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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206217

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206217

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantTOUCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2022, M. A D C, représenté par Me Touchard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui a fait obligation de quitter le territoire français dans les trente jours, a fixé le Congo comme pays de destination et lui a prescrit de se présenter deux fois par semaine au commissariat de Vannes ;

3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour dans les sept jours de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les deux mois de la notification du jugement sous la même astreinte, avec autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit s'agissant de l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les mêmes stipulations ;

- la décision prescrivant des mesures de contrôle est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Touchard, représentant M. C, et celles de M. C.

Le préfet du Morbihan n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. M. C justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. M. C, ressortissant du Congo né le 16 juillet 1985, est entré en France le 24 décembre 2021 et y a sollicité, le 10 février 2022, le bénéfice du statut de réfugié. Par décisions des 31 mai et 14 novembre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont rejeté cette demande. Par arrêté du 21 novembre 2022 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Morbihan a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours, a fixé le Congo comme pays de destination et lui a prescrit de se présenter deux fois par semaine au commissariat de Vannes. C'est l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation révèle, en outre, que contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a, en l'état des seules informations dont il est établi qu'elles aient été portées à sa connaissance, ce qui n'est pas le cas des allégations du requérant relatives à sa situation familiale, procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre sa décision. La seule brièveté du délai ayant séparé le refus d'asile opposé au requérant de l'arrêté attaqué, ne saurait à cet égard suffire à démontrer que le préfet n'aurait pas entendu exercer son pouvoir d'appréciation. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'il aurait ainsi commise doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, M. C ne justifie pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté attaqué ne comporte aucune décision lui refusant le séjour au regard de ces dispositions. Le moyen tiré de leur méconnaissance directe présente donc un caractère inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'est entré sur le territoire français que moins d'un an avant la date de la décision attaquée et a vécu au Congo pendant 36 ans. Si son frère et sa mère bénéficient depuis respectivement 2010 et 2020 de titres de séjour, il est constant qu'ils sont domiciliés dans d'autres régions que la Bretagne et les attestations produites ne permettent pas de démontrer la fréquence et l'intensité des liens entretenus avec le requérant depuis qu'il est en France. S'il a reconnu de manière prénatale, le 24 novembre 2022, l'enfant que porte l'une de ses compatriotes, installée, quant à elle, dans le Loiret, et qui serait, selon l'attestation de cette dernière, son amie d'enfance, cette circonstance, alors que n'est pas davantage établie l'existence d'une vie commune, ne permet pas davantage de démontrer de manière probante que la décision attaquée, antérieure de trois jours à cette démarche, méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit donc être écarté de même, pour les mêmes motifs, que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point.6 ci-dessus, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision prévoyant diverses mesures de contrôle :

10. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ".

11. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité, présenté au soutien de ses conclusions contre la décision le soumettant à diverses mesures de contrôle doit, par suite, être écarté. Il en est de même, faute d'autre précision, du moyen tiré de ce que de telles mesures ne seraient pas adaptées à sa situation familiale.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'astreignant à des mesures de contrôle.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement au conseil de M. C de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le président,

signé

E. BLa greffière,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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