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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206154

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206154

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français à destination de la Géorgie ;

3°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement et subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de cet arrêté dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée en particulier au regard de son état de santé ainsi que des autres cas de délivrance de plein droit d'un titre de séjour et elle n'a donc pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, le préfet n'ayant pas saisi le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au regard des dispositions de l'article L. 425-9 et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît au fond les dispositions des mêmes articles eu égard à son état de santé qui justifie la délivrance d'un titre de séjour et fait obstacle à une mesure d'éloignement ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sa situation n'a pas été suffisamment examinée à cet égard ;

- il justifie d'éléments sérieux permettant la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué jusqu'à l'examen de sa situation par la Cour nationale du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet des Côtes-d'Armor qui a produit des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat représentant M. A, et celles de M. A, assisté d'une interprète.

Le préfet des Côtes-d'Armor n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. A, né le 25 mai 1986, ressortissant de Géorgie, pays d'origine sûr ainsi qu'il résulte de la décision du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) adoptée le 9 octobre 2015 dans les conditions prévues par l'article L. 722-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, est entré en France le 2 avril 2022 et il y a sollicité, le 9 mai suivant, le bénéfice du statut de réfugié. Par décision du 21 juillet 2022 notifiée le 12 août suivant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande. Alors que l'intéressé a engagé des démarches pour contester cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le préfet des Côtes-d'Armor a, par un arrêté du 26 octobre 2022 notifié par voie postale le 22 novembre 2022, et pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination d'une mesure d'éloignement forcé. C'est l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet avait été saisi par l'intéressé d'une demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade ou de toute autre demande, la motivation de l'arrêté n'avait pas à comporter davantage de précision sur ce point.

4. Par ailleurs, cette motivation révèle que le préfet a, en l'état des seules informations dont il est établi qu'elles lui auraient été apportées par le requérant à la date de sa décision, procédé à un examen particulier de la situation de ce dernier, cet examen ayant notamment porté, selon les termes mêmes de l'arrêté attaqué, sur l'éventualité qu'eu égard à ces informations, M. A puisse entrer dans un cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et cette circonstance étant alors seulement susceptible, le cas échéant, de faire obstacle à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise à son encontre. Faute pour le requérant de justifier que d'autres éléments d'information avaient été apportés au préfet sur l'une de ces occurrences, le moyen tiré de l'erreur de droit commise, à cet égard, doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, M. A n'établissant pas avoir déposé une demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade, le moyen tiré de ce que n'aurait pas été engagée la procédure prévue, en pareille occurrence, à l'article L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est inopérant tout comme le moyen tiré de ce que son état de santé justifierait l'attribution de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de cet article.

6. En troisième lieu, les documents médicaux produits par M. A faisant état de douleurs dorsales et lombaires consécutives à un accident, ne permettent pas d'établir, faute d'indications sur la gravité de cet état de santé, sur la nature des traitements requis et leur disponibilité éventuelle en Géorgie, que cet état de santé serait susceptible de répondre aux conditions énoncées au 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de justifier la consultation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant que ne soit prise une mesure d'éloignement le concernant. Pour le même motif, le moyen tiré de ce que cet état de santé ferait obstacle à une telle mesure d'éloignement doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.

En ce qui concerne la décision fixant la Géorgie comme pays de destination :

8. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. D'une part, il ne résulte pas des pièces du dossier qu'en fixant la Géorgie comme pays de destination de la mesure d'éloignement décidée à l'égard du requérant, le préfet se serait, s'agissant de l'appréciation de la réalité des risques allégués par ce dernier, estimé lié par l'appréciation portée par l'OFPRA.

10. D'autre part, si M. A soutient qu'il risque d'être exposé à de mauvais traitements en cas de retour en Géorgie, en raison de son militantisme au sein du Mouvement national uni, il n'apporte aucun élément permettant d'établir la vraisemblance de ces risques et, par suite, la méconnaissance, par la décision attaquée, des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant la Géorgie comme pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions de M. A tendant à ce que soient adressées diverses injonctions au préfet des Côtes-d'Armor doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué :

13. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

14. Ainsi qu'il a été dit au point 10 ci-dessus, les éléments avancés par le requérant ne sont pas assez étayés pour être regardés comme suffisamment sérieux et de nature, par suite, à justifier la suspension, dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'exécution de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur le recours formé contre la décision de refus opposée par l'OFPRA.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement au conseil de M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Côtes-d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le président,

signé

E. BLa greffière,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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