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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205876

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205876

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBLANCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Blanchot demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet du Finistère l'a assigné à résidence ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son avocate sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité compte tenu de l'illégalité du refus de délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- ses modalités portent une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Allex, première conseillère pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le greffe du tribunal a informé M. B, par téléphone, au numéro communiqué par son conseil, des date et heure de l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Allex, magistrate désignée a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

2. M. B justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu en application des dispositions précitées de l'admettre à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Si cet arrêté qui vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne précise pas celui des alinéas sur lequel il se fonde, il indique que M. B ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il s'y maintient sans être titulaire d'un titre de séjour, mentions qui établissent que le préfet du Finistère s'est fondé sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter l'obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué décrit par ailleurs la situation administrative de M. B ainsi que les principaux éléments de sa situation personnelle. Il fait notamment état de sa relation avec une ressortissante française et indique qu'il ne justifie pas entretenir d'autres liens familiaux particulièrement intenses et stables sur le territoire national alors qu'il est né et a vécu en Tunisie et y a conservé des attaches privées notamment ses parents avec lesquels il est toujours en contact. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté établissent que le préfet a procédé à un examen suffisant de la situation de M. B au vu des éléments dont il disposait, quand bien même il n'aurait pas mentionné la présence des deux frères du requérant en France. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. B doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir sans plus de précisions que les conditions de son interpellation semblent discriminatoires et que le préfet du Finistère n'était pas tenu de lui notifier une mesure d'éloignement, le requérant n'établit pas que cette mesure serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B est entré irrégulièrement en France en septembre 2021 selon ses déclarations, soit à une date récente. Il ne produit aucun élément attestant qu'il entretiendrait avec ses deux frères établis en France des liens d'une intensité particulière alors qu'il a vécu en Tunisie jusqu'à l'âge de 25 ans et qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où résident notamment ses parents avec lesquels il est toujours en contact selon les mentions non contestées de l'arrêté attaqué. M. B ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle et n'a entamé aucune démarche pour régulariser sa situation. S'il se prévaut d'une relation sentimentale avec une ressortissante française mère de deux enfants âgées de 7 et 13 ans, cette relation qui a débuté en janvier 2022 selon ses déclarations présente un caractère très récent, le couple indiquant demeurer ensemble depuis février 2022. La seule attestation de sa compagne selon laquelle ils ont entamé une relation suivie et sérieuse et la photographie de famille produite au dossier ne suffisent pas à caractériser l'existence d'une relation stable et pérenne à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, il n'est pas établi qu'en prenant à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français, le préfet du Finistère aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris et qu'il aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Le requérant n'établit pas par les éléments qu'il verse au dossier qu'il entretiendrait avec les enfants de sa compagne des liens d'une intensité particulière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision.() " Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

10. En premier lieu, en se fondant pour estimer qu'il existait un risque que M. B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français et lui refuser un délai de départ volontaire sur les circonstances qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, qu'il est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage, qu'il ne démontre pas l'ancienneté et l'intensité de sa relation de couple, qu'il est sans ressource en France et qu'il a déclaré son intention de ne pas rejoindre la Tunisie, le préfet du Finistère n'a entaché sa décision ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.

11. En second lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire, ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

13. En premier lieu, les moyens tirés de ce qu'en prononçant à l'encontre de M. B qui ne justifie pas de circonstances humanitaires, une interdiction de retour d'une durée d'un an, le préfet du Finistère aurait méconnu les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 8.

14. En second lieu, l'illégalité du refus de délai de départ volontaire n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

15. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

16. La décision attaquée astreint M. B à se présenter tous les jours entre 10 heures et 12 heures aux services de police de Brest, à être présent tous les jours à son domicile entre 6h et 9 heures et à ne pas sortir du périmètre de la commune de Brest sans autorisation préalable.

17. En premier lieu, en se bornant à alléguer que ces modalités l'empêchent de déposer les filles de sa concubine à l'école le matin et de réaliser des projets familiaux le week-end, M. B n'établit pas que les modalités de l'assignation à résidence portent une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale.

18. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence serait dépourvue de base légale doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

A.AllexLa greffière d'audience,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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