lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205892 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MARAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2022, Mme C A, représentée par Me Maral, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- le préfet n'établit pas avoir régulièrement consulté l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ensemble attaches
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et n'a pas fait l'objet d'un examen suffisant de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 décembre 2022.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations le 16 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Maral, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante marocaine, est entrée irrégulièrement en France le 27 août 2017 sous couvert d'un titre de séjour italien sans établir l'avoir déclaré dans le délai prévu. Elle a bénéficié d'un titre de séjour pour raison médicale. Elle a sollicité en janvier 2022 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 25 octobre 2022, le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 dudit code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".
3. Le préfet des Côtes-d'Armor justifie, par les pièces qu'il produit, que le médecin ayant établi le rapport médical destiné au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas siégé dans cette instance. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.
4. Le préfet a retenu que le défaut de soins pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, l'intéressée peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui a bénéficié de soins pour la leucémie dont elle est affectée entre 2018 et 2020, n'a plus de traitement médical mais seulement des examens et bilans périodiques pour surveillance de son état avec prescription éventuelle du médicament Endoxan dont la requérante n'établit pas qu'il serait indisponible au Maroc. Il ressort également des pièces du dossier que son état diabétique est stabilisé et que le nodule thyroïdien qu'elle présente ne justifie que d'une surveillance périodique. En se bornant à faire état de la gravité, en général, de sa maladie, elle n'établit pas non plus qu'elle ne disposerait pas de ressources suffisantes pour accéder aux analyses et examens périodiques permettant la surveillance que nécessite son état en se bornant à indiquer, sans toutefois l'établir par aucune pièce, être séparée de son mari, alors que cette personne et leur dernier enfant résident au Maroc. Mme A n'apporte pas plus d'éléments pour établir qu'elle ne pourrait pas disposer d'un traitement de son diabète de type 2, ni qu'elle ne pourrait pas être prise en charge par le système non contributif d'assurances sociales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme A ne remet pas en cause cette appréciation et n'établit pas ne pas pouvoir bénéficier effectivement, en 2022, d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
6. Mme A, qui n'établit pas ne pas pouvoir disposer d'un traitement approprié dans son pays d'origine, fait état de ce qu'elle aide à garder ses petits-enfants et de ce que ses enfants la prennent en charge. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport médical préalable à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que l'intéressée n'est pas dépendante de tiers pour la vie courante et n'a pas perdu son autonomie. Au surplus, elle n'établit pas que ses enfants ne pourraient pas recourir à d'autres moyens de garde de leurs enfants. Enfin, la circonstance que plusieurs de ses enfants résident en France ne peut être regardée comme un motif exceptionnel de l'admettre au séjour alors que son mari, dont elle n'est pas divorcée, et l'un de ses enfants, résident au Maroc. Elle n'établit donc pas que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale. Mme A fait également état du contrat de travail dont elle a disposé durant sa période de soins et de son travail dans la boucherie de son gendre. Toutefois, ce travail, d'ailleurs contradictoire avec le souhait de l'intéressée de garder son petit-fils pendant que son gendre et sa fille travaillent, ne peut être regardé, en l'espèce, comme un motif exceptionnel de l'admettre au séjour au titre du travail, s'agissant d'une personne qui ne travaillait pas antérieurement et ne fait état d'aucune qualification particulière et d'un emploi dans un secteur dont il n'est pas établi qu'il connaitrait des difficultés de recrutement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en tout état de cause, être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet à ne pas avoir fait usage de son pouvoir de régularisation.
7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a mentionné les dispositions de droit et de fait dont il a fait application pour prendre l'obligation de quitter le territoire français. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a pris en compte la situation de l'intéressée au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la demande de Mme A au vu des éléments que celui-ci avait présentés concernant notamment sa vie privée et familiale ou son travail.
8. Pour les motifs retenus au point 4, Mme A n'établit pas que le préfet aurait méconnu l'article L. 611-3 en prenant l'obligation de quitter le territoire français.
9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en 2017 mais y a résidé pour l'essentiel en raison de son état de santé, ce qui ne lui donnait pas vocation à s'installer en France au-delà de la durée de soins dont elle a bénéficié. Elle indique être séparée de son mari sans toutefois l'établir alors qu'elle est toujours mariée. Si elle fait état de la présence en France de plusieurs de ses enfants, elle n'établit être dépourvue d'attaches familiales au Maroc où réside notamment l'un de ses enfants. Dans ces conditions, le préfet des Côtes-d'Armor n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a plus de traitement médical particulier pour sa leucémie. Si elle fait également état de son diabète, elle n'établit pas que son retour au Maroc aurait des effets néfastes sur sa situation personnelle au point d'emporter violation des droits garantis par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Mme A n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2022, par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a refusé la délivrance d'un de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent, dès lors, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet des Côtes-d'Armor.
Copie du présent jugement en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme Gourmelon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
signé
O. B
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. Pottier La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026