vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2206218 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | DOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022 à 11 h 53, M. C F, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a porté interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'acte n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles du premier paragraphe de l'article 3 et de l'article 16 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 13 décembre 2022 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. F pour un délai maximum de vingt-huit jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Douard, avocat commis d'office représentant M. F, qui maintient les conclusions de la requête, abandonne le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 et de l'article 16 de la convention relative aux droits de l'enfant et maintient les autres moyens de la requête ; il ajoute en particulier que le mémoire en défense présenté par le préfet est irrecevable pour incompétence de son signataire et que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les explications de M. F, assisté d'une interprète.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. F déclare être un ressortissant tunisien né le 2 novembre 1992 et être entré irrégulièrement en France le 15 février 2011. Il a fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français par arrêté préfectoral du 15 novembre 2021 qu'il n'a pas exécutée. Par un nouvel arrêté du 10 décembre 2022 dont M. F demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a porté interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
2. Par un arrêté du 11 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 56 du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à M. E A, attaché d'administration et signataire du mémoire en défense enregistré au greffe du tribunal le 15 décembre 2022, à l'effet notamment de signer les mémoires contentieux devant les juridictions administratives et judiciaires. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que ce mémoire serait irrecevable en raison de l'incompétence de son signataire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 24 août 2020, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné à M. Jean-Christophe Boursin, secrétaire général pour les affaires régionales des Pays-de-la-Loire et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français non assorties d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français, dans le cadre de la permanence que ce membre du corps préfectoral est amené à exercer les samedis, dimanches, jours fériés et jours de fermeture au public de la préfecture. M. F ne conteste pas que M. D était de permanence le samedi 10 décembre 2022, date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui comportent l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivées. Il résulte au demeurant de cette motivation, qui reprend notamment les déclarations de l'intéressé sur sa situation personnelle et familiale, que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen suffisant de la situation de M. F.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. F fait valoir qu'il vit, selon ses déclarations dans sa requête et à l'audience, avec son " compagnon " ou un simple " ami " depuis plusieurs mois à Nantes, qu'il a un frère qui habite à Saint-Ouen qu'il voit très régulièrement et qu'il travaille depuis 2011 dans le bâtiment. Il n'apporte toutefois aucune pièce à l'appui de ses allégations, lesquelles sont elles-mêmes peu circonstanciées. Au surplus, il ne conteste pas avoir déclaré aux services de la préfecture être célibataire et sans enfant et il n'indique pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, alors même que M. F n'aurait jamais fait l'objet d'une condamnation pénale et qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public, il n'est pas établi que le requérant disposerait en France d'attaches d'une intensité telle que les décisions attaquées porteraient atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences des décisions attaquées sur sa situation personnelle doivent être écartés.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
8. En l'espèce, l'arrêté litigieux, qui n'assortit l'obligation de quitter le territoire français d'aucun délai de départ volontaire, écarte les circonstances humanitaires permettant de ne pas prononcer d'interdiction de retour dans une telle hypothèse et fixe à trois ans la durée de cette interdiction. M. F n'établit aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une telle interdiction, de sorte qu'il appartenait au préfet d'assortir sa décision d'obligation à quitter le territoire français d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. De plus, ainsi que le relève le préfet dans la décision attaquée, le requérant déclare être entré en France en 2011 sans en apporter la preuve, déclare seulement avoir un frère résidant en région parisienne, à Saint-Ouen, alors qu'il indique habiter lui-même à Nantes, a fait l'objet fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 15 novembre 2021, est connu des services de police pour divers faits commis entre 2014 et 2022, et a communiqué lors de précédentes interpellations des renseignements inexacts concernant son identité en usant d'alias. À supposer même que l'intéressé n'aurait fait l'objet d'aucune condamnation pénale, l'ensemble des autres circonstances qu'il ne conteste pas suffisent à justifier que soit prononcée à son encontre une décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, sans que M. F soit fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et au préfet de la Loire-Atlantique.
Lu en audience publique, le 16 décembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
C. BLa greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026