jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205925 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | THEBAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, M. A C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a édicté une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois années.
Il soutient que :
- ses enfants sont français et vivent en France avec leur mère ;
- il est rangé ;
- il a un parcours professionnel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un nouveau mémoire et des pièces, enregistrés les 28 et 29 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Thébault, demande, en outre, au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation et ce sous trois jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient également que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- l'arrêté est insuffisamment motivé et souffre d'un défaut d'examen ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des éléments pouvant le conduire à estimer qu'il pouvait être éloigné en raison de la menace pour l'ordre public que son comportement constitue ;
- le préfet a dès lors méconnu l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision de ne pas lui accorder un délai de départ :
- le préfet ne justifie pas d'une situation d'urgence et a méconnu l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'interdiction de circulation :
- la décision souffre d'un défaut d'examen
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne prenant pas en compte le fait qu'il réside en France depuis 2009 ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Thébault, représentant M. C,
- et les explications de M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
1. M. C justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte de manière suffisamment précise, l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. La circonstance selon laquelle le préfet aurait commis une erreur de fait en estimant que le requérant ne justifiait pas de son entrée en France en 2009 demeure sans influence sur la motivation formelle de la décision attaquée.
3. En deuxième lieu, M. C, ressortissant portugais, soutient que l'arrêté attaqué souffre d'un défaut d'examen dès lors que le préfet disposait d'éléments établissant qu'il était en France depuis 2009.
4. Toutefois, à supposer que la lettre de la sœur de M. C ait été effectivement transmise au préfet avant qu'il ne prenne sa décision, ce seul document a pu être regardé par le préfet comme ne permettant pas, à lui seul, de justifier de la présence en France de l'intéressé depuis 2009. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".
6. M. C fait valoir qu'il est entré en France en 2009 à l'âge de onze ans, qu'il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, qu'il a suivi une scolarité en milieu adapté, que sa mère et sa sœur résident en France, qu'il est le père de deux enfants qui vivent également en France, qu'il n'a plus d'attaches au Portugal et ne parle pas le portugais.
7. Toutefois, il est constant que M. C est célibataire. Celui-ci ne conteste par ailleurs pas qu'il ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants qui vivent avec leurs mères respectives. Dans ces conditions, le préfet a procédé, alors même que l'intéressé vivrait en France depuis 2009, à une exacte application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".
9. Contrairement à ce que M. C soutient, le préfet s'est bien fondé sur l'existence d'une situation d'urgence pour décider de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire. Contrairement à ce que le requérant soutient également, le préfet ne s'est pas davantage fondé sur ce que son comportement constituait une menace pour l'ordre public mais s'est déterminé au regard des faits commis par l'intéressé et leur gravité. À cet égard, M. C ne conteste pas qu'il a été condamné le 10 septembre 2021 à une peine d'emprisonnement d'un an et neuf mois pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours. Il ne conteste pas davantage qu'il est connu défavorablement des services de police et de la Justice pour des faits de recel, des faits de violence commis en 2020, des faits de dégradation ou détérioration volontaire, l'usage illicite, la détention, le transport, l'offre ou la cession non autorisée de stupéfiants, des faits de harcèlement sexuel, un vol en 2019 et des appels téléphoniques malveillants réitérés. Compte-tenu du caractère répété de ces faits et de la nature de certains d'entre eux, le préfet a pu légalement estimer qu'il existait une situation d'urgence justifiant qu'aucun délai de départ volontaire ne soit accordé à M. C dont l'incarcération était sur le point de s'achever.
En ce qui concerne l'interdiction de circulation :
10. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ". Aux termes du sixième alinéa de l'article L. 251-1 dudit code : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".
11. En premier lieu, en se fondant sur ce que le requérant ne justifiait pas avoir de famille dans son pays d'origine, sur l'absence d'intégration réussie, l'intéressé ayant été condamné et incarcéré, le fait que le comportement de celui-ci constituait une menace pour l'ordre public et, enfin, le fait que M. C ne participait pas à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, le préfet a pu légalement édicter une interdiction de circulation pour une durée de trois années alors même que M. C vivrait en France depuis 2009.
12. En second lieu, il ne ressort pas de l'ensemble des éléments de la situation de M. C exposés précédemment que le préfet a porté une atteinte disproportionnée au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
13. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement au conseil de M. C d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
F. BLa greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026