lundi 5 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205945 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | JEANMOUGIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Jeanmougin, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a édicté une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision n'a pas été signée par une personne ayant compétence ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire :
- la décision sera annulée en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de l'interdiction de retour :
- la décision sera annulée par voie de conséquence ;
- il justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour ;
- la décision est manifestement disproportionnée ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet des conclusions dirigées contre l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au préfet des Côtes-d'Armor qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Jeanmougin, représentant M. C, qui déclare abandonner le moyen tiré de l'incompétence des arrêtés attaqués,
- et les explications de M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".
2. M. C n'a pas justifié avoir présenté une demande d'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête. Sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle est donc rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. M. C, ressortissant malgache né en 1990, soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il est en France depuis le 28 août 2016, qu'il a entrepris depuis son entrée un parcours scolaire sérieux et cohérent, qu'il a la volonté de s'insérer professionnellement, qu'il est investi dans le milieu associatif, qu'il parle et écrit couramment le français, qu'il maîtrise parfaitement les principes et les valeurs de la France et de la République, qu'il n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine et a des liens très forts avec sa tante et son oncle qui résident en France.
4. Toutefois, le requérant est célibataire et sans enfant. Dans ces conditions et compte-tenu également des conditions dans lesquelles celui-ci a séjourné depuis son entrée en France, le préfet n'a pas méconnu, en prenant la décision attaquée, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales malgré les différents éléments évoqués par l'intéressé et exposés au point précédent. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet a également commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de renvoi :
5. Compte-tenu de ce qui vient d'être dit précédemment, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées par voie de conséquence.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
6. En premier lieu, M. C n'est pas davantage fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour attaquée par voie de conséquence.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
8. Pour les motifs exposés au point 3, M. C n'est fondé à soutenir ni qu'il justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour ni que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni que le préfet a commis une erreur d'appréciation et méconnu les dispositions précitées.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
9. En premier lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, l'arrêté attaqué mentionne l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé.
10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
12. La circonstance que le préfet ait précisé, dans son arrêté, que l'intéressé était assigné à résidence dans l'arrondissement de Dinan ne signifie pas que le préfet n'a pas entendu assigner M. C à son domicile. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit.
13. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant la décision attaquée, le préfet ait porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale ni qu'il ait commis une erreur manifeste d'appréciation.
14. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : () 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés () ". Aux termes de l'article R. 733-2 du même code : " Lorsque l'étranger est assigné à résidence en application des 6° ou 7° de l'article L. 731-3 ou des articles L. 731-4 ou L. 731-5, le nombre de présentations aux services de police ou aux unités de gendarmerie prévu à l'article R. 733-1 peut être porté à quatre par jour. ". Aux termes de l'article R. 733-3 dudit code : " Lorsque l'autorité administrative prescrit à l'étranger la remise de son passeport ou de tout document d'identité ou de voyage en sa possession, en application de l'article L. 733-4, elle lui remet en échange un récépissé valant justification d'identité. La mention du délai accordé à l'étranger pour son départ est, le cas échéant, portée sur ce récépissé. ".
15. En obligeant M. C de se présenter tous les jours de la semaine, ainsi que les jours fériés et chômés, à 11 heures à la gendarmerie de Dinan, située 14 bis place Duguesclin à Dinan (22100), de sortir de l'arrondissement de Dinan et en l'astreignant à demeurer à son domicile de 19h00 à 21h00 tous les jours de la semaine, ainsi que les jours fériés et chômés, le préfet n'a pas édicté des mesures disproportionnées alors même que M. C exerce une activité associative bénévole.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
16. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement au conseil de M. C d'une somme titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : M. C n'est pas admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet d'Ille-et-Vilaine et au préfet des Côtes-d'Armor.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
F. BLa greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine et au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026