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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206005

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206005

mercredi 7 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantMAZOUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 28 novembre 2022, enregistrée le 29 novembre 2022 au greffe du tribunal, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal la requête présentée par M. C B.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Rouen le 26 novembre 2022, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet du Finistère a décidé de l'obliger à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, de lui interdire le retour sur le territoire français et de le signaler aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

M. B soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et le préfet a méconnu sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une ordonnance, du 26 novembre 2022, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rouen a mis fin au maintien en rétention administrative de M. B et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours au domicile du conjoint de sa mère situé sur le territoire de la commune de Locmaria Plouzane (Finistère).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Mazouin, représentant M. B, qui a abandonné à l'audience le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué et soulevé un moyen nouveau tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les explications de M. B, assisté d'un interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui est né en 1997 et détient la nationalité albanaise, a été interpellé à Brest, le 24 novembre 2022, par les services de la police nationale, après une altercation. Par l'arrêté attaqué, le préfet du Finistère a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et a fixé l'Albanie comme pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

3. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

4. Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

6. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

8. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Finistère a décidé d'obliger M. B à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, de lui interdire le retour sur ce territoire pendant une durée de trois ans et a fixé l'Albanie comme pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

9. A l'appui du moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation, M. B fait valoir qu'il est père de deux enfants français nés respectivement en octobre 2019 et mars 2021 et que, s'il est séparé de leur mère depuis l'été 2022, il s'occupe d'eux un week-end sur deux et durant la moitié des vacances scolaires. Il relève, en outre, que sa mère, qui l'héberge, séjourne régulièrement en France où vivent également son frère, ses oncles et tantes et que seul son père, avec lequel il n'a plus de contact, vit en Albanie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a déclaré, lors de son audition, le 24 novembre 2022, par un officier de police judiciaire, être domicilié au centre communal d'action sociale de Brest, vivre à droite ou à gauche chez des amis ou dehors, être sans ressources et refuser de quitter la France. Par suite, si les deux attestations émanant de la mère des enfants, datées du 22 octobre et du 25 novembre 2022, peuvent être regardées comme établissant que M. B a conservé un contact avec ses enfants, l'intéressé n'établit pas contribuer effectivement à leur entretien et à leur éducation. M. B a certes déposé, le 19 mai 2022, une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " en tant que parent d'enfant français, toutefois cette demande a été rejetée par une décision du 2 août 2022, devenue définitive. Il n'est pas davantage démontré qu'à la date de l'arrêté attaqué et avant son assignation à résidence par le juge des libertés et de la détention, il était déjà hébergé par sa mère, ni même qu'il aurait d'autres membres de sa famille en France et qu'il n'aurait plus de lien avec son père, vivant en Albanie. Si M. B fait valoir qu'il séjourne en France depuis 2014, il ne l'établit pas, alors qu'au regard des motifs de la décision du 2 août 2022, il avait déclaré à l'appui de sa demande de titre de séjour être entré en France, en dernier lieu, en décembre 2018. Il est, par ailleurs, constant qu'il a déjà fait l'objet, le 22 novembre 2017, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an et, le 28 février 2020, d'un arrêté ayant le même objet et comprenant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, et qu'il n'a pas respecté ces décisions. De plus, M. B a été condamné entre 2017 et 2021 à cinq reprises pour des délits et en dernier lieu le 28 juin 2021 à une peine d'emprisonnement ferme de cinq mois pour des faits de détention sans déclaration d'arme et trafic de stupéfiants. Il était, en outre, le 24 novembre 2022 à 6 h 25, lors de son interpellation sur la voie publique par les forces de l'ordre, en possession d'une arme blanche de catégorie D2, dont le port est interdit sans motif légitime, malgré l'interdiction judiciaire de porter une arme dont il fait l'objet. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. B entre dans les prévisions des dispositions citées ci-dessus des 3° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du même code, de l'article L. 612-6 de ce code, ainsi que de son article L. 721-4 et le préfet a pu, en application de ces textes, décider d'obliger le requérant à quitter le territoire sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui interdire le retour sur ce territoire pour une durée de trois ans et fixer l'Albanie comme pays de renvoi, sans entacher ces décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la vie privée et familiale de M. B.

10. Aux termes de l'article 3-1 du la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. M. B n'établissant pas participer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants et ne justifiant pas de l'intensité des liens qu'il a pu conserver avec eux, le moyen tiré de ce qu'en prenant l'arrêté attaqué le préfet du Finistère aurait omis d'accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur de ses enfants et ainsi méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Finistère.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

E. ALe greffier,

signé

M-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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