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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206160

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206160

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantGAIDOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2022 à 12 h 43, M. D B A, représenté par Me Gaidot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel cette même autorité l'assigne à résidence et l'astreint à se présenter une fois par jour à la brigade de gendarmerie de La Guerche-de-Bretagne en lui interdisant de sortir de la commune sans autorisation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle révèle un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision l'assignant à résidence est insuffisamment motivée ;

- elle révèle un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

M. B A et le préfet d'Ille-et-Vilaine n'étaient ni présents ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, a été auditionné par les services de la police aux frontières les 5 et 6 décembre 2022. Par un arrêté du 6 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a prononcé à son encontre une mesure d'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. Par un second arrêté du même jour, cette même autorité l'a assigné à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. B A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail.() ".

4. Il ressort de la motivation de l'arrêté litigieux que le préfet d'Ille-et-Vilaine a obligé M. B A à quitter le territoire français sur le fondement des 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif, d'une part, que l'intéressé n'est pas entré régulièrement en France et d'autre part, qu'il travaille sans l'autorisation préalable requise par l'article L. 5221-2 du code du travail. Le préfet a également examiné les éléments relatifs à la vie privée et familiale de M. B A et indiqué qu'il n'établissait ni même n'alléguait entrer dans une des catégories d'étrangers mentionnées à l'article L. 611-3 du même code ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Ainsi la décision litigieuse, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Cette motivation et l'ensemble des énonciations de la décision permettent de vérifier que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen complet et approfondi de la situation de M. B A. Le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de sa situation doit donc être également écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, (), à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, (), ou à la protection des droits et libertés d'autrui. () ".

6. M. B A fait état de sa présence en France depuis deux ans, de son travail en qualité de mécanicien, et de la présence de sa mère sur le territoire français. Ces éléments ne sont toutefois pas de nature à établir qu'en prenant la décision litigieuse, le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée familiale, en considération des objectifs de cette mesure d'éloignement, le requérant n'apportant aucune précision sur les relations qu'il entretient avec sa mère, qui réside selon ses dires à Marseille où elle s'est remariée et a construit une nouvelle vie familiale. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.() ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B A n'est entré en France qu'en 2019 et que l'essentiel de ses attaches familiales réside en Algérie, à l'exception de sa mère installée à Marseille et qu'il ne voit donc pas régulièrement. S'il évoque une relation de concubinage en France, il n'en établit pas la réalité, et n'en a d'ailleurs pas fait état lors de ses auditions, le requérant indiquant être hébergé par un ami. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant un an doit être écarté.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

9. L'arrêté litigieux vise les dispositions dont il fait application, notamment l'article L. 731-1 du code de justice administrative, indique que M. B A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai, que la mise à exécution de cette mesure demeure une perspective raisonnable et que compte tenu de l'absence de résidence stable, effective et permanente de l'intéressé, une mesure d'assignation à résidence dans un hôtel doit être prononcée. Ainsi, l'arrêté litigieux, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Cette motivation et l'ensemble des énonciations de la décision permettent de vérifier que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen complet et approfondi de la situation de M. B A. Le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de sa situation doit donc être également écarté.

10. En se bornant à faire état d'une attestation d'hébergement fournie par son employeur et en termes généraux de ses attaches familiales, le requérant n'établit pas que la mesure d'assignation à résidence prononcée à son encontre porterait à son droit au respect de sa vie privée familiale une atteinte disproportionnée en considération des objectifs de cette mesure, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 6 décembre 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, lui interdit le retour sur le territoire français pendant un an, et l'assigne à résidence.

Sur les frais liés au litige :

12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B A doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

V. CLe greffier,

signé

M.-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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