mercredi 15 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2206340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, sous le n° 2206340, M. G D, représenté par Me Le Bourhis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2021 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, d'enjoindre à ce préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Le Bourhis sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté ne mentionne pas la date à laquelle l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été rendu et le met ainsi dans l'impossibilité de vérifier si les règles procédurales ont été respectées ; il appartient à l'administration d'établir que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège ayant rendu l'avis ;
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'état de santé de son fils nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que la Géorgie souffre d'un déficit en termes de prise en charge médicale et financière des problèmes de santé ;
- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
II - Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, sous le n° 2206341, Mme B E, épouse D, représentée par Me Le Bourhis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2021 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, ou à défaut, d'enjoindre à ce préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Le Bourhis, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- il appartient à l'administration d'établir que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège ayant rendu l'avis ;
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'état de santé de son fils nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que la Géorgie souffre d'un déficit en termes de prise en charge médicale et financière des problèmes de santé ;
- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
M. D et Mme E ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par des décisions du président du bureau d'aide juridictionnelle du 16 décembre 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Vaillant, substituant Me Le Bourhis, représentant M. et Mme D, absents.
Considérant ce qui suit :
1. La requête n° 2206340 de M. D et la requête n° 2206341 de Mme E concernent la situation des deux membres d'un couple marié de ressortissants étrangers et posent des questions liées ou similaires. Il y a lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.
2. Mme E, qui est une ressortissante géorgienne, est entrée en France, munie de son passeport, le 7 novembre 2015, accompagnée de son fils aîné prénommé F, né en 2008. M. D est entré en France également muni de son passeport le 11 mai 2016 accompagné de leur second fils, prénommé C, né en 2013. Ils ont tous deux déposé des demandes d'asile. Celle de M. D a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 22 novembre 2017. Mme E s'est, quant à elle, désistée de sa demande avant qu'elle ne soit examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le 27 décembre 2016, Mme E a déposé une demande de titre de séjour en tant que parent accompagnant un enfant malade. Le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a alors délivré une autorisation provisoire de séjour qui a, par la suite, été régulièrement renouvelée. Le 13 novembre 2018, M. D a effectué une démarche identique auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Deux autorisations provisoires de séjour successives lui ont été délivrées. Le 24 juillet 2020, M. D et Mme E ont sollicité le renouvellement de leurs titres de séjour. Par les deux arrêtés attaqués du 27 octobre 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de rejeter leurs demandes, de les obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de renvoi.
Sur les conclusions en annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
4. Aux termes de l'article L 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".
5. Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
En ce qui concerne la légalité externe :
7. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. D, l'arrêté du 27 octobre 2021, le concernant, comporte dans ses visas la mention de la date, à savoir le 26 janvier 2021, à laquelle le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu l'avis au regard duquel le préfet s'est prononcé sur sa demande de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour. Par suite, M. D n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir qu'à défaut d'indication de cette date, il n'aurait pas été mis à même de vérifier la régularité de cet avis. Il ressort, par ailleurs, de la lecture de l'avis du 26 janvier 2021, commun aux deux dossiers des requérants, qu'il comporte l'ensemble des mentions prévues par les dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, cité au point 5, et que le médecin auteur du rapport médical n'a pas siégé au sein de ce collège lors de l'examen du dossier de M. F D. Par suite, le moyen, commun aux deux requêtes, tiré de ce que cet avis méconnaîtrait ces dispositions et vicierait ainsi la procédure administrative dont sont issus les deux arrêtés attaqués, doit être écarté.
8. En second lieu, les deux arrêtés attaqués comportent l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de ne pas renouveler les autorisations provisoires de séjour délivrées à M. D et à Mme E. Ils visent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Toutefois, si le préfet y examine si les mesures d'éloignement qu'il entend prendre à l'encontre des requérants n'auront pas pour conséquences de séparer les membres de la cellule familiale, ou d'empêcher le fils aîné des requérants de poursuivre sa scolarité ou les soins requis par son état de santé, l'autorité administrative se borne à y mentionner l'existence de leur fils cadet, C, né en 2013, sans porter la moindre appréciation sur les éventuels effets de ses mesures sur sa propre situation. Par suite, M. et Mme D sont uniquement fondés à soutenir que les obligations de quitter le territoire dont ils font l'objet ne sont pas suffisamment motivées et à obtenir, pour ce motif, leur annulation, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions fixant les pays de renvoi.
