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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206362

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206362

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2022 à 15 h 17, M. F A C, représenté par Me Guillou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui interdit un retour en France pendant un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle, faute d'avoir pris en compte notamment la stabilité de sa situation professionnelle, alors qu'il travaille pour une entreprise de pose de fibre, dans un secteur en forte tension d'emploi ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays de destination se trouve en conséquence privée de base légale ;

- cette décision a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- il n'est pas certain qu'il disposera en Tunisie des moyens de prévention et de soins existant sur le territoire français, au regard de l'épidémie actuelle de Covid-19 ;

- s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination étant illégales, la décision lui faisant interdiction de retour en France pendant un an se trouve en conséquence privée de base légale ;

- cette décision a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- cette décision ne tient pas compte de l'ensemble de sa situation et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- s'agissant de la décision l'assignant à résidence :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision l'assignant à résidence se trouve en conséquence privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thalabard, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A C, ressortissant tunisien, né le 24 juillet 1998 à Tunis (Tunisie), déclare être entré irrégulièrement en France le 7 octobre 2021. Il se maintient depuis sur le territoire français sans avoir sollicité de titre de séjour. Le préfet du Rhône l'a informé, par arrêté du 7 décembre 2021, de son obligation de quitter le territoire français sans délai, sans que l'intéressé n'y défère. Le 13 décembre 2022, M. A C, qui affirme être désormais employé par une société bretonne, a été interpellé par les services de police pour conduite sans permis et sous l'emprise de stupéfiants. Par arrêté du 14 décembre 2022, le préfet du Morbihan a décidé d'obliger M. A C à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit un retour en France pendant une période d'un an. Par arrêté notifié le même jour, le préfet du Morbihan a également assigné à résidence M. A C. Par la présente requête, M. A C demande l'annulation de ces deux arrêtés préfectoraux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions contenues dans l'arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d'un an :

2. Mme B D, attachée d'administration, affectée au bureau des étrangers et de la nationalité de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture du Morbihan, a reçu, par arrêté préfectoral du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 31 août 2022 de cette préfecture, délégation de signature aux fins de signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire desdites décisions doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

4. Il est constant, ainsi qu'il a été exposé au point 1, que M. A C est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y maintient depuis sans avoir entrepris aucune démarche en vue d'obtenir un titre de séjour. M. A C est, ainsi, au nombre des étrangers pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant soutient que cette mesure d'éloignement a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa vie personnelle, il ne saurait raisonnablement se prévaloir de la stabilité de sa situation tant personnelle que professionnelle depuis son arrivée sur le territoire français en se bornant à produire un contrat de travail pour un emploi de technicien en fibre optique signé le 23 novembre 2022 entre la société Mansour Telecom et un homonyme, de nationalité belge né en 1988, et un contrat conclu avec Engie pour la période du 16 juin 2022 au 16 décembre 2022 pour un logement situé à Lanester. Il ne ressort, ainsi, d'aucune des pièces produites par le requérant que le préfet du Morbihan n'aurait pas, préalablement à sa décision, procédé à l'appréciation de la situation de l'intéressé, telle qu'il l'a notamment exposée lors de son audition, le 14 décembre 2022, par un agent de police judiciaire du commissariat de Lorient. M. A C n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Morbihan a commis une erreur manifeste d'appréciation.

5. Au demeurant, les craintes exprimées par M. A C quant à l'épidémie actuelle de Covid-19 sont inopérantes pour contester la décision l'obligeant à quitter le territoire français, qui n'a pas, par elle-même, pour effet de le renvoyer vers son pays d'origine.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, et ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision obligeant M. A C à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité doit donc être écarté.

7. En second lieu, en se bornant à faire état du contexte de crise sanitaire lié à l'épidémie de Covid-19, qui n'est pourtant pas précisé s'agissant de son pays d'origine, et des moyens de prévention et de soins qui ne seraient pas, dans ce pays, ceux existant sur le territoire français, qui est pourtant un foyer actif de l'épidémie, M. A C ne démontre pas que le préfet du Morbihan aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant la Tunisie, comme pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

8. En premier lieu, les décisions obligeant M. A C à quitter le territoire français et fixant le pays de destination ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une période d'un an n'a pas été prise sur le fondement de décisions illégales. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

10. Pour fonder la décision prononçant à l'encontre de M. A C une interdiction de retour en France, le préfet du Morbihan a relevé que l'intéressé est récemment entré sur le territoire français, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas mise à exécution et qu'eu égard à son interpellation, le 13 décembre 2022 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, en ayant fait usage de produits stupéfiants, son comportement est de nature à troubler l'ordre public. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le contrat de travail produit par le requérant, signé il y a moins d'un mois, ne saurait permettre d'établir son insertion sur le territoire français et l'intensité des liens qu'il aurait noués. Il ne saurait davantage se contenter de faire valoir, par des allégations à caractère général, que le préfet du Morbihan n'aurait pas tenu compte de l'ensemble de sa situation avant de prendre cette mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour la contester. Le requérant ne fait, par ailleurs, état d'aucune circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle à cette décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, M. A C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Morbihan aurait commis une erreur d'appréciation en lui faisant interdiction d'un retour en France pendant une période d'un an et en procédant à son signalement dans le système d'information Schengen.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A C à fin d'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui fait interdiction de retour en France pendant un an doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

12. M. A C ne démontrant pas l'illégalité de la décision par laquelle le préfet du Morbihan l'oblige à quitter le territoire français sans délai, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision l'assignant à résidence. Par suite, le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A C à fin d'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. A C doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A C et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

M. ELe greffier,

signé

M.-A.Vernier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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