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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206213

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206213

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantDUPAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2022, Mme B N'Cho Logba demande au tribunal :

1°) à titre principal, de constater l'irrégularité du contrôle de police dont elle a fait l'objet et d'annuler par voie de conséquence tous les actes subséquents ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler les arrêtés du 8 décembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays à destination duquel elle sera, le cas échéant, renvoyée et lui a porté interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'ordonner l'effacement du signalement la concernant dans le fichier européen.

Elle soutient que :

- le contrôle de police dont elle a fait l'objet a été réalisé en méconnaissance des dispositions de l'article 78-2 du code de procédure pénale ; tous les actes subséquents à ce contrôle irrégulier sont irréguliers par voie de conséquence ;

- à titre subsidiaire, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, détermination du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen sérieux de sa situation ;

- les décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai méconnaissent les stipulations de l'article 2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la déclaration universelle des droits de l'homme dès lors qu'il est plus risqué pour une femme enceinte de prendre l'avion ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté l'assignant à résidence est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation, en particulier au regard de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme N'Cho Logba ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Dupas, représentant Mme N'Cho Logba, qui abandonne les conclusions de la requête tendant au constat de l'irrégularité du contrôle de police dont elle a fait l'objet et à l'annulation par voie de conséquence de tous les actes subséquents, abandonne le moyen tiré de l'irrégularité de ce contrôle de police et développe les autres moyens ; elle ajoute que les décisions obligeant Mme N'Cho Logba à quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et que l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions ; elle produit en outre des pièces complémentaires ;

- les explications de Mme N'Cho Logba.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme N'Cho Logba, ressortissante ivoirienne née le 30 décembre 1994, est entrée en France le 17 novembre 2022 munie d'un visa de court séjour valable du 9 novembre au 4 décembre 2022. Par deux arrêtés du 8 décembre 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligée à quitter le territoire français en application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a déterminé le pays à destination duquel elle sera, le cas échéant, renvoyée et lui a porté interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions attaquées, qui comportent l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivées. Il résulte de cette motivation, qui reprend notamment les déclarations de Mme N'Cho Logba sur son état de grossesse, que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen suffisant de la situation de la requérante.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () ".

4. Aux termes de l'article 2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a droit à la vie. / () ".

5. Il est constant que Mme N'Cho Logba est entrée en France le 17 novembre 2022 sous couvert d'un visa de court séjour et s'y être maintenue après l'expiration de la durée de validité de ce dernier le 4 décembre suivant, de sorte qu'elle entre dans le champ d'application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante fait valoir qu'elle aurait subi un déni de grossesse et qu'elle n'aurait appris cette dernière que le 28 novembre 2022, le terme théorique de sa grossesse étant prévu le 30 décembre 2022 selon le certificat d'une assistante maternelle du 8 décembre 2022, le 9 janvier 2023 selon un certificat d'une sage-femme du 9 décembre 2022 ou le 18 décembre 2022 selon un rapport d'échographie établi le 14 décembre 2022. Toutefois, alors même que l'état de grossesse de M. N'Cho Logba n'est pas contesté par le préfet et qu'à la date de l'arrêté attaqué, le terme théorique de son accouchement était proche, ces circonstances ne faisaient en elles-mêmes pas obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français, laquelle doit être distinguée du refus d'accorder un délai de départ volontaire. Par ailleurs, la circonstance que les compagnies aériennes refuseraient d'embarquer au bord d'un avion les femmes enceintes dans leur neuvième mois de grossesse est sans incidence sur la légalité de la décision obligeant Mme N'Cho Logba à quitter le territoire français. La requérante n'invoque aucune autre circonstance de nature à établir l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette décision et a d'ailleurs indiqué à l'audience souhaiter rentrer dans son pays d'origine où résident les membres de sa famille. Mme N'Cho Logba n'est ainsi pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation. Pour les mêmes motifs et en tout état de cause, le moyen soulevé à l'encontre de la même décision tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit également être écarté.

6. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la déclaration universelle des droits de l'homme est inopérant, cette déclaration n'ayant pas d'effet direct en droit interne.

7. En quatrième lieu, en revanche, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, le 8 décembre 2022, Mme N'Cho Logba était à un stade avancé de sa grossesse dont le terme théorique est prévu, selon les documents qu'elle produit, entre le 18 décembre 2022 et le 9 janvier 2023, de sorte qu'elle entrait ou était dans son neuvième mois de grossesse au cours duquel le préfet ne conteste pas que les voyages sont très fortement déconseillés. Le certificat établi le 9 décembre 2022 par la sage-femme indique à cet égard que l'état médical de l'intéressée contre-indique tout voyage. Dans ces conditions, et alors même que la requérante ne justifie pas avoir sollicité un titre de séjour ni avoir une résidence effective et permanente comme le fait valoir le préfet, ce dernier, en estimant qu'il n'y avait pas lieu d'accorder à Mme N'Cho Logba un délai de départ volontaire, a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur la situation de la requérante. Il en résulte que cette dernière est fondée à demander l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes des arrêtés attaqués, d'une part, que la décision interdisant Mme N'Cho Logba de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est fondée sur l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Il s'ensuit que cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation prononcée par le présent jugement de la décision refusant d'accorder à la requérante un délai de départ volontaire.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification. ".

11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes des arrêtés attaqués que la décision assignant Mme N'Cho Logba à résidence a été prise sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Il s'ensuit que cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation prononcée par le présent jugement de la décision refusant d'accorder à la requérante un délai de départ volontaire. De plus, conformément à l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, il est rappelé à Mme N'Cho Logba son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera, le cas échéant, fixé par l'autorité administrative.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme N'Cho Logba est seulement fondée à demander l'annulation, d'une part, des décisions du 8 décembre 2022 lui refusant un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour pendant un délai d'un an et, d'autre part, de l'arrêté du même jour l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger à l'encontre duquel a été prise une interdiction de retour est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen de deuxième génération (SIS II). Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire () ". En vertu de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription au fichier des personnes recherchées. Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

14. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à cet effacement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 8 décembre 2022 est annulé en tant qu'il refuse d'accorder à Mme N'Cho Logba un délai de départ volontaire et qu'il lui porte interdiction de retour en France pendant un délai d'un an.

Article 2 : L'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 8 décembre 2022 assignant Mme N'Cho Logba à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine Vilaine de procéder à l'effacement du signalement de Mme N'Cho Logba aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement

Article 4 : Le surplus de la requête de Mme N'Cho Logba est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B N'Cho Logba et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. A La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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