En ce qui concerne la légalité interne :
9. En premier lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, ainsi que l'effectivité de l'accès à ce traitement. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
10. Il ressort des pièces du dossier que, dans son avis du 26 janvier 2021, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé du fils aîné des requérants, M. F D, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Cet avis précise également qu'au vu des éléments du dossier son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. À l'appui de leur contestation de cet avis, que l'autorité administrative s'est appropriée, les requérants soutiennent que leur fils souffre d'une pathologie grave, qui a nécessité plusieurs hospitalisations, qu'un défaut de prise en charge aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que le système de santé géorgien ne serait pas à même de lui offrir une prise en charge médicale adaptée et financièrement accessible. Toutefois, ils ne produisent qu'un extrait d'un rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés d'août 2018 qui, par son caractère général et relativement ancien, ne permet pas de contredire valablement l'avis du collège de médecins de l'OFII, alors qu'il ressort, par ailleurs, des pièces médicales figurant au dossier que, si M. F D a été pris en charge par l'unité d'hémato-oncologie du service de pédiatrie du CHU de Rennes, il ne fait plus désormais que l'objet d'un suivi, dont il n'est donc pas établi par les requérants qu'il ne pourrait pas être poursuivi en Géorgie. Par suite, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir qu'en leur refusant le renouvellement de leurs autorisations provisoires de séjour le préfet d'Ille-et-Vilaine a méconnu les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou commis une erreur manifeste d'appréciation.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. M. et Mme D étaient présents en France, à la date des deux arrêtés attaqués, depuis 5 ans. Ils ont bénéficié d'autorisations provisoires de séjour en raison de l'état de santé de leur fils aîné, qui a constitué le motif de leur venue en France. S'ils établissent avoir travaillé en tant qu'employés saisonniers pour le compte d'une exploitation agricole de production de tomates entre les mois d'avril et d'octobre, depuis 2018, Mme D ayant, par ailleurs, travaillé auparavant, depuis août 2017, à temps partiel en tant qu'agente d'entretien dans le cadre de contrats à durée déterminée, ces emplois précaires ne justifient pas d'une intégration particulière au sein de la société française ou de l'existence d'un investissement de nature professionnelle que les décisions refusant le renouvellement des titres de séjour viendraient compromettre. L'arrêté attaqué n'a pas pour effet de séparer les membres de la cellule familiale, dès lors que les requérants font tous les deux l'objet de mesures identiques et sont légalement admissibles dans leur pays d'origine avec leurs deux enfants. M. et Mme D n'établissent pas avoir en France d'autres membres de leur famille, ou ne plus avoir de famille en Géorgie où ils ont vécu jusqu'aux âges respectifs de 32 et 31 ans. Il n'est, par ailleurs, pas établi que leurs deux fils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Géorgie et que leur fils aîné ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'une prise en charge médicale appropriée à son état de santé. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir qu'en décidant de leur refuser le renouvellement de leurs titres de séjour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage établi, au regard des circonstances qui viennent d'être relatées, que les arrêtés attaqués seraient entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
14. Au regard des faits énoncés au point 12 le moyen tiré de ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait omis d'attacher une considération primordiale à l'intérêt supérieur des enfants de M. et Mme D doit être écarté.
15. Alors même que la motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire comporte une lacune, il ne ressort pas des pièces du dossier que les deux arrêtés attaqués n'ont pas été précédés d'un examen complet de la situation des requérants.
Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :
16. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
17. Le présent jugement annulant les décisions portant obligation de quitter le territoire prises à l'encontre de M. et Mme D, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer leur situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais de l'instance :
18. Il y a lieu, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement à Me Le Bourhis d'une somme de 1 530 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous la réserve que cette avocate renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 27 octobre 2021 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger M. D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi que la décision du même jour fixant le pays de renvoi, sont annulées.
Article 2 : La décision du 27 octobre 2021 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger Mme E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi que la décision du même jour fixant le pays de renvoi, sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer la situation de M. et Mme D dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'État versera à Me Le Bourhis la somme de 1 530 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sous la réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2206340 et 2206341 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. G D, Mme B E, épouse D, à Me Le Bourhis et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.
Le rapporteur,
signé
E. ALe président,
signé
F. Etienvre
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2206340, 2206341
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026