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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206130

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206130

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCOHADON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022 à 14 heures, M. E C, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

- l'arrêté du 1er décembre 2022 a été signé par une autorité dont la compétence doit être justifiée ;

- il est entaché d'une insuffisante motivation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il a engagé des démarches de régularisation de sa situation administrative ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation en qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle en ce qu'il est parfaitement intégré et dispose de parents en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 8 décembre 2022 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. C pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Nantes n° 19NT01916 du 2 octobre 2019 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bozzi, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Cohadon, avocate commise d'office, représentant M. C, qui expose que celui-ci ne représente pas une menace pour l'ordre public, les faits reprochés correspondant à un moment de vie difficile ; qu'il peut justifier de sa présence en France depuis 2016, ayant même été sur le territoire depuis l'année 2006 ; qu'il a tenté de régulariser sa situation administrative, qu'il justifie de la présence de membres de sa famille en Bretagne ; qu'il est inséré ainsi qu'en témoigne l'attestation de la direction de l'action sociale de la ville de Brest ;

- les observations de M. C, répondant aux interrogations du président, qui explique qu'il n'a rien à voir avec les faits qui lui ont été reprochés et qu'il n'a jamais été violent contrairement à son épouse.

Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité sénégalaise, serait entré en France selon ses déclarations au cours de l'année 2006. Le 6 juillet 2018, M. C a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Finistère portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire. M. C a contesté cet arrêté qui a cependant été jugé légal par le tribunal puis par la cour administrative de Nantes par une ordonnance du 2 octobre 2019. M. C a sollicité à nouveau un titre de séjour qui lui a été refusé par une décision du préfet du Finistère du 31 mars 2021. Le 1er décembre 2022, le préfet du Finistère a pris à l'encontre de M. C un arrêté lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine avec interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, attachée principale d'administration, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Finistère. Celle-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par un arrêté du 12 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département du Finistère le 12 octobre 2022, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'accorder un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence des étrangers faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fondent les décisions faisant obligation de quitter le territoire français, refusant d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays d'éloignement et décidant une interdiction de retour sur le territoire. Il vise également les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne les éléments se rapportant à la situation personnelle, familiale, pénale et administrative de M. C dont le préfet était informé. Par suite cet arrêté répond suffisamment aux exigences de motivation énoncées par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, contrairement aux affirmations du requérant, le préfet indique dans sa décision que M. C a sollicité des titres de séjour mais que ceux-ci ont fait l'objet de plusieurs refus successifs et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit ainsi être écarté.

5. En quatrième lieu, si M. C soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des éléments versés en défense que M. C a été incarcéré et condamné à trois mois de prison pour des faits, notamment, de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. S'il persiste à soutenir que les condamnations dont il a fait l'objet ne seraient pas justifiées dès lors que son épouse serait à l'origine des violences suscitées par jalousie, les faits constatés par le juge pénal caractérisent une menace pour l'ordre public. Pour ces motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. L'intéressé, désormais célibataire et sans enfant, n'établit pas qu'il entretiendrait des liens personnels et familiaux intenses en France alors qu'il est séparé de son épouse et qu'il évoque la présence de deux sœurs et deux frères en Bretagne sans toutefois apporter d'éléments probants justifiant de relations unissant la fratrie, l'attestation d'hébergement comme celle de l'une de ses relations, rédigée en termes généraux, n'étant pas suffisantes à cet égard. En outre M. C ne démontre pas être dépourvu de tout lien au Sénégal. Au contraire, le préfet fait valoir sans être sérieusement contesté que, dans son audition du 10 novembre 2022, M. C déclare que ses trois enfants, dont un mineur, ainsi que sa mère, vivent au Sénégal. Au surplus, l'attestation de la ville de Brest ne saurait justifier d'une intégration particulière en France. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. C doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet du Finistère.

Lu en audience publique le 12 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

Fr. ALa greffière d'audience,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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