en France et à l'impossibilité de mener des projets à long terme ne saurait caractériser une atteinte suffisamment grave et immédiate à leur situation financière, familiale et professionnelle pour que la condition d'urgence puisse être regardée comme remplie.

13. Il résulte de tout ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension des requêtes de Mme F et de M. A D.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension des requêtes n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par les intéressés doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent, dès lors, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme F et M. A D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les requêtes de Mme F et de M. A D sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B F, à M. G A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet du Finistère.

Fait à Rennes, le 1er décembre 2022.

Le juge des référés,

signé

F. E La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2205752, 2205753

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