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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206390

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206390

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantBLANCHOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 19 décembre 2022 et 17 janvier 2023, sous le n° 2206390, M. B F, représenté par Me Blanchot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler à titre principal, l'arrêté préfectoral du 28 novembre 2022, par lequel le préfet du Finistère lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai d'un an, à titre subsidiaire, l'interdiction de retour sur le territoire français, et à titre infiniment subsidiaire, la décision fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'une semaine à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que la preuve de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile n'est pas apportée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'illégalité compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 19 décembre 2022 et 17 janvier 2023, sous le n° 2206391, Mme C E épouse F, représentée par Me Blanchot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler à titre principal, l'arrêté préfectoral du 28 novembre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai d'un an, à titre subsidiaire, l'interdiction de retour sur le territoire français, et à titre infiniment subsidiaire, la décision fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'une semaine à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement des articles 34 et 37 de de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que la preuve de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile n'est pas apportée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'illégalité compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

III. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 décembre 2022 et 17 janvier 2023, sous le n° 2206450, M. G F, représenté par Me Blanchot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner au préfet du Finistère de produire l'arrêté d'éloignement le concernant ;

3°) d'annuler à titre principal, l'arrêté préfectoral du 28 novembre 2022, par lequel le préfet du Finistère lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai d'un an, à titre subsidiaire, l'interdiction de retour sur le territoire français, et à titre infiniment subsidiaire, la décision fixant le pays de destination ;

4°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'une semaine à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que la preuve de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile n'est pas apportée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'illégalité compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes nos 2206390, 2206391 et 2206450, présentées pour MM F et A E, sont relatives à la situation d'une même famille, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Les consorts F justifiant avoir introduit des demandes devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre chacun d'eux au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les deux arrêtés dans leur ensemble :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ".

5. Les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et visent notamment l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils indiquent que les époux H de nationalité malgache sont entrés sur le territoire français avec leurs deux enfants en décembre 2021 et que leurs demandes d'admission au séjour au titre de l'asile ainsi que celle de leur fils majeur ont toutes été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 17 mai 2022, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par décisions lues le 28 octobre 2022. Les arrêtés attaqués décrivent par ailleurs la situation administrative des époux H ainsi que les principaux éléments de leur situation personnelle. Ils précisent que tous deux font l'objet d'un arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie d'une interdiction de retour d'un an, édicté le même jour par le préfet du Finistère, que leur fille mineure a vu également sa demande d'asile rejetée par une décision de l'OFPRA du 17 mai 2022, et que leur fils majeur fait également l'objet d'un arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie d'une interdiction de retour d'un an, édicté le même jour par le préfet du Finistère, suite au rejet de sa propre demande d'asile. Ils font notamment état de ce qu'ils ne sont pas de nature à compromettre l'intérêt supérieur de leur fille mineure, du fait que cette dernière peut poursuivre sa vie familiale auprès de ses parents dans leur pays d'origine où rien ne permet d'établir qu'elle ne pourrait pas reprendre une scolarité normale. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation des arrêtés attaqués doit être écarté.

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la motivation des arrêtés telle que rappelée au point 4 et l'ensemble des considérants de ces deux arrêtés établissent que le préfet a procédé à un examen suffisant de la situation des consorts F au vu des éléments dont il disposait. Par suite, et alors même que l'arrêté concernant M. F comporte une erreur de frappe en ce qu'il mentionne " Mme E C, née le MUSTAFAYEVA Tehrana née le 2 février 1973 " à la place de " Mme E C, née le 2 février 1973 ", le moyen tiré d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation des consorts F doit être écarté.

7. En deuxième lieu, en vertu des dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un demandeur d'asile a le droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la date de lecture, le cas échéant, de la décision de la CNDA statuant sur cette demande.

8. Comme exposé au point 5 et qu'il résulte des pièces produites en défense par le préfet et notamment les extraits du système d'information de l'OFPRA, les décisions par lesquelles la CNDA a rejeté les recours formés par les consorts F contre le refus opposé par l'OFPRA à leurs demandes d'asile, ont été lus en audience publique le 28 octobre 2022 et qu'ainsi, les intéressés ne bénéficiaient plus, dès cette date, du droit de se maintenir sur le territoire français. Le préfet du Finistère pouvait donc légalement les obliger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Les consorts F sont entrés en France en décembre 2021 selon leurs déclarations, soit à une date récente, alors qu'ils ont vécu à Madagascar jusqu'à l'âge de quarante-huit ans, pour les parents, et qu'ils n'établissent pas être dépourvus de toute attache dans leur pays d'origine. Par ailleurs, les époux H ne justifient d'aucune insertion socio-professionnelle en France alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées et que leur fils majeur fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours édicté le même jour par le préfet du Finistère. Dans ces conditions, il n'est pas établi qu'en prenant à l'encontre des consorts F une obligation de quitter le territoire français, le préfet du Finistère aurait porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises et qu'il aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Les décisions attaquées n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer la fille mineure de ses parents, qu'elle a vocation, compte tenu de sa minorité, à accompagner à Madagascar, pays dans lequel il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer. Par ailleurs, si elle est actuellement scolarisée en classe de 3ème, il n'est pas établi qu'elle ne pourrait poursuivre son parcours scolaire à Madagascar. Dans ces conditions, en prenant les décisions attaquées, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'articles 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 9, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les consorts F ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions les obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le troisième alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

15. Pour établir que les stipulations et dispositions précitées ont été méconnues, les requérants se bornent à soutenir, sans autre élément d'argumentation, qu'ils risquent des persécutions en cas de retour dans leur pays d'origine. Une telle argumentation sommaire ne permet pas d'établir que les consorts F seraient exposés, en cas de retour dans leur pays d'origine, à un risque actuel et personnel d'être victime de traitements inhumains ou dégradants contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les moyens susanalysés ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que les consorts F ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions fixant le pays vers lequel ils sont susceptibles de faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcée.

En ce qui concerne les interdictions de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

18. En premier lieu, faute, pour les requérants, d'avoir démontré l'illégalité des décisions les obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité, invoquée, par voie d'exception, à l'appui de leur contestation des décisions leur interdisant de revenir sur ce territoire pendant un an, doit être écarté.

19. En deuxième lieu, alors même que la présence en France des consorts F ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, en l'absence de liens personnels suffisants sur le territoire français, les décisions leur faisant interdiction d'y revenir pendant un an ne sont entachées d'aucune erreur manifeste d'appréciation ni dans leur principe ni dans leur durée.

20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10 ci-dessus, les décisions portant interdiction pour les requérants de revenir en France pendant un an ne sont pas contraires aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. Il résulte de ce qui précède que les consorts F ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions leur faisant interdiction de retour.

22. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation des requêtes des consorts F doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

23. Le présent jugement qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par les consorts F.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante aux présentes instances, le versement au conseil des consorts F de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les consorts F sont admis, chacun, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes des consorts F sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Mme C E épouse F, à M. G F et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. DLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2206390, 2206391, 2206450

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