vendredi 18 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | LEPEUC |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 16 novembre 2022, la présidente de la 2ème chambre du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal administratif de Rennes, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête et le mémoire complémentaire de M. A B enregistrés les 19 octobre et 16 novembre 2022.
Par cette requête et ce mémoire, M. A B, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de destination pour l'exécution d'une interdiction judiciaire du territoire prononcée le 13 septembre 2022 par la cour criminelle départementale de la Seine-Maritime ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros à verser à son avocat sur le fondement de la loi relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Dayon, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dayon, magistrat désigné ;
- les observations de Me Moulin substituant Me Lepeuc, représentant M. B : il indique que si la préfecture justifie avoir conduit une audition cela ne démontre pas le respect du principe du contradictoire ; il rappelle que la décision n'évoque pas complètement sa demande d'asile et n'a pas tenu compte de la circonstance que M. B était détenu lors de la vérification du dépôt d'une demande d'asile ; il ajoute que la décision ne comporte aucune précision sur les craintes qu'il ressent à être reconduit dans son pays d'origine, où il a entretenu une relation avec une jeune femme de confession musulmane alors qu'il est de confession chrétienne ; il explique que l'arrêté est dès lors entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ; il fait valoir que le préfet n'a pas tenu compte de sa situation familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les observations de M. B : il explique être père d'un enfant qui réside actuellement à Épinal, avoir des idées suicidaires et craindre pour sa vie en cas de retour au Cameroun ; il indique notamment que l'oncle de la jeune femme avec laquelle il a entretenu une relation serait imam et susceptible de constituer une menace ; il précise enfin être orphelin.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
4. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour fixer le pays à destination duquel M. B serait renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait état de la nationalité de l'intéressé et a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été auditionné le 3 octobre 2022 afin de recueillir ses observations sur le pays à destination duquel il pourra être reconduit. En outre, il ne ressort pas du procès-verbal d'audition que M. B aurait été privé de l'accès à un interprète, celui-ci ayant indiqué pouvoir s'exprimer en français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté a été rendu à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que M. B n'aurait pas été soumis à la procédure contradictoire doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté se fonde sur la procédure contradictoire au cours de laquelle M. B a pu faire valoir la présence d'une partie de sa famille en France. Il ressort également des pièces du dossier que si le requérant fait valoir que le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation en ne constatant pas le dépôt d'une demande d'asile en Italie, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer cette allégation. Dans ces conditions, ainsi qu'il a été dit au point 4, l'arrêté attaqué contient les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement de sorte que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. D'une part, si M. B fait valoir qu'il a déposé une demande d'asile en Italie de sorte qu'il est susceptible d'être renvoyé dans ce pays afin qu'il soit procédé à l'instruction de sa demande, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'existence de cette demande. D'autre part, M. B fait état de risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, notamment en raison d'une relation qu'il a entretenu avec une jeune femme de confession musulmane sans se prévaloir d'aucune circonstance particulière de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il est constant que les conséquences d'un éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale de M. B résultent en l'espèce, non pas de l'arrêté en litige, mais de l'interdiction judiciaire du territoire dont il a été l'objet. Par suite et alors que le requérant n'établit pas, ni même n'allègue avoir été relevé de la peine complémentaire ainsi prononcée à son encontre par le juge pénal, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.
11. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français où réside son enfant, à Épinal. S'il fait valoir être également le père d'un second enfant qui aurait été reconnu par un autre homme au cours de son incarcération, il n'apporte aucun élément au soutien de ces affirmations. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il est dépourvu de liens dans son pays d'origine alors qu'il fait valoir être orphelin. Par ailleurs, si M. B fait état de documents médicaux établissant la nécessité d'une prise en charge psychiatrique, il ne démontre pas que cette circonstance s'oppose à son retour dans le pays de destination fixé par la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine Maritime a fixé le pays de destination doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Ces dispositions font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Lu en audience publique le 18 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
C. DayonLe greffier,
signé
M.-A. Vernier
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026