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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206397

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206397

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé notamment le pays dont il a la nationalité comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour dans les huit jours de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car l'autorité préfectorale n'a effectuée aucune appréciation de la situation du requérant et s'est bornée à reprendre le sens de la décision de l'Office;

- elle est également entaché d'une erreur de droit car il est titulaire d'une attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour valable jusqu'en janvier 2023 et ne pouvait donc faire l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie d'exception du fait que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 1 et 33 de la convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. I,

- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet du Morbihan n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né en 1967, est entré en France en janvier 2022. Il a présenté une demande d'asile le 20 avril 2022. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 25 mai 2022. L'intéressé a formé contre cette décision un recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) qui a été rejeté le 25 octobre 2022. Le préfet du Morbihan a alors, par arrêté du 23 novembre 2022 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle pour la présente procédure, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Morbihan a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E H, directeur de la citoyenneté et de la légalité, et de Mme G F, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité, à Mme B D, attachée d'administration, à l'effet de signer la décision attaquée.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En particulier, le préfet a bien relevé que le requérant se déclarait célibataire et sans enfant à charge, qu'il est présent en France depuis seulement dix mois et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Cette motivation, qui n'est pas stéréotypée, révèle, en outre, que contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet a procédé, en l'état des informations dont il disposait à cette date, à un examen particulier de sa situation avant de prendre cette décision.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence s'agissant des risques encourus par M. A en cas de retour dans son pays d'origine est inopérant.

6. En quatrième lieu, il résulte des pièces du dossier que la décision par laquelle la CNDA a rejeté le recours formé par M. A contre le refus opposé par l'OFPRA à sa demande d'asile, a été lue en audience publique le 25 octobre 2022 et qu'ainsi, l'intéressé ne bénéficiait plus, dès cette date, du droit de se maintenir sur le territoire français. Le préfet du Morbihan pouvait donc, à cette date, légalement l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que l'attestation de demande d'asile, dont il était titulaire, mentionne une date de validité ultérieure, ne saurait avoir eu pour effet de prolonger son droit au maintien sur le territoire au-delà de cette date de notification et ne faisait donc pas obstacle à ce que le préfet du Morbihan prenne la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige. Le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige serait entachée d'erreurs de droit pour ce motif doit donc être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français prise à son encontre.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, faute, pour le requérant, d'avoir démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité, qu'il invoque, par voie d'exception, à l'appui de sa contestation de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes du 1 de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des États Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. ".

10. D'une part, il ne résulte pas des pièces du dossier qu'en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement décidée à l'égard du requérant, le préfet se serait, s'agissant de l'appréciation de la réalité des risques allégués par ce dernier, estimé lié par la décision de l'OFPRA qui a rejeté sa demande d'asile ou aurait insuffisamment apprécié sa situation personnelle au regard des seules dispositions et stipulations citées ci-dessus.

11. D'autre part, si M. A soutient qu'il risque d'être exposé à de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine de la part de son oncle en raison du son refus d'épouser la fille de ce dernier et d'un différend d'ordre foncier, sans pouvoir se prévaloir de la protection des autorités, il ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité de ses allégations et ne démontre donc pas qu'il se trouve dans le cas où il serait fondé à se prévaloir des dispositions et stipulations citées au point 9.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement de rejet n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions de M. A tendant à ce que soient adressées diverses injonctions au préfet du Morbihan doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. L'État n'étant pas la partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. ILa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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