lundi 12 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2206122 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BERTHET-LE FLOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022 à 11 heures 42, M. D A, représenté par Me Berthet-Le Floch, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné son transfert en Espagne pour l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'enregistrer sa demande d'asile et de l'admettre au séjour, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son avocate sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le transfert :
- le signataire de l'acte n'avait pas compétence ;
- il appartient au préfet de justifier d'une part que les informations prévues par l'article 4 du règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 lui ont bien été délivrées oralement en langue peul, et d'autre part que les obligations posées par l'article 5 du même règlement, concernant l'entretien individuel, ont bien été respectées ;
- il appartient au préfet de démontrer que M. A était bien titulaire d'un visa délivré par les autorités espagnoles, et périmé depuis moins de six mois, au jour du dépôt de sa demande de protection internationale ; à défaut, l'arrêté de transfert méconnaît l'article 12 du règlement européen (UE) n° 604/2013 ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 17 du règlement européen (UE) n° 604/2013.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- cette mesure est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision de transfert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Berthet-Le Floch, représentant M. A, qui développe le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, en faisant valoir que les brochures d'information prévues par cet article n'ont été remises au requérant que le lendemain de son entretien, ce qui l'a privé d'une garantie, et insiste, s'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sur le fait que M. A est dépourvu de toutes attaches en Espagne ;
- les explications de M. A, assisté de M. B, interprète en langue peul.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant mauritanien, est entrée en France le 15 mai 2022 et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 20 juin 2022. La consultation du fichier Visabio yant révélé qu'il était en possession d'un visa délivré par les autorités espagnoles pour l'Espagne délivré depuis moins de six mois, une demande de prise en charge a été présentée à ces autorités sur le fondement de l'article 12.4. du règlement (UE) n° 604/2013, qui ont fait connaître leur accord le 6 septembre 2022. Par un arrêté du 5 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné le transfert de M. A en Espagne. Par un second arrêté du même jour, cette même autorité l'a assigné à résidence.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, (). /2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de1'entretien individuel visé à l'article 5. / () ".
4. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations, l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative des brochures A et B prévues par les dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 citées au point précédent constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est présenté à la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 20 juin 2022 pour solliciter l'asile, et a été reçu en entretien le même jour. Si cet entretien a été conduit avec l'assistance d'un interprète en langue peul, il ressort des mentions portées sur les brochures A et B remises au requérant, que cette remise n'est intervenue que le 21 juin 2022, soit le lendemain de l'entretien. Le préfet ne fait valoir aucune circonstance qui aurait fait obstacle à la remise de ces informations dès l'introduction de la demande d'asile, et à tout le moins avant l'entretien individuel sur lequel elles portent notamment. Dans ces conditions, M. A, qui a ainsi été en l'espèce privé de la garantie correspondante, est fondé à soutenir que l'arrêté de transfert est entaché d'un vice de procédure et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, à en demander l'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'arrêté d'assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la situation de M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'agir en ce sens, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Berthet-Le Floch renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de celui-ci la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné le transfert de M. A en Espagne pour l'examen de sa demande d'asile et l'arrêté du même jour par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à l'avocate de M. A une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Berthet-Le Floch et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
V. CLe greffier,
signé
M.-A. Vernier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026