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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205790

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205790

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantJEANNETEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 17 novembre 2022, M. F A, représenté par Me Jeanneteau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 16 novembre 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, décidé de son transfert aux autorités italiennes et, d'autre part, prononcé son assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil rétroactivement à compter de la date du dépôt de sa demande d'asile le 3 juin 2022 dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement ;

5) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros à verser à son avocate sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que les arrêtés attaqués aient été pris par une autorité habilitée ;

- sur la décision portant transfert vers les autorités italiennes : la décision méconnait de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article 2 du règlement d'exécution UE n° 118/2014 du 20 janvier 2014 ;

- sur la décision portant assignation à résidence : elle est illégale par voie d'exception dès lors que la décision de transfert qui en constitue le fondement est illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dayon, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de M. D, représentant du préfet d'Ille-et-Vilaine : il rappelle que par une ordonnance n° 2202935 du 4 juillet 2022, le juge des référés du tribunal administratif a constaté que M. A n'établissait pas que sa demande ne serait pas traitée par les autorités italiennes.

M. A n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 16 novembre 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, décidé de son transfert aux autorités italiennes et, d'autre part, prononcé son assignation à résidence.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités italiennes :

4. En premier lieu, par un arrêté du 19 octobre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation de signature à M. C E, chef de l'unité régionale Dublin au bureau de l'asile, aux fins de signer toute décision relevant des matières de son bureau. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

6. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.

7. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant guinéen né en 2000, est entré en France le 12 octobre 2021, a déposé une demande d'admission au séjour au titre de l'asile le 8 octobre 2021 et a fait l'objet, le 22 mars 2022, d'un arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine portant transfert vers les autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile sur le fondement des dispositions précitées du d) de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013. L'arrêté portant transfert a été exécuté le 12 mai 2022, puis l'intéressé s'est vu notifier par les autorités italiennes un arrêté du 13 mai 2022 portant mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire italien d'une durée de trois ans. M. A est revenu sur le territoire national et a de nouveau déposé une demande d'asile auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, le 3 juin 2022. Par un arrêté du 16 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a prononcé le transfert de M. A aux autorités italiennes en application du 1 de l'article 13 du règlement précité.

8. Si M. A soutient que son droit à demander l'asile sera méconnu en Italie au motif qu'il a fait l'objet d'une décision d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire italien, cette décision, dont il n'établit pas qu'elle serait devenue définitive et à l'encontre de laquelle il ne justifie pas ni même n'allègue avoir exercé un recours contentieux, a été prise au motif qu'il n'avait pas présenté de demande d'asile en Italie, ce qui est corroboré par le compte-rendu de l'entretien réalisé le 3 juin 2022, et ne justifiait d'aucun droit au séjour sur ce territoire. A ce titre, il n'est pas démontré par M. A que les autorités italiennes n'examineraient pas sa demande d'asile s'il sollicitait son admission au séjour à ce titre. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A présenterait une vulnérabilité telle que serait caractérisée une erreur manifeste d'appréciation dans le refus du préfet d'Ille-et-Vilaine de faire usage de la clause de souveraineté prévue par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement n° 604/2013. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 17 du règlement précité doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

9. En premier lieu, par un arrêté du 19 octobre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation de signature à M. C E, chef de l'unité régionale Dublin au bureau de l'asile, aux fins de signer toute décision relevant des matières de son bureau. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes doit donc être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit que M. A n'établit pas que la décision portant transfert aux autorités italienne qui lui a été opposée serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant assignation à résidence doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités italiennes doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Ces dispositions font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

C. BLe greffier,

signé

M.-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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