mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2206347 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | PRAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2022, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 15 décembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence.
Il soutient qu'il présentera ses moyens au soutien de son recours lors de l'audience publique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement européen (UE) du Parlement européen et du Conseil n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Praud, avocate commise d'office, représentant M. A, qui indique avoir pris connaissance des éléments de procédure transmis par les services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine et qui expose que l'intéressé souhaite pouvoir se maintenir sur le territoire français et y déposer sa demande d'asile, dès lors qu'il peut y bénéficier du soutien de sa communauté, alors qu'il ne connaît personne en Autriche, et qu'il craint que les autorités autrichiennes ne décident de le renvoyer en Afghanistan, sans faire droit à sa demande d'asile ;
- les explications de M. A, assisté d'une interprète, qui confirme avoir retrouvé en France, et notamment à Rennes, des connaissances susceptibles de l'aider dans ses démarches.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant afghan né le 22 décembre 1997 à Faryab (Afghanistan), est entré irrégulièrement en France le 2 octobre 2022. Le 9 novembre 2021, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Il demande l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, ainsi que de l'arrêté du même jour, l'assignant à résidence.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'un Etat membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre Etat membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre Etat membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac (" hit "), en vertu de l'article 9 paragraphe 5, du règlement (UE) n° 603/2013./() Une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide d'un formulaire type et comprend des éléments de preuve ou des indices tels que décrits dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, et/ou des éléments pertinents tirés des déclarations de la personne concernée, qui permettent aux autorités de l'Etat membre requis de vérifier s'il est responsable au regard des critères définis dans le présent règlement. () ". Aux termes de l'article 25, relatif à la réponse à une requête aux fins de reprise en charge, de ce même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. / 2. L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionnés au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine a été informé par un courrier de la direction de l'asile du ministère de l'intérieur, en date du 9 novembre 2022, que les empreintes digitales de M. A, relevées lors du dépôt de sa demande d'asile, étaient enregistrées dans le fichier Eurodac, ayant déjà été relevées le 24 septembre 2022 par les autorités autrichiennes. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a, en conséquence, adressé le 16 novembre 2022 une requête aux fins de reprise en charge aux autorités autrichiennes, lesquelles ont implicitement accepté de faire droit à cette demande, selon les modalités exposées dans la note du 7 novembre 2022 de l'office fédéral de l'immigration et de l'asile autrichien produite en défense. Au demeurant, le requérant ne conteste pas avoir déposé une demande d'asile auprès des autorités autrichiennes. Au regard des dispositions précitées des articles 23 et 25 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu légalement considérer que les autorités autrichiennes étaient responsables de l'examen de la demande d'asile de M. A.
4. En second lieu, aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ". La mise en œuvre par les autorités françaises des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies à l'article 53-1 de la Constitution du 4 octobre 1958 aux termes duquel : " La République peut conclure avec les Etats européens qui sont liés par des engagements identiques aux siens en matière d'asile et de protection des Droits de l'homme et des libertés fondamentales, des accords déterminant leurs compétences respectives pour l'examen des demandes d'asile qui leur sont présentées. / Toutefois, même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif. ".
5. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.
6. Pour contester la décision de transfert aux autorités autrichiennes dont il fait l'objet, M. A se borne à faire valoir qu'il souhaite pouvoir se maintenir sur le territoire français où il bénéficie du soutien de sa communauté, alors qu'il ne connaît personne en Autriche et qu'il craint que les autorités autrichiennes ne décident de le renvoyer dans son pays d'origine. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément circonstancié, au soutien de ses allégations, de nature notamment à établir la réalité des relations nouées en France. Il n'établit pas davantage que sa demande d'asile ne serait pas instruite par les autorités autrichiennes dans des conditions conformes aux garanties exigées par le respect du droit d'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment du résumé de l'entretien individuel mené par un agent de la préfecture d'Ille-et-Vilaine lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, que M. A a déclaré être marié, avoir quitté son pays d'origine le 20 août 2021, avoir traversé l'Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Suisse en évidant les contrôles frontaliers et n'avoir aucun enfant mineur ou aucun membre de sa famille en France, ou dans un autre État membre, ou encore en Islande, Norvège, Suisse ou au Liechtenstein. Dans ces conditions, par les seuls motifs qu'il invoque, M. A ne démontre pas que sa situation personnelle justifiait que le préfet d'Ille-et-Vilaine décide, à titre dérogatoire, que sa demande d'asile soit examinée par les autorités françaises. Par suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a ni méconnu les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni commis une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 15 décembre 2022 décidant son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, doivent être rejetées.
8. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du même jour portant assignation à résidence, lequel n'est contesté par aucun moyen propre, ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
M. BLe greffier,
signé
M-A. Vernier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026