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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206188

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206188

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLE BIHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2022, Mme D A, représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au profit de son conseil titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté litigieux :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entachés de vices de procédure, en méconnaissance des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établit que le médecin ayant établit le rapport n'a pas siégé au sein du collège des médecins ayant rendu l'avis, que le délai de trois mois séparant la transmission des éléments médicaux de l'avis rendu a été respecté, et que les dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ont été respectées ;

- méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droit de l'enfant ;

- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré 22 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. B a lu son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le 25 septembre 1978, est entrée irrégulièrement en France le 11 mai 2017. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la CNDA du 25 janvier 2018. Le 8 août 2018 elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. Ludovic Guillaume, secrétaire général de la préfecture d'Ille-et-Vilaine et sous-préfet de l'arrondissement de Rennes. Celui-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par un arrêté du 22 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 9 mars suivant, à l'effet de signer tous les actes et arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Ille-et-Vilaine à d'exception des mesures mentionnées dans l'article 3 au nombre desquelles ne figure pas les arrêtés de refus de titre de séjour assortis d'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, il avait compétence pour signer l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-13 de ce code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège.

Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle.

L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical () ". L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), établi le 8 mars 2022 et produit par le préfet en défense, a été rédigé à la suite du rapport médical du docteur de Prin. Par ailleurs, cet avis comporte le nom et la signature des trois médecins ayant siégé au sein de ce collège, soit les docteurs Aranda-Grau, Netillars et Bisbal. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'un vice de procédure au motif qu'il n'est pas établi que le médecin ayant rédigé le rapport n'a pas siégé au sein du collège des médecins ayant rendu l'avis doit être écarté comme manquant en fait.

5. Il ressort également des pièces du dossier que le dossier médical de Mme A a été envoyé au médecin de l'OFII le 24 décembre 2021. Dans ces conditions, l'avis litigieux, lequel a été rendu le 8 mars 2022, l'a été dans le délai de trois mois suivant le dépôt du dossier médical prévu par les dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Enfin, en se bornant à soutenir que la préfecture " devra justifier que les médecins du collège de l'OFII ont délibéré conformément aux dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ", sans préciser quelles dispositions de cet article auraient été méconnues, Mme A n'a pas assorti son moyen de précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé, alors au demeurant que l'avis du 8 mars 2022 mentionne que si son état de santé nécessite une prose en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sa prise en charge médicale est effectivement disponible dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays, et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers l'Albanie.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 6 que les trois moyens tirés de ce que l'arrêté litigieux serait entaché de vices de procédure doivent être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

9. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour et, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité pour celui-ci de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et, en cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet, se fondant sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 mars 2022, a retenu que si l'état de santé de Mme A nécessitait un traitement médical dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sa prise en charge médicale est effectivement disponible dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays. En se bornant faire valoir que " eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Albanie, elle ne pourra pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ", sans produire aucune pièce au soutient de ces allégations, la requérante ne remet pas en cause cette appréciation. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

12. Mme A se prévaut de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au motif que son fils mineur à fait l'objet d'une décision de placement prise par le juge des enfants. Toutefois, elle n'a produit aucune pièce en attestant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est présente en France que depuis 5 ans, alors qu'aucune pièce n'atteste de son intégration professionnelle. Elle n'établit pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu l'essentiel de sa vie. Enfin, son époux et son fils majeur font également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet d'Ille-et-Vilaine le 10 mai 2022. Dans ces conditions, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas porté au droit de Mme A de mener une vie privée et familiale normale, une atteinte disproportionnée en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En cinquième lieu, si Mme A se prévaut de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, au motif que son fils mineur à fait l'objet d'une décision de placement prise par le juge des enfants, elle n'a toutefois produit aucune pièce en attestant ainsi qu'il a été dit. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale de la requérante se reconstitue dans son intégralité en Albanie. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Ainsi qu'il a été dit au point 10, Mme A n'établit pas que les soins recquis par son état de santé ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays. Par ailleurs, si elle l'allègue, elle n'a produit aucune pièce de nature à corroborer les craintes qu'elle a pour sa vie en cas de retour en Albanie, alors que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté sa demande d'asile. Ce faisant, elle n'établit pas être personnellement exposée à des peines ou traitement prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 10 mai 2022, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête.

Sur les conclusions d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation de Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, ces dispositions font obstacle à ce que la somme de 1 800 euros, sollicitée par Mme A au bénéfice de son conseil sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'état à l'aide juridictionnelle, soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Le Bihan et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

signé

T. B

Le président

signé

G. Descombes

La greffière,

signé

L. Garval

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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